#11 Été 2010

Au sommaire

LES DEUX ISRAËL

Né il y a soixante ans d'un rêve, Israël est une démocratie, mais aussi un pays en état de guerre permanent. Est-ce tenable ?

Benoît Viktine a retrouvé ses cousins, des colons installés depuis trois ans en Cisjordanie.

Anne Brunswic a rencontré un médecin de Gaza qui, malgré la mort de trois de ses filles dans l'opération Plomb durci, veut toujours croire à la paix.

Benny Levy brise la censure et dévoile un pan du théâtre d'ombres qui oppose Israël à ses voisins.

Édito

Ce printemps, le journaliste le plus influent des Etats-Unis s’appelle Mike Allen. A la tête de Politico.com, un site d’information sur Internet, il est « l’homme qui réveille la Maison-Blanche », selon le New York Times.

Mike Allen est collé à son ordinateur sur lequel arrivent plus de deux mille e-mails quotidiens. « Les gens qui me suivent veulent lire dix histoires intéressantes chaque jour. Pour les trouver, il leur faudrait lire mille histoires, nous le faisons pour eux », explique-t-il. Allen fournit à jets continus des informations et des anecdotes aux « drogués de la politique ». « Il dirige la conversation médiatique » avec sa production « à haut potentiel de dissémination virale », constate le New York Times.

Mike Allen est la parabole d’un univers déconnecté du monde réel où « la conversation médiatique » se déroule entre initiés, dont les écrans scintillent en permanence d’« alertes » en « urgents » qui se succèdent et s’annulent. Le philosophe Paul Virilio constate que « nous atteignons les limites de l’instantanéité, la limite de la réflexion et du temps proprement humain ». Nous devenons, selon lui, « les objets/sujets d’un masochisme quotidien et d’une mise sous tension consentie ».

Comme en écho, le 9 mai 2010, en Virginie, Barack Obama a mis en garde les étudiants américains de l’université de Hampton. « Vous entrez dans la vie adulte dans un monde où nous sommes bombardés d’informations en continu. Certaines informations les plus folles sont rapidement amplifiées. Tout cela non seulement met de la pression sur chacun de nous, mais aussi sur notre démocratie. »

Le « bruit médiatique » rend difficile la compréhension du monde. Rien d’intelligible ne relie les éléments disparates qui nous sont livrés en vrac, aussitôt recouverts par cent autres. Aussi, ce trimestre, les auteurs de XXI ont eu envie de retourner là où les autres médias ont plié bagages.

Anne Brunswic est allée rencontrer le médecin de Gaza, qui, il y a deux ans, avait appelé en direct un ami journaliste israélien après avoir découvert ses filles tuées par un obus. Pendant 24 heures, il a été l’homme le plus célèbre des JT du monde – et puis plus rien. Natalie Levisalles a rencontré les békés de Martinique, un an après les émeutes des Antilles – dont plus personne ne parle. Sylvie Caster s’est rendue dans le pavillon de Cadillac où sont soignés les « malades difficiles », qui ont disparu des radars médiatiques après la mort à Toulouse d’une infirmière poignardée par un psychopathe. A l’époque, ce crime avait suscité une avalanche de commentaires et d’oukases définitifs. Qui s’en souvient ? Jean-Marie Théodat a quitté son poste de professeur d’université à Paris pour retrouver son pays natal, Haïti, sous une tente dans le jardin, afin de faire l’école.
Gaza, Cadillac, Martinique, Haïti, ces événements ont fait partie de ces « dix histoires par jour » dont parle Mike Allen. Elles ont été depuis annulées par des milliers d’autres. Pour nous, elles sont importantes. Elles méritent d’être racontées vraiment, avec du relief, un regard, des détails justes, car elles nous aident à comprendre la marche du monde. Le temps humain dépasse celui du clic et nos points de vue gagnent toujours à reposer sur des éléments solides.

XXI aime aussi les œuvres de longue haleine. Chaque année, ils sont plusieurs milliers à se retrouver au plateau des Glières autour du programme du Conseil national de la Résistance élaboré en 1944. Parmi les organisateurs, un très jeune homme de 92 ans, Stéphane Hessel, qui se raconte. Il nous invite à « être heureux, parce que le bonheur, c’est contagieux ». Le bonheur, voilà une « dissémination virale » qui nous convient. Bonne lecture et bon été.

Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Les auteurs

Les illustrateurs

15,50€

Découvrez nos autres numéros

#50 Printemps 2020

#50 Printemps 2020

16,00 €

#49  Hiver 2020

#49 Hiver 2020

16,00 €

#48 Automne 2019

#48 Automne 2019

16,00 €

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

23,00 €