#13 Hiver 2011

Au sommaire

Un journal est une histoire qui se conçoit à quelques-uns et qui s’écrit avec les lecteurs.

Il y a trois ans, les exemplaires du premier numéro de XXI arrivaient dans les librairies. Soyons francs, nous n’en menions pas large. La même semaine, les kiosques et les écrans étaient envahis par les premières confidences de Carla Bruni, quinze jours avant son mariage avec le président de la République. L’algorithme de Google s’affolait, le bruit médiatique était à son climax. Il était difficile d’être plus à contre-courant.

XXI est sorti un jeudi et il fut morose. La fatigue, l’inquiétude, l’éternelle insatisfaction face aux défauts de ce journal que nous aurions voulu plus beau encore… Dans la rue, nous évitions les affichettes affriolantes des kiosques. Elles nous rappelaient les lois du marketing que nous avions bafouées. Et si nous avions eu tort ?

Et puis le vendredi arriva. En fin de matinée, un appel, puis un autre, puis dix autres. Le standard n’arrêtait pas de sonner. Non seulement vous étiez là, mais plus nombreux et plus enthousiastes que dans nos rêves. A Paris comme en régions, les libraires, débordés, demandaient des livraisons urgentes pour le lendemain. Les murs résonnent encore de notre joie et de la fête que nous avons organisée ce soir-là. L’aventure était possible.

Depuis, nous avons appris à vous connaître.

Oh, pas grâce à des études de lectorat ou à des sondages ! A XXI, on n’aime pas regarder à travers des bulles de verre. Nous préférons vos courriers, vos e-mails, vos coups de téléphone, vos blogs, vos mots en bas des bulletins d’abonnement. Nous aimons vous rencontrer en librairie, dans les écoles ou les bibliothèques. Nous raffolons des anecdotes qui remontent chaque jour à la rédaction. Ces petits riens qui en disent tant. Un groupe d’amis dans l’Allier qui organise après chaque numéro une soirée de discussion autour de XXI. Un couple en Alsace qui fait quarante kilomètres pour avoir le plaisir d’acheter la revue le premier jour de parution. Ce professeur de physique à Paris qui se fait le propagandiste de la revue auprès de ses élèves. Cette jeune femme de Clermont-Ferrand qui inonde d’e-mails ses amis, sa famille pour les convertir à ce journalisme différent. Chaque jour, sans y toucher, vous nous donnez des nouvelles.

A votre contact, nous avons beaucoup appris. Vous constituez une sorte de rédaction invisible. Vous nous avez encouragés à oser, à aller plus loin dans la différence. Votre envie renforce l’élan de toute l’équipe et des auteurs qui nous rejoignent à chaque numéro : il ne faut pas vous décevoir.

Ce colloque singulier avec vous a donné naissance à un nouveau projet, aussi fou que l’était XXI sur le papier. Il s’appelle Six mois. Dans un monde pris dans la tornade du tout numérique, c’est une revue de trois cent cinquante pages, toujours sans publicité et vendue en librairie. Elle se propose de raconter « le XXIe siècle en images ».

Six mois paraîtra deux fois par an, pour prendre du champ, pour prendre le temps. Huit cents photos exceptionnelles prises par des photographes chinois, américains, colombiens, kenyans, français, choisies avec un soin infini et commentées avec passion. Le premier numéro de Six mois paraîtra le 24 mars 2011. C’est aussi un jeudi. Nous aurons l’estomac à l’envers, évidemment.

XXI grandit et se renouvelle, XXI déménage pour pouvoir organiser des rendez-vous entre les auteurs et les lecteurs de la revue (nous y reviendrons), XXI inaugure un site Internet tout neuf, plus beau et plus riche avec une nouvelle adresse (www.revue21.fr), XXI se diffuse et donne naissance à un autre défi… L’énergie est là. Vous y êtes pour beaucoup. La sève qui irrigue notre aventure, c’est la vôtre.
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Édito

"La littérature, c'est d'abord le courage" Entretien avec Imre Kertész, 2011 : Il est des hommes importants, Imre Kertész est essentiel. Prix Nobel de littérature en 2002, l’écrivain hongrois a vécu à l’ombre des dictatures du XXe siècle. Déporté à 14 ans dans les camps de la mort nazis, il fut emporté ensuite par le stalinisme. Privé de destin par les deux totalitarismes du siècle, il n’a cessé de vouloir se le réapproprier à la force de la plume. Ses écrits, qui « approchent l’inapprochable » selon sa formule, sondent le mystère de la nature humaine. De son chef-d’œuvre, Etre sans destin, une initiation romanesque à l’expérience concentrationnaire, le lecteur sort essoré et bouleversé.

