L'adieu

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« Bryan ! » Sur le point d’être expulsé vers Mexico avec sa mère et sa sœur, le gamin de 13 ans tourne la tête. Il s’apprête à passer les contrôles de l’aéroport de Detroit dans le Michigan. Il est en larmes. Toute sa vie est aux États-Unis. Il connaît à peine le Mexique, pays de ses parents. Quand il aperçoit sa prof de collège derrière les barrières de sécurité, ses pleurs redoublent. La voilà qui accourt, pour lui dire au revoir. La photographe américaine Rachel Woolf prend la photo. Derrière l’objectif, elle aussi pleure. La jeune femme suit depuis une semaine la famille de Bryan, et en particulier sa mère, Lourdes Salazar Bautista. Le début d’un long compagnonnage avec toute une famille, des deux côtés de la frontière.



Lourdes a reçu son avis de déportation la veille. Après vingt ans de vie aux États-Unis, où elle a donné naissance à ses trois enfants, elle n’a plus le droit de rester sur le sol américain. Elle a acheté des valises, mis ce qu’elle a pu dedans, et embarqué ses deux plus jeunes enfants, tandis que sa fille aînée reste aux États-Unis pour ses études. Tous les enfants de Lourdes sont américains. Ils ont eu le choix entre quitter leur pays ou quitter leurs parents.



Rachel Woolf prend contact avec Lourdes Salazar Bautista par une amie d’amie : « J’ai lu dans la presse locale l'histoire d’une femme de ménage mexicaine sans papiers qui risquait l’expulsion, dix ans d’interdiction du territoire et la séparation avec ses enfants. Je suis allée la voir. » Lourdes a tout de suite accepté l’intrusion de la photographe dans sa vie. C’était aussi une manière de rendre visible le calvaire de millions de sans-papiers dans le pays. Depuis, Rachel raconte l’histoire de cette famille déchirée.



Selon un rapport d’un ensemble d’ONG pour la défense des droits humains publié en 2020, le nombre des demandeurs d’asile ou des sans-papiers en voie d’expulsion a augmenté de 50 % sous l’administration de Donald Trump, passant à 50.000 par jour en 2019.



Au Mexique, Lourdes essaie de reconstruire sa vie, mais ce n’est pas simple : elle a du mal à se retisser le lien avec son mari, expulsé sept ans avant elle, sa deuxième fille est partie rejoindre la première pour ses études et Bryan, qui a grandi sans vraiment connaitre son père, passe son temps sur les jeux vidéo à distance avec ses copains américains. « Lourdes veut rentrer aux États-Unis » raconte la photographe, « mais elle ne sait pas si elle y arrivera. Elle répète que c’est là où sont ses amis, ses enfants, sa vie. » Quand Bryan était petit Lourdes l’amenait voir jouer le club de foot du Michigan, et elle lui promettait qu’il y jouerait un jour. Elle confie à Rachel : « Je veux tenir parole ».



Martina Bacigalupo



 



Cette image fait partie de la série « Deported ».



Le parcours déchirant de Lourdes est à retrouver dans les pages du prochain 6Mois, en librairie le 9 octobre.



Le travail de Rachel Woolf est à découvrir sur son site et son compte Instagram.  


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