Les derniers « talkies » de Bangalore

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« Août 2019, c'est la première du film "Kurukshetra" au vieux cinéma Prasanna : la salle est pleine, il y a des centaines de personnes partout, allongées par terre, entassées dans les couloirs. Des confettis et des pétales de fleurs volent dans l'air, parmi les sifflets et les chants des spectateurs. Puis la musique résonne et un groupe de jeunes se met à danser devant l’écran... »

Basé à Bangalore, en Inde, Sameer Raichur photographie depuis des années les cinémas mono-salle, appelés « talkies ». Les soirées de sortie des films ressemblent à des festivités religieuses : dates symboliques, offrande de noix de coco et de courges au pied de l'écran, distribution de bonbons et de confettis... Le public, en majorité masculin, est issu de la classe ouvrière.

Dans l'Inde rurale des années1980, les « talkies » étaient l’un des rares lieux de divertissement : « Mon père nous y emmenait tous les dimanches ! », se rappelle le photographe. Mais le développement de la télévision puis des salles multiplexes ont conduit au déclin de ces petits cinémas indépendants, détruits les uns après les autres : « Dans les nouveaux multiplex, l'expérience cinématographique n'est pas la même, les gens ne s’y expriment pas. Et ils sont souvent situés dans les centres commerciaux, en ville, et donc surtout accessibles à la classe moyenne et aux plus riches. La classe ouvrière, elle, continue d'aller aux "talkies du quartier" ».

Les petits cinémas indépendants disparaissent à grande vitesse, même à Bangalore, qui comptait la plus haute concentration de « talkies » en Inde. « Ces cinémas sont une institution, jamais ils ne s’éteindront vraiment ! Quand on donne des indications à quelqu'un dans la rue, on fait toujours référence au "talkie", même s'il n'est plus là. »



Martina Bacigalupo



Cette photo est issue de la série « Bangalore talkies »

Le travail de Sameer est à découvrir sur son site www.sameer-raichur.com et sur son Instagram


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