Un regard de défi

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Avril 2018, Brésil. Pablo Albarenga, photographe uruguayen, débarque à l’Acampamento Terra Livre, le « Camp Terre Libre » de Brasilia, où des milliers d’Amérindiens se retrouvent chaque année pour défendre leur droit à la terre. Pendant ces trois jours de débats publics et de manifestations culturelles, le photographe installe un fond en tissu noir près de la scène pour y faire des portraits. Certains y voient aussi une occasion de changer la photo de leur profil WhatsApp ou Instagram. Une jeune femme s’approche.« Elane Guajajara, 19 ans, avait un regard de défi », se souvient Pablo Albarenga.

Le jeune photographe commence à s’intéresser aux populations autochtones en 2016, quand il découvre le travail de son professeur de photojournalisme sur les Guarani Mbyá du Paraguay : « Des images des gens ordinaires, habillés comme nous. Une révélation. À l’opposé de toutes les photos d’autochtones que j’avais vues jusque-là. Loin de l’exotisme et du regard colonial. »

L’Uruguay, aux frontières du Brésil et de l’Argentine « nie son origine autochtone », estime Pablo Albarenga. « On nous a toujours dit que nous étions fils d’immigrés, c’est à dire des européens. Or, un tiers des uruguayens aurait des origines autochtones, selon une étude. » Pablo décide de se consacrer entièrement à un projet : « questionner notre façon de regarder les Amérindiens, en prenant conscience du regard colonial qui nous a été imposé. »

Dans sa dernière série, « Graines de résistance », les autochtones sont vêtus de jeans, de T-shirt, de maillots de bain et portent des baskets.  Elane, elle, arbore des peintures corporelles, à l’occasion de l’Acampamento. Les autochtones utilisent ces éléments traditionnels à cette occasion pour marquer leur identité et militer « mais ils ne sont pas habillés et maquillés comme ça tous les jours, au contraire. J’essaie de rompre avec ce genre de stéréotypes. »

Pablo profite de ce temps de confinement pour avancer sur son grand projet d’archives en ligne. Il met tout le matériel audio-visuel qu’il a produit sur les Amérindiens à disposition gracieuse des communautés autochtones pour leur lutte. Un geste rare.



Martina Bacigalupo



Le travail de Pablo est a découvrir sur www.pabloalbarenga.com et Instagram.


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