L’Ibère au soleil

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Un couple pique-nique sur la plage de Vallcarca près de Barcelone, dans le nord de l’Espagne. Ils sont venus y passer la journée avec leur chien et ne semblent pas prêter attention à la cimenterie qui se dresse derrière eux.



« Depuis quelques années, je me rends dans cette crique le dimanche, c’est un endroit singulier, avec son énorme usine. Ce n’est pas une plage surveillée avec des secouristes, des policiers. Les gens peuvent donc se garer très près de l’eau, explique Txema SalvansOn y trouve des pêcheurs, des jeunes en quête d’intimité, des migrants qui font des barbecues improvisés. Il paraît qu’on y tourne des films pornos. »



Pendant sept ans, le photographe catalan a arpenté la côte espagnole, de la Catalogne à l’Andalousie, pour photographier « des gens normaux » en vacances, loin des images de carte postale que vendent les offices de tourisme. Au volant de sa fourgonnette, il a parcouru cette côte qu’on ne montre pas. Celle de la classe ouvrière et des aberrations urbanistiques. Il en tiré la série en noir et blanc My Kingdom, « Mon royaume ».



« J’ai commencé ce projet en 2007 alors que la crise couvait. Les hommes politiques affirmaient que tout allait bien, alors que la bulle immobilière était sur le point d’exploser. » Ses photos rendent compte des accès de fièvres successifs du secteur du bâtiment en Espagne. « Sous la dictature de Franco [1939 à 1975], le pays a connu un développement immobilier gigantesque. Beaucoup de villages côtiers ont été massacrés par l’urbanisation. Puis, pendant le prétendu “miracle espagnol” qui a précédé la crise de 2008, le pays a connu une nouvelle frénésie de construction avec des logements très chers, qui pour beaucoup n’allaient jamais trouver preneur. » Pour montrer cette Espagne-là, Txema Salvans, débusque les endroits étranges, les gratte-ciels en bord de mer, les aires de jeu vides, les chantiers à l’arrêt… Il jette un regard tendre et ironique sur ses compatriotes en maillot de bain, « ces vacanciers qui tournent le dos à leurs problèmes, aux usines, au béton. Ils les laissent derrière eux pour plonger leur regard dans l’immensité de la mer. »



Camille Drouet



Le reportage « L’Ibère au soleil » est à retrouver dans notre numéro 19, « Brésil, le vertige », actuellement en librairie.



Pour découvrir, le travail de Txema Salvans, rendez-vous sur son site ou son compte Instagram.


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