Les effacées de la mer Noire

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Comme tous les étés, Cansu Yildiran rend visite à sa famille, dans le nord-est de la Turquie. La jeune photographe, qui a grandi jusqu’à ses 8 ans à Çaykara, sur les rives de la mer Noire, loge chez sa tante. Pas chez sa mère. Dans la province de Trabzon, les femmes n’ont pas le droit de posséder une propriété – sauf quand elles sont mariées à un homme du village, comme sa tante. Quand les maris décèdent, elles peuvent rester dans la maison, mais le toit sera légué aux fils.



« Mes grands-parents ont eu cinq filles et un garçon : c’est mon oncle qui a hérité de tout », raconte la photographe. « Un jour, j’ai couru avec ma cousine vers notre grand-père, qui n’a ouvert ses bras que pour elle. Parce qu’elle était l’enfant du garçon. J’étais si blessée que je me suis battue avec ma cousine. »



Alors qu’elle étudie la photographie à Istanbul, Cansu cherche à raconter l’exclusion des femmes du droit foncier. Pendant quatre ans, elle photographie, filme et interroge les femmes de Çaykara. Les hommes se moquent d’elle et la menacent de ne plus l’accueillir dans le village.



En 2016, la jeune femme accompagne sa tante chez une amie. La nuit les surprend sur les hauts plateaux. Cansu allume sa lampe torche. Dans le noir, éclairé par la lumière, le visage de sa tante disparaît. « En photographie, la lumière fait une image. Mais trop de lumière efface l’image. J’ai joué sur ça pour montrer que ma tante a été effacée. Comme toutes les femmes de notre région. »



Martina Bacigalupo 

 



Cette image est issue de la série « Les dépossédées » .



Le travail de Cansu Yildiran est à découvrir sur son site Internet et son compte Instagram.  


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