La pomme qui tourne

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Madog et Malinki, 9 et 4 ans, ont passé la journée à découper des pommes en forme de spirale. Dans ce coin de Cumbria, au nord-ouest de l’Angleterre où le choix des fruits n’est pas immense, une pomme spirale fait plus envie qu’une pomme normale. Leur père, Barny, vit entre ses chevaux, son potager, sa rivière et ses chênes. À 44 ans, il fabrique des roulottes, organise des séjours itinérants pour les touristes dans la campagne anglaise, et vit dans une drôle de maison construite de ses mains avec des matériaux recyclés.

Le photographe Brice Portolano suit depuis des années le parcours d’hommes et de femmes qui ont quitté la ville pour s’installer dans la nature, en changeant de métier : du cercle polaire à la Mongolie et de la France à la Patagonie en passant par l’Iran, il recueille toutes sortes de témoignages. Barny fait partie de ses rencontres. Le Britannique quitte l’école à 16 ans en se faisant embaucher comme ouvrier dans un cirque qui passe près de chez lui. Il finit trapéziste avant de tout plaquer. Plus tard, avec la mère de ses enfants et leur premier fils, il voyage en roulotte jusqu’en Camargue, en roulant au pas. Leur second fils est né en chemin, dans la Drôme.

Comme Barny, de plus en plus de gens décident de changer de vie. Paris perd des habitants depuis trente ans. Quelque 100 000 citadins partent s’installer en zone rurale chaque année. Avec l’essor du télétravail, la tendance n’a pas l’air de s’inverser. D’autres sautent le pas et changent de métier. En France, 38 % des actifs l’ont fait, ou sont en train de le faire, selon un sondage du groupe AEF Info en 2019. Parmi eux, 67% ne trouvaient pas de sens à leur précédent travail.

« Les conversions professionnelles se sont multipliées, confirme la sociologue Catherine Négroni. J’ai vu un ingénieur qui a tout abandonné pour faire du théâtre de rue, un boulanger devenu plasticien, une directrice de collection de vêtements qui a monté une ferme bio dans le village de sa grand-mère. Les gens parlent d’insatisfaction, de routine, de non-reconnaissance. De volonté de trouver un sens à sa vie. »

Sans toutefois changer de métier, Brice Portolano est parti lui aussi. « Ça faisait un moment que j’étais fatigué de Paris et le premier confinement m’a convaincu définitivement. » Depuis un an, il vit en Provence, près de la mer, où il a grandi : « Ça semble banal à dire mais je pense vraiment que le bonheur réside dans une vie plus simple et plus proche de la nature. »

Il suffit parfois juste d’une petite pomme qui tourne.



Martina Bacigalupo et Haydée Sabéran



Cette image fait partie de la série « No signal », publiée dans notre dernier numéro, actuellement en librairie !



Le travail de Brice Portolano est à découvrir sur son site Internet


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