Tombé du nid

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Céline glisse sa main sous l’immense volière en voilage, l’ouvre pour libérer l’oiseau et le laisser s’envoler. Elle le regarde faire des aller-retours, s’agripper au tissu, battre les ailes, repartir. Elle observe chaque mouvement, la qualité du vol, l’amplitude des ailes, la puissance des muscles. Après avoir été soigné, le petit martinet noir, blessé par une chute du nid quelques semaines plus tôt, s’entraine pour être prêt à retourner dans son milieu naturel.

Ce petit oiseau migrateur, souvent confondu avec l’hirondelle, ne s’arrête jamais de voler, sauf deux mois par an pour nidifier dans les cavités des murs. Le reste du temps, il mange, dort et même, s’accouple en vol. Plus de six mille animaux blessés, malades ou orphelins sont pris en charge chaque année à Maisons-Alfort par l’association Faune Alfort, premier centre de soin en France pour les espèces sauvages. 300 bénévoles se relaient pour suivre le processus de guérison, des premiers soins à l’École vétérinaire de la ville jusqu’aux lieux de préparation au retour à la vie sauvage. Céline, éthologue, y a fait ses premiers stages, et après avoir été responsable du secteur martinets pour l'association, elle développe désormais sa propre association des Rémiges Noires à Chennevières-sur-Marne. « Elle est très dévouée à ce petit oiseau, qui est très curieux et n’a pas peur de te regarder droit dans les yeux », raconte Aurélie Scouarnec, photographe bretonne amoureuse de la nature.

Intriguée par ces personnes qui donnent tout leur temps et leur énergie aux animaux sauvages, Aurélie Scouarnec suit les bénévoles et salariés de Faune Alfort depuis un an et demi. « Ils me parlent de responsabilité humaine, d’acte de réparation. Les animaux sont victimes de la pollution, de la réduction de la nourriture — les oiseaux ont de plus en plus de mal à trouver des insectes —, du réchauffement climatique, des accidents de voiture. Tout ça est en grande partie causé par les humains. »

C’est ce geste qui nourrit, rééduque, panse et nettoie, qu’Aurélie photographie : « Au contact des corps blessés s’ouvre l’espace d’un face-à-face avec l’altérité animale. Dans la proximité de cette rencontre, on apprend à être attentif à ses moindres signes d’effroi, à surveiller les abris, les linges tamisant la lumière, le silence. »

Alors que les espèces sauvages et leurs habitats disparaissent, les images d’Aurélie, à la lisière du documentaire et de la poésie, nous racontent la possibilité d’entrer en relation avec l’animal non domestique et de retisser nos liens avec le vivant.



Martina Bacigalupo



Cette image fait partie de la série « Ferae » d’Aurélie Scouarnec.

Son travail est à découvrir sur son site Internet et sur son compte Instagram



 


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