#8 Automne 2014

Au sommaire

ISRAEL, LE PIÈGE : Palestinien d’Israël, Sayed Kashua est un auteur
traduit dans le monde entier et en France aux éditions
de l’Olivier. S’il parle arabe chez lui, il écrit des romans
en hébreu, des chroniques dans la presse israélienne
et une série télé, Travail d’arabe, qui fait rire tout le pays.
« Si Woody Allen était né dans une petite ville arabe
de Galilée, il pourrait s’appeler Sayed Kashua », a écrit
Libération en dressant son portrait il y a deux ans.
Cet été, après le kidnapping et l’assassinat de trois
adolescents juifs par des extrémistes palestiniens, suivi
de l’enlèvement et de l’immolation d’un adolescent
arabe par des extrémistes juifs, Sayed Kashua a écrit une
chronique poignante dans le quotidien Haaretz sur sa
décision d’émigrer aux États-Unis après ce paroxysme
de la terreur absurde, sang contre sang.

« Là-bas, je vais écrire en anglais et commencer par écrire
des histoires d’amour, où la météo aura un rôle central, où la
neige sera un personnage principal. Puis j’écrirai sur le pays
que j’ai abandonné, j’essayerai de dire la vérité, d’être précis
sur les détails dans l’espoir que quelqu’un là-bas me croira
quand je raconterai ce qui s’est réellement passé. J’écrirai sur
ce pays lointain où les enfants sont tués, massacrés, enterrés
et brûlés, et les lecteurs vont probablement penser que je suis
un auteur de fantasy.

Pour gagner ma vie, je vais enseigner à l’université ou sinon
je trouverai n’importe quel emploi. Je ne m’inquiète pas.
Je suis prêt à laver la vaisselle, à changer les pneus et à laver
les toilettes jusqu’à ce qu’elles soient impeccables. Je peux
aussi être chauffeur de taxi et vivre modestement dans une
petite ville. Je serai un conducteur poli avec un accent. Quand
les passagers me demanderont de quel pays je viens, je leur
dirai que je viens d’un endroit effrayant où des gens en
costumes et uniformes appellent les masses à haïr, à tuer, piller
et se venger, souvent au nom de Dieu, toujours pour le bien
et l’avenir des enfants.

Dans le taxi, je n’écouterai que de la musique mais jamais
d’informations. Je ne voudrai pas savoir qui sont les
responsables politiques dans mon nouveau pays, je ne
connaîtrai aucun nom des journalistes, je ne m’intéresserai
pas à leurs opinions, à leurs points de vue ou leurs visions
du monde. Je ferai de mon mieux pour être un touriste
perpétuel. Surtout ne pas prendre les choses à coeur, ne plus
jamais sentir que je suis de quelque part. »

Sayed Kashua nous dit pourquoi il est impossible
de parler sereinement d’Israël : aucun autre endroit au
monde ne montre à quel point notre besoin d’être de
quelque part est à la fois puissant et destructeur, porteur
de guerres fratricides. Le premier meurtre de la Bible est
d’ailleurs un meurtre de frère : Caïn tue Abel. Une terre,
deux frères, un mort.

En choisissant comme dossier Israël, nous savons que
les polémiques et les procès d’intention seront au rendez-vous.
C’est toujours le cas lorsqu’un média s’intéresse
à ce pays. Ce numéro a été conçu à la fin de l’hiver, quand
Israël était relégué dans l’ombre de l’actualité et il part
à l’imprimerie en plein été, au moment où Israël
s’embrase à nouveau.

