#12 Automne 2010

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Elles arrivent par e-mail, par téléphone ou par courrier, dans de grosses enveloppes : les propositions de reportages pour XXI. Ils débarquent dans nos bureaux, toujours tendus par la volonté de convaincre et de défendre leur idée : les candidats à la publication. Depuis trois ans, elles et ils se comptent en milliers. Quelle énergie ! Un sociologue pourrait en faire un objet d’étude : ce qui, au début du XXIe siècle, donne envie d’aller voir.
La géographie de la curiosité nous en apprend beaucoup sur ce que nous sommes.

Premier constat : rien ou presque sur la politique, la finance ou les grandes entreprises, comme si le reportage avait définitivement renoncé à explorer les fiefs du pouvoir. Soumis aux règles de la communication et encadrés par une batterie d’enquêtes d’opinion et de techniques marketing, ces univers sont devenus parfois plus impénétrables que la jungle amazonienne. Tout est fait pour les protéger des regards non autorisés. La parole spontanée est rare. Ce phénomène, bien décrit par Jacques Ellul il y a plus d’un demi-siècle, a été enrichi par ce qu’un universitaire anglais a appelé « les mots hourra », positifs et soigneusement polis. Pas de quoi attirer les reporters.

En revanche, les propositions affluent sur le bureau du rédacteur en chef de XXI dès qu’il est question de social, avec une obsession pour l’exclusion, les marges et les minorités, voire les minorités des minorités, et une focalisation sur les discriminations et la banlieue. Souvent le regard gagnerait à se décaler là où le reportage n’est pas écrit d’autorité, là où la vie ne se résume pas à un statut ou à un malheur assigné d’avance.

Au-delà de nos frontières, la curiosité se porte naturellement sur l’Afrique francophone, source inépuisable de sujets. L’intérêt est continu pour les Etats-Unis, l’Europe de l’Est, le Moyen-Orient et l’Amérique latine. En revanche, c’est le néant ou presque sur l’Allemagne, le premier allié de la France, ou le Royaume-Uni, qui est pourtant à portée de train ou de ferry. L’Europe du Nord est aussi largement une terra incognita. Les propositions sont rares sur l’Inde ou la Chine. Tous les autres pays émergents sont « en dessous du radar ».

Par bien des aspects, notre regard est encore marqué par le XXe siècle et a du mal à discerner la réalité du XXIe siècle. La mondialisation va plus vite que notre perception. Il y a encore beaucoup à faire, à écrire et à explorer. C’est une bonne nouvelle pour un jeune titre.

Il y a un siècle exactement, durant l’hiver 1910, le poète Jean Cocteau marchait place de la Concorde à Paris en compagnie du Russe Serge de Diaghilev, mécène et directeur de troupe. « Comme je l’interrogeais sur sa réserve (j’étais habitué aux éloges), il s’arrêta, ajusta son monocle et me dit: “Etonne-moi” », raconta Cocteau, dont l’existence fut changée par cette simple phrase.

« Etonnez-nous ! », c’est le mot d’ordre des lecteurs de XXI.
Ce XXIe siècle est un siècle déroutant où les constructeurs japonais créent des villes idéales peuplées de fantômes, où les potagers poussent en centre-ville au cœur des Etats-Unis, où les braises de la guerre civile brûlent encore des villages espagnols, où des Français de bonne volonté créent des systèmes de management orwelliens, où des troupes de comédiens, dans la Chine futuriste, ont la même existence que Molière et Madeleine Béjart.

C’est le siècle de XXI.
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry
 

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Édito

Les jardins de Detroit : Detroit est verte vue du ciel. C’est la couleur de l’herbe qui avance, qui approche des sept tours de General Motors, étendard d’un passé glorieux. Nul ne peut l’ignorer maintenant : la ville se couvre de potagers. Merveilleuse et heureuse Toyota City : Toyota ne fabrique pas que des voitures. Le géant japonais a aussi conçu une ville, jusqu'au moindre détail. Les rues, les commerces, les horaires, tout est pensé. C'est absurde et lisse. C'est Toyota City. La ville produit la moitié des voitures de la firme vendues dans le monde. Mais le modèle s'est déréglé. La ville de l'or blanc : Au Québec, les sept mille habitants d'Asbestos vivent au bord d'un trou plus profond que la tour Eiffel. Depuis la fin du XIX ème siècle, ils ont tiré du sol de millions de tonnes de terre et de roches pour produire de la poussière d'amiante. Malgré les alertes de scientifiques et les interdictions, les habitants restent accrochés à leur Eldorado. Les baladins de la Chine : Des mois durant, Gilles Sabrié a suivi une troupe itinérante d'opéra chinois dans la région du Shanxi, à 400 kilomètres de Pékin. Il a découvert l'envers du décor, le quotidien des artistes et des techniciens, sur la route huit mois par an. Le petit Phalangiste : Tout part d'une lettre de la philosophe Simone Weil retrouvée dans le portefeuille de l'écrivain Georges Bernanos à sa mort. Elle y raconte la mort d'un "petit héros", dont elle porte le souvenir. Un adolescent de 16 ans, engagé dans les rangs franquistes, la Phalange espagnole, et fusillé par "les rouges". Qui était cet oublié de l'histoire? En Espagne, la mémoire brûle toujours. Un poker corse : Un café de Corte, quatre hommes autour d'un tapis vert, de longues parties de cartes, des dettes... Mais un jour, tout dérape. Des années plus tard, ils sont cinq à se défendre d'un meurtre atroce. A la barre, les témoins défilent, les langues se délient. Leur procès est celui d'une certaine Corse, irréductible aux idées simples. Les hommes libres de Bolivie : Dans les montagnes boliviennes, il existe encore des régions où les hommes vivent comme des serfs, où les grands propriétaires règnent en maîtres. Don Cornélio a appris à lire et à écrire, il s'est levé. D'autres l'ont suivi. La révolte a divisé les familles et enflammé le pays. Carglass® répare : Derrière le slogan, la réalité d’une entreprise. Enquête sur Eloy Guttiérez Menoyo : Avant Castro, Eloy Gutiérrez Menoyo fut le premier à entrer dans la capitale cubaine. Mais le comandante a été gommé de l'histoire officielle. Depuis cinquante ans, il s'oppose au régime de Fidel. Il plaide pour l'ouverture. Sans peur de parler. Entretien avec Frans de Waal : Depuis quarante ans, Frans de Waal, spécialiste du comportement animal, étudie l'altruisme chez les singes. Il en tire un enseignement: les fondements de la morale font partie de notre héritage de primate Un thé en Iran : Massih est iranien. Il aime le thé et
conduire son camion. Olivier Kugler
s’est installé dans la cabine de Massih
et il nous raconte l’Iran des bords de
route, de Téhéran, la capitale, au mont
Damavand en passant par les vergers
de Jahmrod et l’île de Kish. Nous nous étions dit au revoir : Un matin d’octobre 1976, deux hommes se donnent une accolade émue sur le quai de la gare de Dire Daoua, en Ethiopie. Et puis, plus rien. Dans un pays en pleine tourmente, impossible de retrouver Terede. Jean-Claude Guillebaud finit par croire que son ami est mort. Il lui consacre un passage dans La Porte des larmes (éd. du Seuil). Trente-quatre ans plus tard, Terede peut lire les mots de l’écrivain. Il est vivant…

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