#5 Printemps 2013

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LA FUREUR DE VIVRE : Stephen Mayes, le responsable de l’agence VII
à New York, l’une des plus exigeantes aujourd’hui, appelle
les photographes à casser les codes du photojournalisme
figé dans l’horreur. « Les représentations de la guerre
s’enferment dans des stéréotypes. Certains codes visuels
reviennent régulièrement. Ils nous montrent ce que nous
savons déjà, au lieu de tenter d’ouvrir de nouveaux horizons »,
dit-il en dénonçant l’uniformisation des images. Il
suggère aux photojournalistes de raconter d’autres
histoires, plus proches de la vie quotidienne ou du monde
économique.

Ce conseil salutaire ne s’adresse pas uniquement aux
photographes. Il faudrait qu’il soit aussi entendu par ceux
qui financent leurs reportages, notamment la presse. Les
photoreporters anticipent la demande des journaux ou
des festivals, voire des sponsors, qui privilégient les sujets
sociaux, de préférence dramatiques.

Certains jours, la rédaction de 6Mois a l’impression
de découvrir un seul et même reportage dupliqué à
l’infini, chaque photographe reproduisant peu ou prou
le même sujet : les Roms, les migrants, les prisons, les
SDF, les mineurs, les réfugiés, les femmes battues et les
malades. Pourquoi une telle concentration de reportages
sur la même petite dizaine de sujets, avec d’infinies
variations géographiques (mines d’Afrique du Sud, mines
d’Indonésie, mine d’Ukraine, etc.) mais toujours le même
regard qui surplombe et traque l’émotion ?

Ces sujets suscitent d’emblée la compassion. Ils sont
suggestifs mais l’effroi qu’ils provoquent nous met à
distance. Surtout, ils ne nous disent pas tout du réel et
du monde tel qu’il va. Tant de sujets restent encore
à défricher, à raconter, à sortir de l’ombre !

Le photojournaliste peut raconter autrement et autre
chose s’il se décale, s’il ose sortir des sentiers battus et si
les journaux lui offrent un espace.

Parmi les récits les plus forts publiés dans 6Mois,
plusieurs ont été consacrés à des hommes ou des femmes
de la rue d’à côté, suivis pendant des mois, des années,
par un photographe engagé dans un travail à long terme.
Quels lecteurs ont oublié l’histoire de Julie la junkie
perdue qui se bat pour garder sa famille, celle de Scott
le vétéran d’Irak ou celle des compagnons du devoir
allemands ?

Le dossier du numéro que vous tenez entre les mains est
une bonne illustration de la manière dont il est possible
d’aller au-delà des clichés. Le monde des gangs, des camps
paramilitaires et des skins se prêtait en effet aux images
sanglantes et spectaculaires. C’est en allant plus loin,
dans l’intimité des êtres, chez eux ou dans leurs moments
d’abandon, qu’une autre vérité a surgi sous l’objectif des
photographes : elle est la vie même, troublante et ambiguë
- et donc plus vraie.

A côté de cette fureur de vivre de jeunes desperados, il
existe aussi des chasseurs dans le grand Nord, des petites
mères adolescentes à Naples, des êtres un peu à l’ouest
ou simplement rêveurs qui se voudraient immortels, des
afro-cosmonautes, des petites vieilles dans leur datcha qui
récoltent les groseilles... A leur manière, ces hommes et
ces femmes incarnent également notre XXIe siècle.

Laurent Beccaria, Patrick de Saint-Exupéry, Marie-Pierre Subtil

Édito

Les enfants de la peur : Ils sont nés en Afrique du Sud après la fin de l’apartheid, le régime de séparation des races.
Leurs parents les ont inscrits dans un camp de « vacances » où on leur inculque la «suprématie de la race blanche ». Ilvy Njiokiktjien les a suivis. Skins party : Ils exhibent les emblèmes interdits, affichent le portrait de Mussolini et se retrouvent dans des fêtes très privées. Une plongée de Paolo Marchetti dans le milieu fermé des skinheads de Rome. La mort dans la peau : Sur leur corps, ils portent des tatouages qui racontent leur vie de gangsters. Recrutés très jeunes, ils appartiennent aux bandes qui font régner la loi au Guatemala. Miquel Dewever-Plana a vécu avec eux. Entretien avec Fernando Moleres :« La photo c’est de l’énergie » : Le photojournaliste espagnol Fernando Moleres vit son métier comme un sacerdoce. Il ne fait pas d’images sans liens les unes avec les autres. Ce qui compte à ses yeux, c’est ce que l’on veut raconter et comment on va le raconter.

Les quatre saisons des Lapons : Les Samis éleveurs de rennes disposent du confort moderne, mais ont gardé le mode de vie de leurs parents. Erika Larsen a partagé pendant deux ans leur quotidien en Laponie, au nord de la Suède et de la Norvège. Les petites mères de Naples : Elles sont adolescentes et seront bientôt mamans. A Naples, c’est une joie. La famille, les amis et les voisins fêtent l’arrivée des nouveaux-nés. Stephanie Gengotti a joué les grandes sœurs. Les givrés du futur : Ils sont Anglais, Américains et Russes et à leur mort ils se feront « congeler », persuadés que la technologie les ramènera plus tard à la vie. Depuis six ans, Murray Ballard rencontre ces hommes et ces femmes qui veulent être « préservés ». Pique-nique chez les immortels : Ils sont informaticien, expert-comptable ou chirurgien et ils ont « signé » pour se faire congeler, en espérant « revenir » après leur mort, dans des dizaines ou des centaines d’années. Guillemette Faure les a rencontrés à une Cryofeast, une fête de la cryogénisation, dans la banlieue de Los Angeles. Marisol : Marisol a 8 ans quand la photographe Janet Jarman la rencontre pour la première fois. La fillette récupère des déchets sur une décharge au Mexique. Dix-sept ans plus tard, les deux femmes se voient toujours. Marisol, mère de trois enfants, vit aux Etats-Unis. Les Afronautes : Il y a cinquante ans, des Zambiens voulaient conquérir l’espace. Aujourd’hui, Cristina de Middel redonne vie à leur rêve. Le beau gosse : Clint Eastwood a interprété tous les personnages qui ont forgé la mythologie du cinéma hollywoodien. A plus de 80 ans, le cinéaste américain reste fidèle à sa règle : ne jamais être là où on l’attend. Allemagne, l'éveil de l'Ouest : 1952-1967. L’Allemagne de l’Ouest se relève de la guerre. Josef Darchinger, photographe autodidacte, tient la chronique d’une classe moyenne heureuse. Soeurs des bois : Alia et Lucia passent leurs étés dans la datcha construite par leur père, à six heures de route de Saint-Pétersbourg. Leur nièce, Nadia Sablin, photographe à New York, les retrouve aux beaux jours autour des groseilles et des fraises cueillies dans le jardin.

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