Comme le font encore les messieurs âgés d’Europe de l’Est, Imre Kertész, 81 ans, pratique le baisemain pour prendre congé des femmes. Il vit désormais à Berlin, à deux pas du Kurfürstendamm, les Champs-Elysées de la capitale allemande, et reçoit chez lui, dans un duplex baigné de lumière et décoré avec goût, posé au faîte d’un bel immeuble.

Sa deuxième femme, Magda, une Hongroise qui a vécu plus de trente ans aux Etats-Unis, ouvre la porte. Assis dans un fauteuil crème assorti à ses vêtements, Imre Kertész salue d’un sourire charmant, humble. Atteint de la maladie de Parkinson, il prévient : « Je ne suis pas très en forme aujourd’hui. » Les mains sur le pommeau de sa canne en bois foncé, il ajoute : « De quoi va-t-on parler ? Pas de politique, j’espère ! »

Tout au long de la discussion, l’écrivain s’exprime posément, d’une voix ténue. Ses mots sont simples, précis, pesés ; son regard, bienveillant. Magda n’est jamais loin, qui veille sur lui et sert du café dans d’élégantes tasses en porcelaine. Sur la table basse, de nombreux petits gâteaux côtoient des piles de livres.

XXI : « Il y a dans la vie d’un homme un moment où il prend conscience de lui-même et où ses forces se libèrent […], c’est à cet instant que nous naissons », écriviez-vous en 1964, dans votre Journal de galère. Quand êtes-vous né ?

 

Imre Kertész : J’avais 24 ans quand je me suis réveillé à moi-même. Ce fut un moment irréel, d’ordre mystique. Cet appel que je ne comprenais pas bien était en totale contradiction avec ma façon de vivre, mais il fallait que j’y réponde : je devais écrire un livre qui serait tout à fait le mien.

C’était une folie. A l’époque, en Hongrie, la police traquait les gens qui ne travaillaient pas. Je vivais dans une dictature, j’étais un jeune homme, je n’avais jamais eu l’occasion de savoir si j’étais doué pour l’écriture. Je me suis décidé et ma vie a basculé.

 

C’était près de dix ans après votre retour de déportation ?

 

Oui, à mon retour à la maison, après la guerre, j’avais complètement occulté ma déportation à Auschwitz. Quand on me questionnait, je racontais ce qu’on mangeait dans les camps. J’évoquais mon expérience de façon détachée et j’en parlais comme d’une aventure réussie, dont j’avais gardé quelques anecdotes, des blagues.

J’avais traversé le nazisme et je survivais sous le stalinisme en Hongrie. Je restais en marge de la société, en évitant la prison. Je menais une vie comique si on veut, pleine d’amours éphémères. Mais, au fond, sans que j’en aie conscience, se préparait déjà ce moment qui m’a secoué et forcé à réfléchir. J’ai soudain compris qu’on pouvait considérer ce qui m’était arrivé comme faisant partie du bien commun.

A mes yeux, le mot le plus détestable est celui de « victime ». Il est possible de vivre dans l’eau tiède de l’auto-apitoiement, mais ce n’est pas créatif. Ce que je vais dire est osé : j’ai été amené à comprendre qu’Auschwitz avait été comme une chance pour moi. Quand j’ai commencé à penser cela, j’ai compris que j’étais un écrivain…

 

(János Can Togay, le directeur de l’Institut hongrois de Berlin, qui a accepté de traduire l’entretien, s’arrête, se gratte la gorge. Il s’excuse. Imre Kertész pose une main sur son bras, lui demande s’il veut un verre d’eau. Togay le remercie : « Ça va, mais ne dites pas de choses aussi choquantes car je n’arriverai pas à traduire. »)

 

… Donc, j’ai compris que j’étais un écrivain, même si je n’avais rien écrit. J’avais contemplé le visage du siècle, j’avais vu le Sphinx et je n’avais pas été anéanti. A partir de là, je pouvais être calme et cynique. Et je me suis dit : « Auschwitz est le meilleur sujet de roman. »

 

Auriez-vous pu éviter ce retour sur votre histoire ?

 

J’aurais pu l’éviter, bien sûr, tant il est difficile de regarder de face l’héritage des dictatures. Sous ces régimes, les mots humanistes disparaissent et il ne reste que des situations : soit on parvient à survivre en tant qu’individu, soit non.

