© Philong Sovan



Rédacteur en chef chargé de la photographie au journal Libération dans les années 80, Christian Caujolle crée l’Agence VU et dirige à partir de 1998 la galerie du même nom. Président du World Press Photo en 1990, directeur artistique des Rencontres internationales de la photographie d’Arles en 1997, de Getxophoto en Espagne, de Landskrona Photo Festival en Suède et du festival Photo Phnom Penh qu’il a créé en 2008, Christian Caujolle a également été professeur associé à l'École nationale supérieure Louis-Lumière. Commissaire de nombreuses expositions,  il est également  l’auteur de nombreux ouvrages, consacrés à Jacques Henri Lartigue, Gisèle Freund, William Klein, Sebastião Salgado, Françoisee Huguier, Peter Beard, Anders Petersen, Bernard Faucon, Michael Ackerman ou JH Engström, entre autres. 

Voici ses pépites : 

Director of photography for the newspaper Libération in the 80ies, Christian Caujolle creates AGENCE VU in Paris and directs its gallery since 1988. He is the President of World Press Photo in 1990, the Artistic Director of Les Rencontres internationales de la photographie d’Arles in 1997, of Getxophoto in Spain, Landskrona Photo Festival in Sueden and of Photo Phnom Penh festival, which he created in 2008. He has also curated several exhibitions and has been associate professor at l'École nationale supérieure Louis -Lumière. He also wrote several books on, among others, Jacques Henri Lartigue, Gisèle Freund, William Klein, Sebastião Salgado, Françoisee Huguier, Peter Beard, Anders Petersen, Bernard Faucon, Michael Ackerman and JH Engström.

Here are Christian's findings:





Maika Elan



 



« Maika Elan est la plus importante des rares femmes photojournalistes au Vietnam. Après des études en sociologie à Hanoi, elle commence la photo dans le domaine de la mode. En 2010, elle développe son premier projet documentaire intitulé « Le choix rose », où elle raconte le quotidien des couples homosexuels. Maika veut montrer l’humanité derrière ces personnes souvent considérés au Vietnam comme « déviantes », « malades ». En les photographiant dans l’espace protégé de leurs maisons et en tissant avec eux un lien de confiance profond, Maika arrive à saisir des moments de vie de couple autrement inaccessibles. Sa série de portraits est pleine de douceur, d’humour et de joie. »

“Maika Elan is one of the rare women photojournalists in Vietnam. After her studies in sociology in Hanoi, she started working in fashion photography. In 2010 she started developing her own personal project, called “The pink choice”, which narrates the daily life of homosexual couples in her country. Maika highlights the humanity behind these people too often considered as “sick” and “deviating” from normality. By developing a deep bond with them, Maika manages to access the intimacy of their homes and shows us their daily life, which, far from the clichés, are filled with tenderness, humour and joy.”





Mak Remissa



 



« Remissa est un photoreporter cambodgien, correspondant de l’agence de presse internationale DPA depuis 25 ans. Quand je l’ai connu en 1998, il sortait tout juste des beaux-arts et avait déjà une façon très spéciale de regarder le monde. Remissa avait cinq ans quand les soldats Khmers rouges sont rentrés à Phnom Penh en 1975 et ont pris le pouvoir. Quatre années de camp d’enfants, la mort de plusieurs membres de sa famille, il n’a pas pu les raconter jusqu’en 2010. Il lui a fallu quarante ans pour briser le silence. Dans cette série, « Left three days », Mak évoque pour la première fois la fuite de Phnom Penh le 17 avril 1975. Inspiré de la tradition du théâtre d’ombres traditionnel cambodgien, il a travaillé avec des papiers découpés qu’il a installés sur le sol en brûlant des noix de coco autour. Chaque papier représente une scène : il y a des hommes qui fuient, le Wat Phnom, temple fondateur de la ville, des scooters abandonnés, la foule, qui marche, fantomatique, emportant ce qu’elle peut. Il y a aussi des enfants emportés, des petits. Parmi eux, le jeune Remissa. »

“Mak Remissa is a Cambodian photo reporter, correspondent for DPA (International Press Agency) for 25 years. When I met him in 1998, he had just finished his fine arts studies and already had a very particular way of looking at the world. Remissa was five years old when the Khmers rouges entered Phnom Penh in 1975 and took power. The four years children’s camp he experienced, the death of part of  his family, were put under silence for 40 years. He started talking about it in 2010. In this series “Left three days”, Remissa evokes for the first time the evacuation from Phnom Penh on April 17th, 1975. Inspired by the traditional Cambodian shadow theatre, he worked with cut-out papers which he installed on the floor and he surrounded by burning coconuts. Each paper represents a scene: men escaping, the Wat Phonm, foundation temple of the city, abandoned scooters, a phantomatic marching crowd, carrying all it could take from home. There are also small children. Among them, certainly, little Remissa.”





