#6 Automne 2013

Au sommaire

LE MONDE QUI VIENT : C’est une histoire d’aujourd’hui et éternelle à la fois : la naissance d’une œuvre. Elle prend racine au bord de la Garonne, à une vingtaine de kilomètres de Bordeaux. Alain Laboile est sculpteur de fer. C’est un artiste, qui fabrique des escaliers fantaisistes, des rambardes parsemées de libellules et des sculptures géantes, un « hippogriffe » de deux mètres cinquante ou un « centaure musicien » de quatre mètres.

En 2004, à force de rêver à des animaux géants, Alain Laboile s’intéresse au peuple miniature qui grouille sous ses pieds. Autodidacte de la photographie, il publie ses premières images d’entomologiste sur un forum d’amateurs : nuées d’insectes, colonies de fourmis et de limaces. Les passionnés sont sans pitié et lui servent de professeur de photo. Il forge son style au feu de la critique de ses pairs et s’inscrit dans la foulée à des concours amateur qu’il gagne, notamment le prestigieux prix Canon, qui lui offre un voyage photographique au-dessus de la canopée.

En parallèle, Alain Laboile s’intéresse à d’autres bestioles déroutantes : ses enfants. Il faut dire que sa famille n’est pas tout à fait comme les autres. Le premier mot qui vient à l’esprit est « vivante ». Une maison de bric et de broc au bout d’un chemin, un jardin de poche, une mare d’eau courante, une haie de bambous et un ruisseau. Voilà son royaume. Pas de télé. Un ordinateur pour chaque enfant. Et c’est tout.
Il ne faut pas une demi-heure dans cette maison du bonheur pour comprendre que la grande affaire est le jeu. Ils ont l’art de faire de chaque jour une aventure. Les photos d’Alain Laboile s’en ressentent. Des images avec de l’humour, c’est rare. Ses noirs et blancs lumineux capturent la poésie du quotidien et l’esprit de liberté. Il publie les premières images de sa famille dans Compétence photo, la revue des amateurs, tandis que sa page Facebook prend son envol. Les messages se succèdent, de l’Argentine au Japon.

A la rédaction de 6Mois nous avons un coup de cœur pour ces images. Nous en faisons notre « Album de famille » du n°4, automne-hiver 2012-2013. Les Laboile et leurs six enfants viennent à Paris dans nos locaux pour une belle soirée avec les lecteurs. Pour eux c’est une consécration. En fait, tout commence.

Le célèbre photographe américain Jock Sturges découvre le travail d’Alain et s’en empare. Désormais, à chaque fois qu’il prend la parole, devant n’importe quel auditoire, Sturges le présente avec une formule choc : « Laboile est le nouveau Lartigue et l’héritier de Doisneau ». Il parle de sa découverte aux galeristes et aux éditeurs : article du chroniqueur photo du New York Times, reportage sur ABC News, expositions à Tokyo, Santa-Monica, New-Dehli et Vienne. Steidl, l’éditeur photographique le plus prestigieux du monde, a signé pour un album à paraître en 2014.

L’aventure d’Alain Laboile est pleine d’enseignements. Le web lui a servi d’école de photo et Facebook de salle d’exposition. Mais une œuvre devient légitime lorsqu’elle est choisie et reconnue – et ce processus échappe au buzz et aux « like ».

Chaque numéro de 6Mois est un assemblage d’œuvres tout aussi simples, exigeantes et essentielles que celles d’Alain Laboile. Chacune a son rythme, son histoire et sa logique. Pour être publié dans 6Mois, il faut une rencontre entre la force des images et la pertinence de ce qu’elles racontent pour des lecteurs du XXIe siècle. Comme toute relation vraie, elle ne se met pas en algorithmes.

