Vacances soviétiques

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Une femme photographie sa fille en habit traditionnel devant le coucher du soleil sur la Mer Noire à Odessa en Ukraine. Michal Solarski s’arrête pour les observer. Le photographe polonais se promène dans la station balnéaire à la recherche d’images, en souvenir d’une photo de lui et sa sœur enfants sur le Lac Balaton en Hongrie. Il est frappé : « La robe hors du temps, la lumière, les couleurs… j’ai revu ces fins d’après-midi à la plage avec ma mère, il y a 25 ans. Ma sœur et moi, on avait à peu près l’âge de cette enfant. » Solarski s’approche. La mère lui explique que sa fille Zlata s’apprête à participer à un concours de beauté, et porte une robe traditionnelle ukrainienne pour l’occasion.

Michal Solarski a lancé le projet « Repos derrière le rideau » en 2010, en partant de l’album de vacances de sa famille. Un voyage dans le temps, sur les traces des loisirs des habitants des pays de l’Est, de l’autre côté de ce « rideau de fer » tombé en 1989. Quelques années plus tôt, le lac Balaton était une destination majeure pour les Hongrois ordinaires mais aussi pour les touristes des pays « frères », récompensés pour leur travail de « construction du socialisme ». La famille de Solarski en fait partie. « On partait avec nos bons d’achat et les indications de l’agence de voyage gouvernementale. Tout était organisé. » Ils se rendaient 500 km plus au sud, dans une petite Fiat polonaise bleue. « Avec toutes nos valises sur le toit la voiture était plus haute que longue ! »

Le travail de Michal est rempli de nostalgie envers un monde qui n’existe plus. Ou presque. Quand une éditrice lui propose de participer à un livre collectif sur les sanatoriums soviétiques — ces spas conçus dès les années 1920 pour requinquer la classe ouvrière —, il découvre que le passé a de beaux restes. En un an, Michal visite dix pays de l’ex-URSS, du Kirghizistan à la Crimée, des montagnes tadjikes aux rives ukrainiennes de la Mer Noire. Il découvre des bâtiments futuristes décrépits et des hôtels tout en marbre. Certains sanatoriums sont transformés en palaces avec plage privée et cinéma. D’autres continuent de fonctionner à l’ancienne. Entre un spa à l’eau minérale et une séance d’ultraviolets sensés tuer les virus, il continue à retrouver des images de son album de famille.



Martina Bacigalupo 

Cette image fait partie du projet « Rest behind the curtain »

Son travail est à découvrir sur son site Internet et sur son compte Instagram.


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