La pêche fabuleuse

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« Quand je suis arrivé près de la rivière, des milliers de pêcheurs, calebasses et filets à la main, attendaient un signe pour se jeter dans l’eau », se souvient Frédéric Noy, photographe français qui a travaillé longtemps sur le continent africain. À Argungu, au nord du Nigéria, il s’apprête à assister à une compétition de pêche à mains nues présidée par le chef traditionnel, l’émir. Le photographe repère un petit pont en fer et s’y installe avec ses appareils photo. « Au coup de feu tiré par l’un des gardes de l’émir, cette foule immense, comme une armée du Moyen-Âge, a dévalé la berge et s’est lancée dans l’eau. J’ai été physiquement englouti par l’évènement. »

Le festival de la pêche attire des dizaines de milliers de participants chaque année, venus du Nigéria, du Bénin ou du Burkina Faso. Son origine remonte au début des années 1930 quand, pour mettre fin à des décennies d'hostilités, le sultan de Sokoto, voisin, rend visite au peuple d’Argungu. Pour honorer sa venue, l’émir invite tous les pêcheurs de la région à rentrer chez eux les bras chargés des cadeaux des eaux.

Depuis, le festival symbolise l'entente entre deux anciens peuples ennemis. Quatre jours de compétitions dont, le dernier jour, la pêche à mains nues. L’événement a été interdit avec l’arrivée de la charia, ses origines animistes n’étant pas considérées comme compatibles avec l’islam, puis rétablit en 2005. Il est à nouveau interrompu en 2010 en raison de l’insécurité due aux violences djihadistes, et rouvert depuis mars 2020.

« J’étais à Argungu au moment de la réouverture du festival en 2005. La rivière regorgeait de poissons énormes et des gens euphoriques », raconte Frédéric Noy. Ses pieds se collent au fond boueux de la rivière. Il avance à peine. Puis glisse. « J’ai eu peur de de me faire piétiner par les gens et de me noyer. » Des pêcheurs l’attrapent et le tirent d’affaire. « Exténuant. »

« Cette pêche a quelque chose de quasi biblique »
, raconte Frédéric Noy. On pense à La résurrection de la chair, une fresque du XVIème siècle du peintre italien Luca Signorelli, des corps nus surgissant de la glace.

Martina Bacigalupo 



Le travail de Frédéric Noy est à découvrir sur son site Internet et son compte Instagram


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