#3 Printemps 2012

Au sommaire

L'AFRIQUE EN FACE : Derrière ce numéro, il y a le rire et la joie de vivre de Martina Bacigalupo qui, à chacun de ses passages, a éclaboussé nos bureaux de son énergie. Cette
photographe italienne s’est installée au Burundi, petite enclave dans l’immensité du continent africain. « Mais pourquoi as-tu choisi le Burundi?», lui demanda un jour sa mère. « Et toi, pourquoi as-tu choisi papa ? », lui répondit-elle. « Ah, ton père m’est tombé dessus. » « Eh bien moi, le
Burundi m’est tombé dessus. » Tout est dit.

Derrière ce numéro, il y a beaucoup de reportages qui nous sont tombés dessus. En quelques mois, la nouvelle de l’existence de 6Mois s’est propagée parmi les photographes, et les propositions affluent. Nous avons découvert les autres au hasard de nos recherches et des recommandations de celle qui a vu celui qui a vu un reportage, évidemment exceptionnel mais qui ne l’est pas toujours. Parfois, il suffit de trois clics. D’autres jours, nos recherches sont dignes d’un cabinet de détectives. Pourquoi ce reportage emporte-t-il l’adhésion et non celui-là ? L’émotion ne s’explique pas, elle se ressent, parfois physiquement. Des fourmis dans le dos, des yeux embués, un regard hypnotisé… Après, il faut trier et organiser les récits pour qu’ils se répondent.

Derrière ce numéro, il y a la démarche chaloupée de Guillaume Bonn, et sa question au bout de deux rendez-vous de travail sur ses photos du Kenya : « Au fait, est-ce que vous payez les photographes pour la publication ? » L’interrogation en dit long sur une profession qui a pris l’habitude d’être malmenée et rémunérée en monnaie de singe (la vitrine de la publication ou de la vente en galerie contre la gratuité des photos). C’est justement contre cette inversion de l’ordre des choses que 6Mois s’est construit.

Derrière ce numéro, il y a la découverte de quelques photos en couleurs sur la Chine de Mao, qui s’affichent sur le site d’une galerie à Pékin, nos courriels et nos appels restés sans réponse. Reporter indépendant en Chine, Jordan Pouille est appelé à la rescousse. Il remonte le fil jusqu’à l’auteur des images, qui vit désormais dans un HLM pékinois et dont le destin vaudrait dix livres. Dans le fouillis de ses CD-ROM en forme de boîte à trésors, au milieu de ses photos de famille, il déniche des centaines d’images qui disent la folie maoïste.

Derrière ce numéro, il y a la passion d’Evguenia Arbougaïeva, installée à New York mais qui n’a jamais oublié sa Sibérie natale et la petite fille heureuse qu’elle a été dans le froid et le vent du Grand Nord russe. Il y a la voix de Mohammad Golchin, depuis ses montagnes, au bout d’une ligne qui coupe toutes les demi-heures, racontant en farsi la vie des écoliers iraniens, si proches, si loin. Derrière ce numéro, il y a le travail des journalistes de la rédaction de 6Mois à la recherche des compagnons du devoir allemands, qui n’ont pas hésité à passer le réveillon du Nouvel An dans une boîte heavy métal à Freibourg, ou à remonter la piste des propriétaires de navires échoués en Méditerranée, en faisant du porte-à-porte sur les quais de Sète ou en passant des jours à débusquer les sociétés écrans dans les paradis fiscaux.

Derrière ce numéro, il y a tant de rencontres et de discussions qu’une page d’éditorial n’y suffit évidemment pas. A partir d’aujourd’hui, une autre histoire va prendre la place de notre agitation. Une fois imprimé, 6Mois vous appartient. Les images et les mots prennent un autre sens, puisque vous les découvrez sans jamais en avoir entendu parler, sans connaître les visages ni la voix des auteurs. Vous les lisez avec votre mémoire, votre sensibilité et votre curiosité. Une autre histoire commence : la vôtre.

