La centaure

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À cheval, une détenue de la prison des Baumettes à Marseille. Sur le sable de la piste, Camille, directrice artistique du théâtre du Centaure. Depuis 20 ans, cette compagnie sous chapiteau mêle théâtre et lien social grâce à l’osmose entre l’humain et l’animal. Aujourd’hui, c’est l’atelier de « centaurisation » avec les prisonnières, sous l’objectif de la photographe Francesca Todde

D’abord la femme s’approche et pose son oreille sur le ventre de l’animal pour écouter son cœur. Puis elle regarde dans son œil, y cherchant son reflet. Enfin, elle monte « là-haut ». Camille invite la détenue à fermer les yeux et s’allonger sur le dos du cheval. C’est la position de lâcher-prise, de confiance absolue. Puis la femme se met en position assise et le cheval commence à marcher. Camille les accompagne en chuchotant une histoire. L’atmosphère est intime. Peu à peu, le cheval commence à prendre de la vitesse jusqu’à galoper. On ne sait plus qui galope, la femme ou l’animal. Enfin, il s’arrête. Elle peut rouvrir les yeux.

Fascinée par les animaux et les relations inattendues que certains humains arrivent à tisser avec eux, Francesca Todde suit les spectacles du Théâtre du Centaure depuis 2013, du spectacle vivant « TransHumance », aux « Surgissements », apparitions inattendues dans les espaces publics, jusqu’aux « Ateliers de Centaurisation » au centre pénitentiaire des Baumettes. « Je me rappelle la première apparition de Camille aux Baumettes : elle était debout sur son cheval au galop, dans la cour devant les fenêtres des détenus. On pensait qu’ils allaient tous hurler, faire des blagues, et en fait non, ils étaient envoutés par cette scène magique », raconte la photographe. Dès le premier atelier les prisonniers sont touchés : « On a eu plein d’ateliers, jamais un truc pareil », lâche un des participants. Une des femmes confie en descendant du cheval : « Quand on s’est arrêté, je me suis aperçue que lui aussi, le cheval, avait transpiré comme moi, que ma transpiration s’était mêlée à la sienne. Je me suis sentie comme une seule chose, moi j’étais lui et lui était moi. » 

Cette expérience de réinsertion à travers la nature est puissante, plusieurs détenus sont en larmes à la fin des ateliers : « Vivre l’instant présent, le regard, le toucher, retourner à l’expérience primordiale du monde, est un cadeau pour ses personnes, car soudainement ils sont réintégrés dans le monde. Sans conditions. »



Martina Bacigalupo



Cette photo est issue de la série « An emotional reintegration ». Pendant le confinement, Francesca s’est consacrée à sa maison d’édition Départ Pour l'Image cofondée en 2018 avec Luca Reffo. 

Le travail de Francesca Todde est à découvrir ici : www.francescatodde.com/ et sur son Instagram.

Les Surgissements du Théâtre du Centaure : https://www.theatreducentaure.com/Creations/Creations/Surgissements


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