Pose dominicale

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Membre de l’équipe féminine de football de Kibéra, l’un des plus grands bidonvilles kenyans, Sarah prend la pose dans le studio de Mia Collis. Photographe britannique née au Kenya, Mia Collis a fait revivre chaque dimanche pendant un an le Weekend Studio, lieu emblématique de la périphérie de Nairobi. Il était sur le point de fermer. 



Lorsqu’elle franchit pour la première fois le seuil de la petite boutique, le gérant, David, lui annonce sa décision de partir. « Je range tout. Et à la fin de la semaine, j’arrête. » Mia Collis, diplômée d’anthropologie en plus d’être photographe, tente d’abord de le faire changer d’avis. Des murs usés, un toit en tôle ondulée, un trou à la place de la porte, elle est sous le charme de ce lieu suranné qui a abrité trente-sept années de portraits. 



La photographie de studio africaine a pris son essor dans les années soixante, coïncidant avec la grande vague des indépendances. Mais les téléphones portables ont eu raison de cet art singulier. Consciente de la valeur sociologique, historique et émotionnelle du studio de Kibéra, Mia Collis, qui réside à Nairobi, ne peut se résoudre à le voir disparaître.  Elle décide de louer les lieux. Chaque dimanche, elle photographie gratuitement les gens qui sortent de la messe, sapés pour ce jour de fête. La peau blanche de la jeune britannique en fait une attraction dans le bidonville. « J’ai parfois eu 80 personnes qui attendaient ! » Chaque portrait donne lieu à un échange, une conversation à bâtons rompus, « des mots en or » qu’elle consigne. Elle voudrait pouvoir remercier David pour ce legs : « Son portrait a été le premier de ma série. Il a quitté le bidonville de Kibera juste après. » 



À son tour, la photographe a passé le flambeau. En 2019, Joseph, le fils de sa propriétaire, a repris l’affaire. « C’était la solution rêvée pour assurer la continuité du Weekend Studio » dit-elle. Cette expérience, restera pour elle « une plongée anthropologique incroyable dans les rues de la banlieue de Nairobi. »



Cette photo est issue du reportage « Pose dominicale » paru dans la revue 6MOIS n°17, disponible sur notre boutique en ligne

Le travail de Mia Collis est à retrouver sur son site et son compte Instagram.



 


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