Lek Kiatsirikajorn



 



« Après son diplôme des beaux-arts à l’université de Bangkok, Lek Kiatsirikajorn, né en 1977, part se former à Londres. Quand il rentre, il a du mal à reconnaitre son pays, propulsé en quelques années seulement dans les premières vingt puissances économiques du monde. Il est frappé par le vieillissement de ses parents, commerçants sur un petit marché de quartier de la capitale et leur consacre une série émouvante, en format carré. Dans « Lost in Paradise », Lek raconte l’histoire des immigrés venus des campagnes qui vivent dans les zones périurbaines : aux abords de la capitale, ils se retrouvent coincés entre leur passé disparu et un avenir inatteignable. Il les met en scène dans des zones de Bangkok où restent quelques traces de nature. Ils sont seuls, avec les grands immeubles en arrière-plan. »

“After graduating in fine arts at Bangkok University, Lek Kiatsirikajorn, born in 1977, leaves for London to continue his studies. When he comes back, he can hardly recognize his country, propelled, in just a few years, in the twenty first world economic powers. Struck by his parents aging he dedicates to them a moving series, in color and in square format. In “Lost in Paradise” Lek tells the story of migrants who come from the countryside and live on the outskirts of the capital. Alone, trapped between nature and the urban world, these people live in a grey zone between their lost past and an unreachable future.”





Manit Sriwanichpoom



 



« De 1997 à 2018, l’acteur Sompong Thawee n’a eu qu’un seul costume. Un costume en soie rose, brillant, flashy, des chaussures tout aussi roses et brillantes, vernies. Un téléphone portable rose et une caddie de supermarché de même couleur. Un personnage monochrome qui ne se départissait jamais de son air détaché, un peu renfrogné, inexpressif en toutes circonstances. Durant vingt ans, Sompong Thawee, dit « Pink Man », a posé pour le photographe Manit Sriwanichpoom. Devant l’objectif, « Pink Man » incarnait le bourgeois thaïlandais, capitaliste invétéré, consumériste, de mauvais goût, égoïste, parcourant le monde sans le voir, animé par un seul objectif : en profiter. Manit a aussi fabriqué des photomontages dans lesquels il mêle Pink Man à des photos historiques de massacres d’étudiants, pour dénoncer une bourgeoisie autant irresponsable que criminelle. Un travail important, qui amuse et qui fait réfléchir. »

“Between 1997 and 2018 the actor Sompong Thawee only wore one costume. It was in a rose, glittering pink silk. He also wore pink varnished shoes, had a pink mobile phone and held a pink shopping cart. A monochrome character, a little detached, a little grumpy and always inexpressive. For twenty years Sompong Thawee, the « Pink Man », posed for the photographer Manit Sriwanichpoom. He was the Thai bourgeois, inveterate capitalist, consumerist, selfish, with bad taste and with the only aim of taking advantage of the world. Manit also created photomontages in which he inserts the Pink Man in historic images of students’ massacres, to denounce not only the lack of responsibility of the Thai bourgeoisie, but also its violence. An important work, that entertains and makes us ponder.”





Philong Sovan



 



« Né en 1986, issu de la génération post Khmer-rouges, Philong a été salarié du quotidien The Phnom Penh Post avant de se questionner sur les limites du métier du photoreporter de news et de développer des projets personnels. Dans « In the city by night » Philong éclaire avec le phare de sa moto les villes cambodgiennes qui, à partir de 18h, tombent dans le noir. Tout d’un coup, des choses apparaissent dans l’ombre, comme des épiphanies : des gens qui mangent sur un trottoir, des enfants sur des vélos, une femme assise sur une chaise, un monsieur qui téléphone sous un arbre. Philong révèle la vie de ceux que l’on ne voit jamais, qui vivent et travaillent dans l’ombre. La photographie comme révélation, entre document et cinéma. »

“Born in 1986, Philong is part of the post Khmers-rouges generation. Working as a staff reporter for the daily The Phnom Penh Post, he started to question the limits of his work and begun developing personal projects. In “In the city by night”, Philong illuminates Cambodian towns in the night with the light of his moto. After 6pm in fact, most cities go black. Suddenly, things and persons appear from the dark, like epiphanies: people eating on the pavement, children on bicycles, a woman sitting on a chair, a man on the phone under a three. Philong reveals the life of those we never see, living and working in the shadow. Photography as a revelation, between documentation and cinema.”


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