L'appel des glaces

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On l’appelait la capitale de l’Arctique. L’île de Dikson, sur la mer de Kara, comptait 2 000 habitants à son apogée. Halte importante sur la route maritime du Nord, station radio et météo, point de départ de missions de reconnaissance de la banquise, elle était emblématique du rêve arctique soviétique. Elle a été désertée après la chute de l’URSS. Ostrov-Dikson est aujourd’hui une ville fantôme. Evgenia Arbugaeva s’y rend en 2019, à l’occasion de son travail de long-terme sur le grand nord russe. 

Née en 1985 à Tiksi, une ville portuaire sur la mer de Laptev, en Yakoutie, Evgenia passe son enfance à courir dans la toundra, pécher dans la glace, et rentre de l’école les yeux levés pour regarder les aurores boréales. La fin de la nuit polaire est toujours marquée par la fête de « La rencontre du soleil » chez les éleveurs des rennes. Quand elle a 8 ans, sa famille déménage à Iakoutsk, la grande ville, mais « remplie de la beauté de l’Artique », elle ne peut s’empêcher d’y retourner souvent. De Londres, où elle habite, elle continue ses voyages pour rendre hommage à ces régions et à leurs habitants. « L'isolement et la lenteur de ce mode de vie me manquent », avoue-t-elle. 

Elle part photographier Ostrov-Dikson car l’île abandonnée lui rappelle sa vie natale. Au début, elle est un peu déçue : « Tout était plongé dans l’obscurité et je n’étais pas contente de mes photos. Mais quand une aurore boréale a embrasé le ciel et inondé le paysage avec sa lumière verte, c’est devenu magique. » En l’espace de quelques heures, avant que la nuit polaire n’engloutisse tout à nouveaula photographe explore chaque pièce de chaque maison, bâtiment, école pour voir ce que les habitants ont laissé derrière eux. Des chaussures, un livre d’enfant, une poupée, un piano. Sur la photo, ce vieux centre culturel qui accueillait autrefois spectacles et festivités, est désormais enfoncé dans une neige bleue qui scintille.



En regardant ses images du grand nord, prises dans les brefs espaces de lumière entre deux obscurités, comme des visions, nous entendons les mots d’Evgenia : « Une fois que vous avez goûté à l'Arctique, il est impossible de l'oublier. »



 



Cette image fait partie de la série « Hyperborea », publiée dans notre nouveau numéro.



 



Le travail d’Evgenia est à découvrir sur son site Internet ou son compte Instagram.




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