#14 Automne 2017/Hiver 2018

Au sommaire

FEMMES DE YAKUZAS
Chloé Jafé
La mafia japonaise est l’une des plus puissantes au monde. Seuls les hommes peuvent appartenir aux clans. Dotées d’un rôle symbolique, épouses et maîtresses vivent dans l’ombre. Chloé Jafé a su gagner leur confiance.

LE PÉRIL GRIS
Pascal Meunier
Plus d’un Japonais sur quatre a plus de 65 ans, et la pauvreté des seniors augmente. Beaucoup sont obligés de travailler. Pascal Meunier a enquêté sur ce choc démographique qui bouscule la société.

APRÈS FUKUSHIMA
Jérémie Souteyrat
La cité balnéaire de Soma a été dévastée par le tsunami de 2011, puis obligée d’accueillir des réfugiés de la catastrophe nucléaire. Jérémie Souteyrat raconte le quotidien de cette région sacrifiée.

LUCKY JIM
Des premiers studios du Ghana à une folle parenthèse londonienne, James Barnor, 88 ans, a eu milles vies. Il aura fallu attendre un demi-siècle pour que le monde s’intéresse à ses photos.

79° NORD
Paolo Verzone
Sur l’île du Spitzberg, au nord de la Norvège, la base scientifique de Ny-Ålesund accueille près de vingt nationalités. Paolo Verzone a passé deux semaines isolé au milieu des glaces avec les meilleurs chercheurs du climat.

ET DIEU ORDONNA LA FEMME
Juliette Robert
En Suède, 40% des pasteurs sont des femmes. Bientôt, elles seront majoritaires. Juliette Robert a rencontré ces religieuses des temps modernes, baskets aux pieds et brushing parfait. Une révolution dans l’Eglise luthérienne.

UN ÎLOT À CARACAS
Natalie Keyssar
Au cœur de la capitale du Venezuela, un quartier semble épargné par la crise et la violence. Il est géré par un collectif révolutionnaire proche du pouvoir. Natalie Keyssar a partagé le quotidien de ses habitants.

MATHIEU, PAYSAN HEUREUX
Pablo Chignard
Mathieu aurait voulu être « paysan d’autrefois » comme son grand-père. Eleveur de vaches charolaises, il réinvente le modèle des anciens. Pablo Chignard le photographie depuis douze ans.

"LE CHIMISTE" REPENTI
Bernard Favodon, le père de Mathieu, a utilisé engrais et pesticides à hautes doses avant de se battre, parmi les premiers, contre l’agriculture productiviste. Par Mathilde Boussion

Édito

Tout lui souriait. Né à Calcutta, Souvid Datta vivait à Londres depuis l’âge de 10 ans. Jeune photojournaliste, il avait récolté plusieurs prix prestigieux, pour des reportages en Chine, en Afghanistan ou au Kurdistan irakien. Il semblait promis à une formidable carrière.


En travaillant pour une ONG à Calcutta, il avait rencontré des jeunes femmes échappées de la prostitution. Il était convaincu de tenir son grand sujet, celui qui allait faire le tour du monde et révéler la condition de ces esclaves modernes, des mineures kidnappées et prostituées de force. Ses images étaient fortes. Souvid Datta parlait avec conviction de son histoire et de ces femmes-enfants victimes de réseaux criminels. Notre premier rendez-vous avait été un bonheur. Il nous avait conquis avec sa gueule d’ange, son sourire qui lui dévorait le visage. Ses traits et ses gestes inspiraient confiance. Nous étions prêts à publier son reportage dans 6Mois. Mais il avait déjà pris un engagement avec un de nos confrères pour quelques pages. Nous avons préféré abandonner.


Chaque reportage dans 6Mois nécessite un long travail de discussion avec le photographe et une enquête complémentaire. Autant se lancer sur des sujets neufs, inédits pour les lecteurs. Il y a assez de bons reportages pour que les journaux ne publient pas les mêmes images. Le magazine français est paru, avec quelques images fortes entre deux publicités et d’autres reportages. Nous avons oublié Souvid Datta.


Et puis le scandale a éclaté. A l’étranger, de nombreux sites et journaux avaient relayé le travail du jeune photographe engagé. En Inde, une habitante de Bangalore a remarqué un détail. Une photo censée représenter une certaine Asma lui disait quelque chose. « Elle-même assistante sociale au profit de ces travailleuses du sexe et grande admiratrice du travail de la photographe Mary Ellen Mark sur les quartiers rouges indiens dans les années 1970, Shreya Bhat s’est rendu compte qu’elle avait déjà croisé le visage d’Asma quelque part. Non pas au détour d’une rue de Calcutta, mais dans une image de la photographe… », raconte la journaliste Lise Lanot. Mary Ellen Mark a été membre de l’agence Magnum et elle est notamment l’auteure d’un reportage au long cours sur Tiny, une jeune prostituée de Seattle, que nous avons publié sous le titre « Sa majesté des rues » dans le numéro 11 de 6Mois.


Souvid Datta avait tout simplement subtilisé le personnage d’une des photos de Mary Ellen Mark pour l’incruster dans son propre reportage.

Invité à s’expliquer sur cette manipulation par Time LightBox, le site photo du magazine américain Time, Souvid Datta, a reconnu la manipulation, mais plaidé la bonne foi, avec un argumentaire alambiqué, où il est question d’hommage et de la manière qu’il avait trouvée pour passer outre le refus d’apparaître au grand jour d’une des femmes qu’il avait photographiées. La nécessité d’alerter l’opinion sur une réalité insoutenable l’avait emportée sur la véracité. Hélas, sa plaidoirie s’est fracassée sur de nouvelles révélations en cascade, montrant d’autres emprunts. Ce n’était pas une faute, mais un système, stupéfiant et enfantin, car le bidouilleur se servait chez les meilleurs photographes.

Souvid Datta est parti les yeux brillants vers de nouvelles aventures. Il n’enverra plus de messages enthousiastes et ne montrera plus son travail aux éditeurs du monde entier. Nul doute qu’il rebondira. Les manipulateurs ne s’arrêtent jamais.


Laurent Beccaria, Patrick de Saint-Exupéry, Marie-Pierre Subtil

Les photographes

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