Amandine

amandine

« J’ai commencé le tir à l’arc avec ma grande sœur. J’avais neuf ans, elle dix. Au club de Pleubian, dans les Côtes d’Armor, l’entraîneur s’appelait Roland. Il nous achetait des bonbons et des boucles d’oreille, on l’adorait. Il nous emmenait parfois au McDo après les compétitions. Un jour, il a commencé à demander des bisous et des câlins. » Et Amandine* n’a plus voulu s’entraîner.

En France, chaque année, 165 000 mineurs sont agressés sexuellement. Leur moyenne d’âge est de 10 ans. Le média d’investigation Disclose a enquêté pendant huit mois sur les violences sexuelles dans le sport, recensant 77 affaires en France depuis 1970. Elles concernent au moins 276 victimes, dans 28 disciplines. 

La photographe italienne Martina Cirese est partie à leur rencontre : « Le plus grand défi était de cacher l’identité des victimes tout en montrant la bataille qu’elles mènent pour se faire entendre, raconte-t-elle. Il faut sortir de ce silence. »

L’enfant, parfois, passe plus de temps avec son entraîneur qu’avec ses parents. « Le prédateur crée une dépendance affective », explique Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie« L’enfant peut être tellement traumatisé qu’il se trouve anesthésié, sans réaction. Les jeunes victimes, sous emprise, ont du mal à nommer les choses. Il faut que les parents et les médecins leur disent que ce qu’ils vivent n’est pas normal, et qu’ils les poussent à raconter. »

La mère d’Amandine insiste, et la petite raconte qu’un soir, elle et sa sœur ont dormi chez leur entraîneur après un cours qui a fini tard : « Il m’a dit de venir sur ses genoux car il n’y avait pas assez de chaises. On a joué au jeu des sept familles. Et il a mis la main dans mon pantalon. »  

La mère porte plainte immédiatement. Huit mois plus tard, Roland est condamné à huit ans d’emprisonnement pour agressions sexuelles et détention d’images pornographiques. Les parents d’Amandine découvrent qu’il avait déjà été condamné à quatre ans de prison en 2000. Ce qui ne l’avait pas empêché de devenir entraineur de tir à l’arc à sa sortie, puis Président d’un club à Paimpol. Il a été poussé à la démission en 2016 pour des comportements inadaptés avec des jeunes filles, mais personne n’a pris la peine de signaler les faits à la justice. Roland a alors créé son propre club, à Pleubian.

Aujourd’hui des championnes d’escrime, de patinoire, de natation, ont brisé le tabou des violences sexuelles. « Avec ce travail, dit Martina Cirese, je ne voulais pas parler de silence, mais faire entendre la voix de ces jeunes. Les couleurs pétantes et le flash, c’est pour faire du bruit ! »

Martina Bacigalupo

*Amandine est un nom fictif utilisé pour garder l’anonymat. Elle a été interviewée par Daphné Gastaldi pour Disclose. Leur enquête, « Le revers de la médaille », est disponible ici

Cette photo est issue de la série « The dark side of sport » de Martina Cirese.

Le travail de la photographe est à découvrir sur son site internet et son compte Instagram

Dans le nouveau numéro de 6Mois, Martina Cirese part à la rencontre des victimes de violences sexuelles dans le milieu sportif dans le dossier « Balance ton sport » pour « transmettre leur force à l’image ». 


Partager