Le baiser

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Ils viennent de franchir la frontière. Ce n’est que le début de leur voyage clandestin, mais les deux amoureux sont déjà euphoriques. Après ce passage illégal entre le Venezuela et la Colombie, des semaines de marche les attendent dans les Andes jusqu’à Bogota. « Ils sont à bout de forces, pas du tout équipés pour traverser les montagnes » commente Nicolò Filippo Rosso, photographe italien qui documente l’exode des Vénézuéliens.



6,5 millions d’entre eux ont quitté leur pays depuis 2015 selon l’ONU. Un cinquième de la population. Ils fuient l’effondrement économique du Venezuela, après la chute des cours du pétrole, matière première qui portait la moitié du budget de l’État. C’est la crise migratoire la plus importante de l’histoire récente de l’Amérique latine. Ces dernières années, ceux qui partent sont les pauvres, qui n’ont pas l’argent pour payer le voyage, et sont contraints de le faire à pied, comme ce couple, photographié en 2018. On les appelle les caminantes, les marcheurs. La plupart s’organisent avec Facebook ou WhatsApp pour voyager en groupe, et se sentir moins vulnérables. Mais ça ne suffit pas toujours à les protéger.



La plupart empruntent les trochas, les points de passages illégaux, plus de 300 entre le Venezuela et la Colombie, infestés de gangs armés. Les jeunes caminantes sont des proies faciles pour ces gangs, mais aussi pour les militaires et les policiers corrompus. Chaque migrant doit payer l’équivalent de 7 dollars pour traverser une trocha. Un homme qui n’a pas l’argent est passé à tabac. Si c’est une femme, elle est violée. Parfois on la fait disparaître. Ainsi, 70 femmes ont été portées disparues en 2018 dans les environs de la ville colombienne de Cúcuta. Parties de l’autre côté de la frontière pour refaire leur vie ou acheter un médicament introuvable au Venezuela, elles n’ont plus donné signe de vie.



Les amants vénézuéliens ne sont pas encore tirés d’affaire. Ils vont devoir affronter la xénophobie des Colombiens, qui a gagné du terrain avec la crise sanitaire. Plus de 120 000 Vénézuéliens sont rentrés dans leur pays pendant le confinement. Pour Nicolò, c’est la prochaine étape : raconter les conséquences de ce retour forcé par le racisme et la pandémie.



6Mois



Cette image fait partie de la série « Exodus », publiée dans notre nouveau numéro.



Le travail de Nicolò Filippo Rossoest à découvrir sur son site Internet et sur son compte Instagram.


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