Commentant son travail que nous publions dans la rubrique « Photomaton », la photographe Lucy Hilmer termine par ces mots : « Je me sens heureuse, en bonne santé, aimée. Je commence enfin à être reconnue comme artiste en Europe ». Elle a 68 ans. La reconnaissance peut être aussi une longue patience !

Laurent Beccaria
Patrick de Saint Exupéry
Marie-Pierre Subtil

Édito

Rue Tolstoï : Créatifs, rebelles, intellectuels… ils sont nés avec l’indépendance de leur pays, l’Estonie, et cohabitent dans une grande maison verte pleine de courants d’air à Tartu, la ville universitaire du petit Etat balte. Michael Heck a partagé leurs jours et leurs nuits. Hessa en ses miroirs : Issue d’une famille aisée et ouverte, Hessa dispose de libertés inhabituelles dans le petit émirat du Qatar. Isabelle Eshraghi a pu la suivre dans sa vie de tous les jours et assister au mariage de sa soeur. Black Bling-Bling : Soweto, l’ancien bastion de la lutte contre l’apartheid, est devenu le laboratoire de l’avant-garde sud-africaine. Fasciné par la créativité, l’énergie et le sens de la provocation de la nouvelle génération, Per-Anders Pettersson la côtoie depuis plusieurs années. « L’art, moi, ça m’ennuie », Entretien avec Jon Levy : Jon Levy a dirigé un magazine de photojournalisme et une galerie à Londres. Pour lui, il existe deux sortes de journalistes : ceux qui font un « travail » et ceux qui se sentent concernés par les gens qu’ils photographient. Seuls les seconds l’intéressent. Les croisés du bien : Deux cent mille Américains se rendent chaque année en Haïti. Le temps d’un bref séjour, ces bénévoles découvrent la misère avec le regard des nantis. Corentin Fohlen s’est mêlé à une équipe de chrétiens du Minnesota. Des châteaux en Roumanie : À Paris, Madrid ou Rome, ils rénovent des appartements, travaillent douze heures par jour, économisent chaque sou. L’été, ils reviennent dans leurs villages, au nord de la Roumanie, pour construire la plus grande maison possible. Petrut Calinescu les a suivis dans leurs mondes. Les sages-femmes du désert : Dans les villages reculés du Yémen, les femmes mettent leurs enfants au monde chez elles. Quelques jeunes filles sont désormais formées pour les aider. Abbie Trayler -Smith les a suivies pendant leur apprentissage. Les vacances de ma femme de ménage : Dans son village de Transylvanie, Maria a une villa couleur loukoum, une cuisine américaine, une baignoire d’angle et un 4x4. Femme de ménage à Paris, elle vit une valse à deux temps, entre labeur de l’ombre et fortune de façade. À Pâques, elle a invité Léna Mauger à partager son « louxe » roumain.
La dame du dernier sommeil : Le docteur Erika Preisig est généraliste en Suisse, un des rares pays européens à avoir légalisé le suicide assisté. Elle accompagne des malades qui souhaitent abréger leurs souffrances. Sergio Ramazzotti a suivi le « départ » de l’un de ses patients.
Tableaux de classes : D’un bout à l’autre de la planète, les écoliers s’appliquent, s’ennuient, sourient… Julian Germain s’est immiscé dans les salles de classes.
Le fils du roi : Son père, Hassan II, était craint. Mohammed VI, lui, rêvait d’être aimé en « roi des pauvres ». Au pouvoir depuis quatorze ans, le souverain marocain gère avec prudence son pays et son immense patrimoine. Jours paisibles à Kaboul : À la fin des années 1960, l’Américain William Podlich s’installe avec sa famille dans la capitale afghane pour former des enseignants. Le journaliste Jean-Pierre Perrin guidait à l’époque des touristes à travers le pays. Il se souvient. Cousins, cousines : L’âge de l’innocence fascine Stéphanie Têtu. Depuis vingt ans, son vieux Rolleiflex à la main, elle observe le rituel des retrouvailles au bord de l’eau.

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