Business de la solitude

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Dans les studios d’une agence pour célébrités de l’Internet, une jeune Chinoise échange avec ses fans. Derrière elle, ils ne voient que les détails glamour d’une chambre en trompe-l’œil. On appelle ça le livestreaming. Jérôme Gence a photographié pendant neuf mois les coulisses de ce business florissant en Corée, en Chine et à Taïwan.

Chaque jour, 3,5 millions de Chinois se mettent en scène devant des caméras. En majorité des jeunes femmes, dont les deux tiers ont moins de 26 ans.  Les stars de la webcam ont trouvé leur public, essentiellement masculin. Les fans les gâtent, les submergent de « stickers ». « Des cadeaux virtuels qui peuvent valoir le prix d’un chocolat ou d’une voiture de luxe, explique le photographe, par ailleurs web-analyste. L’argent est ensuite partagé entre le livestreameur, l’agence qui l’emploie et la plateforme qui le diffuse. »  Car l’industrie des chaînes chinoises de livestreaming, avec ses 4 milliards de dollars générés en 2018, est devenue un empire dans l’Empire. Une affaire rentable, qui repose sur deux piliers : l’ardeur émotionnelle des fans — dont certains comblent leur détresse sentimentale en rythmant leur quotidien sur l’actualité de leur idole — et l’engagement sans limites des livestreameurs. « C’est le soir qu’ils doivent être le plus disponible. Les gens rentrent chez eux, s’ennuient et envoient leurs stickers. » À cause du travail sur écran, les stars, elles souffrent de problèmes de vue, de douleurs aux doigts, au dos… et de solitude aussi. L’analyste conclut : « Internet sait très bien faire d’une souffrance un business. »

Cette photo a été publiée dans le photoreportage « Business de la solitude » paru dans la Revue 6MOIS n°17, disponible sur notre boutique en ligne. Retrouvez le travail de Jérome Gence sur son site et son compte Instagram.


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