Ce dossier a été le plus compliqué à monter depuis
trois ans. Nous avons cherché à raconter d’autres
histoires, comme le Tel-Aviv des startups et du boom
technologique. Mais il ne laisse à voir que des images
sans âme de bars clinquants pour guide de voyage et de
bureaux en open space pour plaquette publicitaire.
En Israël, les photoreporters restent obnubilés par les
mêmes réalités : le mur de séparation, les territoires
palestiniens, les religions, la guerre. Partout, toujours,
le piège identitaire se referme sur Israël.
Raconter le monde en images n’est jamais neutre.
Au moins peut-on être honnête. C’est le fil que nous
avons suivi •

Laurent Beccaria, Patrick de Saint Exupéry, Marie-Pierre Subtil

Édito

Les hommes en noir : Un Israélien sur dix est ultraorthodoxe. La communauté ne cesse de gagner en nombre et en influence. Oded Balilty a réussi à s’immiscer dans ses rassemblements très fermés, et les a saisis comme des tableaux. A l’ombre des jeunes filles en armes : Comme toutes les filles de son pays, Naomi a donné deux années de sa vie à Tsahal, l’armée israélienne. Sa tante, Rachel Papo, l’a suivie en s’immergeant dans le quotidien de jeunes soldates. Aujourd’hui, Naomi a 27 ans. Elle se souvient… Une famille en colonie : Venus des Etats Unis, Gedalia et Shira Goldburt sont des colons religieux et babas cool, installés en terre palestinienne avec leurs six enfants. Une implantation illégale où ils ont accueilli Pietro Masturzo. « Je me suis follement amusée » : Du Vietnam à l’Afrique du Sud, de l’ «affaire Claustre» à la Bosnie, Marie-Laure de Decker a vécu l’âge d’or du photojournalisme. Elle se rêvait poète et n’avait qu’une idée : se jouer des conventions.
Les quatre cents coups : Leur terrain de jeu n’a pas de frontière, leur liberté est totale. Kalus, Bajlas, Gala, Szychta et Mati ont 13 ou14 ans et sèchent l’école de leur quartier ouvrier, à Zabrze, au sud de la Pologne. Konstancja Niwona Konopka a vécu avec eux les derniers mois de leur enfance. Les petites reines : Après leur premier accouchement, elles vivent recluses pendant des années pour se consacrer à l’enfant. Les « walés » ont un statut envié chez les Pygmées du nord-ouest de la République démocratique du Congo. Patrick Willocq est entré dans le cercle. « Je me suis condamné à l’exil » : Le chorégraphe Afshin Ghaffarian a quitté l'Iran en 2009 après la réélection contestée du président Ahmadinejad et le Mouvement vert. Il a refait sa vie à Paris mais, bientôt, il sera de retour au pays. Juste de passage. Les insolents de Téhéran : Sur les scènes iraniennes, hommes et femmes ne doivent pas se toucher. Dans les studios, les chanteuses ne peuvent pas enregistrer. Et pourtant, la créativité explose à Téhéran. Jeremy Suyker s’est glissé dans des groupes d’artistes qui se jouent des interdits.
La ruée vers l’ouest : Destiné à faire contrepoids aux mégalopoles du littoral chinois, Chongqing aimante les populations de la campagne. Tim Franco a mis en images ce chantier perpétuel. En terre communiste : À la chute du mur de Berlin, Eberhard Grames est parti vers l’est, sa chambre photographique dans le coffre de sa voiture. Il a sillonné la Roumanie, l’Allemagne de l’Est et la Russie pour tirer le portrait d’un monde en train de basculer. Les vies de François : Amateur de tango devenu croyant à 17 ans, Jorge Mario Bergoglio dut composer avec la dictature argentine. Devenu pape, il se mêle à la foule, fuit les ors des palais, défend les pauvres et se présente comme « un pécheur ». Vietnam, la guerre vue du Nord : De l’iconographie du conflit, on connait le versant occidental. Allemand de l’Est, Thomas Billhardt photographiait l’autre côté. Ses imaes, parfois montées, reflètent ses prises de position.
Naissance d'un père : Quand sa fille est née, le photographe Philip Toledano a osé dire tout haut ce qu’un père ne dit jamais.

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