Laurent Beccaria,
Patrick de Saint-Exupéry,
Marie-Pierre Subtil
PS : le n°1 de 6Mois a dépassé les 42 000 exemplaires, presque le double des objectifs. Sans l’écho médiatique du lancement, le °2 a poursuivi l’élan avec 39 000 exemplaires. C’est un résultat étonnant. Généralement, les numéros deux atteignent seulement la moitié des ventes du numéro de lancement. L’aventure de 6Mois démarre donc sur les chapeaux de roue. Merci !

Édito

"Ainsi j'existe pour le monde" : Filda Adoch a tiré de sa rencontre avec la photographe Martina Bacigalupo une nouvelle fierté. Sur les images, elle s'est découverte forte. Son statut a changé: des Blancs sont venus de loin pour la voir. La journaliste Anne Chaon a elle aussi partagé le quotidien de cette femme debout. Cuisines et dépendances : Femmes de ménage, nounous, jardiniers...Sur tout le continent africain, une armée des ombres veille au confort des mieux lotis. Au Kenya, ancienne colonie britannique, ses fantassins passent du bidonville à la piscine. Je m'appelle Filda : Elle a subi vingt ans de guerre en Ouganda, a perdu un fils, trois maris, une jambe, et fait toujours face. À 54 ans, Filda Adoch s'est découverte dans les yeux d'une photographe qui lui a donné aussi la parole.

Entretien avec Gilles Peress : Gilles Peress, 65 ans, est l'auteur de nombreux sujets de fond, tous liés à des traumatismes: le conflit en Irlande du Nord, la révolution iranienne, la guerre en Bosnie, le génocide au Rwanda, les attentats du 11- Septembre, aujourd'hui le conflit israélo-palestinien. Entre journalisme et anthropologie, les travaux de ce membre de l'agence Magnum n'entrent dans aucune catégorie. Rien que pour leurs yeux : Au sud de l'Inde, dans l'État du Tamil Nadu, un réseau d'hôpitaux rend la vue aux paysans exclus de tout système de soins. Aravind, créé par un chirurgien ophtalmologue aujourd'hui décédé, pratique chaque année plus de 300 000 opérations des yeux. Jacques Vekemans a cherché à comprendre son fonctionnement. Une enfance iranienne : Dans les montagnes autour de Talesh, près de la frontière azerbaïdjanaise, Mohammad Golchin va d'école en école, à la rencontre d' "enfants heureux, même avec les dents cassées". Port de la poisse : D'Istanbul à Dakar, des équipages se retrouvent abandonnés par des armateurs peu scrupuleux. Depuis dix ans, Patrice Terraz recueille les histoires de ces naufragés de la mondialisation. Les frères de la route : En Allemagne, ils font partie du paysage. De chantier en chantier, les compagnons parcourent le pays, comme au Moyen Âge. Claudius Schulze les a suivis jour et nuit. La petite fille de Sibérie : Ses six premières années dans le Grand Nord russe l'ont marquée à jamais. Installée à New York, la photographe Evgenia Arbougaïeva est partie à la recherche de ses souvenirs d'enfance. Une plongée onirique dans le passé, réussie grâce à Tania, 12 ans. Élisabeth II, le rôle de sa vie : Son destin était celui d'une princesse, pas d'une reine. Un accident de l'Histoire en a décidé autrement. Icône anachronique et populaire, Élisabeth II a fait de sa vie un péplum. À l'anglaise. Rouge de Chine : Août 1966: Mao Zedong engage la Chine communiste dans la Révolution culturelle. De la place Tiananmen aux montagnes du Yunnan, le photographe de propagande Weng Naiqiang devient le témoin fasciné de ce qu'il croit être une épopée. Sans voir la tragédie. Les enfants d'Israël : Sa mère et ses tantes, rescapées d'Auschwitz, ont émigré en Palestine en 1947. Pendant quinze ans, Vardi Kahana a photographié ses cousins, petits-cousins, oncles et tantes, des hauteurs du Golan à Copenhague. Un miroir de la société israélienne. Or noir cols blancs : Au Nigeria, le business du pétrole nourrit un petit monde où se côtoient hommes d'affaires étrangers et fonctionnaires. Tout se joue dans l'ombre.

Les auteurs

Les photographes

#3 Printemps 2012

25,50€

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