Une beauté dans la baignoire

une-beaute-dans-la-baignoire

« Croissance ». C’était le titre de la commande du festival de littérature de Copenhague de 2017 à la photographe Marie Hald pour une photo d’affiche. Marie, intéressée par la diversité corporelle, photographie Hélène, une femme en surpoids, dans sa baignoire. En quelques jours, cette photo est partout : aux arrêts de bus, dans les gares, les librairies... Et, bien sûr, sur internet. Des centaines de messages inondent la boite email de Marie pour la remercier d’avoir montré la beauté d’un corps gros dans l’espace public. 

La photographe danoise explore depuis plusieurs années la relation au corps : « Je n’ai jamais senti une telle urgence à raconter une histoire. » Elle poursuit : « Je voudrais que mes images contribuent à changer le regard, sortir de la vision — très occidentale — selon laquelle la beauté est réservée aux corps minces. Surtout pour nous, les femmes, qui avons grandi en tentant de rentrer dans un corps standardisé qui n’est pas le nôtre. » 

Le fat activism, ou activisme gros, a commencé à interroger les normes de beauté dans les années 1970 aux États Unis et en Angleterre. En France, c’est la comédienne Anne Zamberlan qui créé en 1989 l’association « Allegro Fortissimo », pour soutenir les personnes corpulentes dans leur lutte contre les discriminations. « C’est grâce à ces mouvements que les personnes se sont senties enfin autorisées à exister telles qu’elles étaient », raconte Marie. Et à ceux qui évoquent la question de la santé, elle répond : « Il ne s’agit pas d’encourager l’obésité, mais de se battre pour que tout le monde ait le droit d’exister tel qu’il est. »

Au quotidien, les personnes grosses sont encore stigmatisées : pointées du doigt dans les rues, insultées. « Pour plusieurs personnes, exister dans mon corps, c’est un scandale. Du coup, je le montre », confie Hélène. Après avoir passé sa vie à cacher son corps comme une honte, Hélène utilise aujourd’hui sa corpulence comme une arme. Elle participe à des publicités, des films, des prises de vue et des ateliers de sensibilisation dans les écoles : « Je veux montrer aux enfants que l’on peut être heureux et beaux dans un corps gros. » Comme le dit Gabourey Sidibe, actrice du film « Precious », « ce corps est fait pour briller » !

Martina Bacigalupo



Cette image est issue de la série « I’m fat ».

Le travail de Marie Hald est à découvrir sur son site internet et son compte Instagram


Partager