Favela chic

favela-chic

« En 1985, la dictature brésilienne persécute les Noirs. Pour résister, ils dansent. À Belo Horizonte, on vient de toute la ville pour danser dans la favela. Adailson veut que je le prenne en photo, pour pouvoir se souvenir du moment. » Afonso Pimenta photographie le bidonville de Belo Horizonte dans les années 1980. Il montre une favela insoupçonnée, loin des clichés : celle des anniversaires, des mariages, et des soirées dansantes, de plus en plus hype.



Né au début de la dictature en 1954 dans l’État du Minas Gerais, Afonso grandit dans une ferme avec seize frères et sœurs. « On vivait dans une maison en bois, on dormait par terre. On ne pouvait manger nos récoltes de manioc, de pommes de terre et de maïs que quand le propriétaire terrien avait prélevé sa part. » Comme beaucoup de gens de la campagne, Afonso quitte sa famille à 9 ans pour trouver du travail, et s’installe avec sa marraine dans la deuxième plus grande favela du Brésil, l’Aglomerado da Serra de Belo Horizonte.



Il rejoint l’équipe de propreté de la mairie à 14 ans. Quand ses parents et ses frères et sœurs le rejoignent, toute la famille s’installe dans une pièce de six mètres sur huit à côté du studio de João Mendes, photographe de quartier : « Je rêvais de travailler pour lui, mais vivre de la photo me semblait impossible. » Quand la famille, expulsée de sa baraque, part vivre ailleurs, Afonso est recueilli par les parents du photographe, et il se met à fréquenter le studio. Il finit par quitter son travail d’éboueur et commence à travailler pour le photographe : « Je me sentais comme une pop star avec l’appareil autour du cou ! » 



Ce sont des années de bouillonnement au Brésil : les descendants des esclaves — qui avaient été arrachés à leur Afrique natale entre le XVIIème et le XIXème siècle pour cultiver le café ou travailler dans les mines —, créent le Mouvement noir unifié qui lutte contre le racisme, les inégalités de revenus, et pour l’accès à l’école. Le baile, la soirée musicale, devient, en pleine dictature, une forme de résistance et de subversion : revendications sociales, danse, sexe et drogue. Les autorités répriment ces fêtes : « J’ai été arrêté plusieurs fois » se souvient Afonso « les policiers ne pouvaient pas croire qu’un gars comme moi ait un appareil photo professionnel. Je devais me balader en permanence avec mes factures ! »



Les photos d’Afonso Pimenta et de João Mendes sont redécouvertes en 2016 par Guilherme Cunha, artiste visuel de Belo Horizonte qui lance un projet pour les préserver. À ce jour, 28 000 négatifs ont été nettoyés, scannés et classés : « Nous devons préserver cette mémoire. En cherchant sur Google des images du bidonville de Serra, vous ne trouverez que violence et pauvreté. Ce n’est qu’une partie de la réalité mais les habitants se voient à travers ce miroir déformé. Il faut réécrire leur histoire. » 



Martina Bacigalupo

Si vous souhaitez plonger dans le quotidien de la favela de Belo Horizonte dans les années 1980, les archives d'Afonso Pimenta sont à retrouver dans le nouveau numéro de 6Mois, actuellement en librairie. 

Le travail d'Afonso Pimenta est à découvrir également sur son site internet

Et, pour celles et ceux qui parlent portugais, dans cette vidéo de quatre minutes !




Partager