Une enfance écossaise

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Au début des années 90, dans le quartier le plus défavorisé d’Écosse, Raploch, à Stirling, Andrea Mitchell multiplie les petits boulots pour élever ses trois enfants. Cette mère célibataire de 32 ans travaille, entre autres, comme barmaid dans un hôtel. Elle rentre souvent très tard et les enfants sont gardés par sa mère. Dans cette période post-Thatcher, le gouvernement conservateur considère les mères célibataires comme potentiel fardeau pour l'État.

À l’époque, Margaret Mitchell est étudiante en photographie à Édimbourg. Elle démarre une série photo sur la vie de sa grande sœur pour un projet de fin d’année sur l’identité et la stigmatisation. « Andrea était souvent absente », raconte-t-elle. « Le soir, mes neveux s'endormaient avant son retour. Comme sur cette photo, où ils se sont effondrés sur le canapé après un dîner acheté à la friterie du coin. »

La jeune photographe témoigne de l’enfance de ses neveux Steven, 10 ans, Kellie, 8 ans et Chick, 5 ans. Elle photographie leurs jeux, leurs chamailleries, leur temps après l’école. Quand Andrea meurt d’un cancer à 45 ans, tous les trois sont parents célibataires. C’est leur tour d’assumer les repas à mettre sur la table, les économies pour les cadeaux d’anniversaire, le travail quand il y en a. En 2016, vingt ans après le début de son projet, Margaret ressort son appareil pour continuer sa série : « Mes neveux ont basculé d’une enfance économiquement difficile vers une vie socialement pénalisée. Lorsqu'une personne est socialement défavorisée et vit dans une situation économique précaire, son impuissance se répercute tout au long de sa vie. Je voulais raconter tout ça. »

Neveux et petits-neveux guident la photographe dans le quartier de St. Ninians, où ils vivent. La fratrie participe à la sélection des clichés. Les photos s’exposent, paraissent dans la presse. C’est une fierté pour tous d’avoir participé à raconter cette histoire. À l’automne 2017, Kellie tombe malade. Elle a 31 ans. Les médecins lui donnent quelques mois. Elle demande à Margaret de continuer à raconter l’histoire. Elle n’arrive plus à monter l’escalier de son appartement et elle est relogée à Raploch, dans la rue où elle a grandi. « Sa vie dessinait un cercle. Et encore une fois, quelqu’un risquait de mourir jeune en laissant trois enfants. » Kellie survit. Deux ans plus tard, elle assiste à la naissance de Brodie, son premier petit-fils.

Martina Bacigalupo et Fériel Naoura

Le travail de Margaret est à découvrir sur son site Internet et son compte Instagram.

Cette image est issue du reportage publié dans notre dernier numéro !


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