Laisse pas béton

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Face à la cité des Aygalades, quartier populaire de Marseille, un édifice s’apprête à sortir de terre. La ville se transforme. Ce jour de 2010, des ouvriers cap-verdiens de la future Cité des arts de la rue happent le regard de Yohanne Lamoulère. La photographe les suit sur le chantier et chez eux, au camping. Elle garde ce cliché des « jumeaux, les siamois de la pelle ».

Dans cette métropole de 111 villages, les grands ensembles côtoient les anciennes maisonnettes, quelques terrains vagues dominent la mer. Yohanne Lamoulère, née à Nîmes, s’installe à Marseille en 2004. Les quartiers nord, affublés d’une si mauvaise réputation, deviennent son port d’attache : « C’est le Marseille que les élites veulent éradiquer et où la réhabilitation urbaine agit comme un rouleau compresseur. On rase et on envoie les gens ailleurs, sans jamais les consulter. » Pour ralentir le temps, elle se promène avec un Rolleiflex, un appareil photo argentique – celui de Robert Doisneau. Ses images traquent la fierté dans les décombres et l’abandon. La photographe recherche la compagnie des gens, en particulier celle des jeunes : « J’ai peur pour cette jeunesse. J’alterne entre la tristesse, la rage, le désespoir, la lassitude. Comment on photographie quand on est en colère ? »

Dix ans plus tard, Yohanne Lamoulère ne sait plus comment raconter son Marseille. La majorité des lieux qu’elle a immortalisés dans sa série « Faux Bourgs » (2009-2014) n’existent plus, tombés sous les coups d’une marchandisation dévorante. La photographe a même pensé s’arrêter. Mais la ville en constante mutation, ce monstre qui dévore ses habitants, ne cesse de la rappeler à elle.

Cette photo a été publié dans le reportage « Laisse pas béton » de la revue 6MOIS n°17, disponible dans notre boutique en ligne.

La série « Faux Bourgs » et le travail de Yohanne Lamoulère son à découvrir sur son site.


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