Je vais vous donner un exemple. La Hongrie a été pendant quarante ans sous occupation russe. Communisme ou pas, peu importe : un pouvoir étranger régnait. Le but de la nation est de survivre. Pour y parvenir, il a fallu nouer des compromis qui avaient l’apparence de vertus. Chacun a essayé de rendre la situation de sa famille plus facile.

Cette volonté de survivre, on peut la considérer comme vertueuse. Mais, d’un coup, au moment de la chute du Mur, tout a été renversé : ce qui était vertueux est brutalement devenu symbole de collaboration.

Quand une dictature s’écroule, il faut prendre le temps de réaliser ce qui s’est passé, il faut se soumettre à un auto-examen. Si celui-ci est sincère, on se réveille guéri. Les cicatrices ne disparaissent pas, évidemment, mais elles ne grattent plus, les blessures ne sont plus destructrices ; au contraire ; elles élèvent.

 

Vous avez mis treize ans pour écrire Etre sans destin, un roman sur l’univers concentrationnaire. Pourquoi choisir la forme romanesque ?

 

La question était de savoir par quel côté aborder cet univers. Que faire de ce chaos ? Ce fut rude. Je voulais écrire un roman, pas une autobiographie, j’étais persuadé qu’il fallait dépasser le témoignage. Ce ne devait pas être une histoire personnelle sur les camps, mais une histoire impersonnelle qui parle à tout le monde. Je voulais faire comprendre que l’Holocauste ne peut se résumer à une guerre entre Allemands et Juifs, que l’ensemble de la civilisation européenne s’y reflète.

J’ai choisi de parler du point de vue d’un jeune garçon. J’ai moi-même été déporté à 14 ans, mais ce n’était pas la question. Je ne voulais pas émouvoir, je voulais exprimer l’être dans la dictature de masse. Sous ce type de régime, nous devenons tous des enfants. Et le langage d’un enfant est le plus authentique qui soit, lui ne cherche pas à déformer.

Le deuxième choix qui m’a amené au roman était le déroulé. Je voulais écrire une passion, à l’image de celle du Christ. Les déportés ont tous vécu la même expérience, les mêmes étapes fixes. Il fallait que je construise ces étapes communes, que je les rende accessibles au monde chrétien. L’idée de « passion » s’imposait : il y avait la Cène, le procès, la Crucifixion…

Enfin, je savais que l’histoire du roman devait commencer par la description de la vie avant le camp, première station de cette « passion ». Chez eux, les futurs déportés vivent heureux, en famille. En réalité, ils sont déjà dans l’ombre des camps de concentration. Les lois pour les Juifs, l’étoile jaune… Les mesures sont prises. Tout est préparé pour que six cent mille d’entre eux, en Hongrie, puissent être, en 1944, exterminés en quelques semaines.

 

Vos parents étaient des Juifs hongrois…

 

Mes parents, commerçants, avaient choisi de vivre en petits bourgeois. Comme d’autres Juifs non religieux et non conscients de leur judaïsme, ils essayaient d’exister et d’espérer en l’avenir. Ils ne voulaient penser qu’au quotidien, n’avaient pas d’autre issue et n’en cherchaient pas. En 1938, mon père a demandé le droit de vote. Les autorités le lui ont refusé au motif qu’il ne pouvait prouver que sa famille était en Hongrie avant 1867. Je possède encore le document, mais je ne sais pas pourquoi mon père voulait voter : il était apolitique. A qui voulait-il donner sa voix ? C’est comique, mais je crois qu’il l’aurait donnée au parti du régent autoritaire Miklós Horthy.

A la fin du XIXe, les Juifs, surtout à Budapest, étaient intégrés à la vie politique, sociale et intellectuelle hongroise. Tout le monde avait « magyarisé » son nom, comme mon grand-père qui s’appelait Klein. Mais l’atmosphère a changé après la défaite de 1918, quand le pays a perdu les deux tiers de son territoire et s’est écroulé. La société est devenue antisémite et les Juifs ne pouvaient pas se défendre. Ni avec leur foi parce qu’ils n’en avaient pas, ni avec leur culture parce qu’ils avaient étudié l’histoire européenne dans les écoles du pays. Plus l’antisémitisme officiel progressait, moins ils parvenaient à se comprendre eux-mêmes. Pendant la guerre, les familles juives écoutaient la BBC mais, quand il y était question d’Auschwitz, on disait que c’était de la propagande anglaise…

Les Juifs hongrois voulaient continuer à se sentir hongrois. Ils se tenaient pour partie de la nation, alors qu’ils vivaient en milieu hostile. Moi-même, en tant que Juif, je me suis toujours senti en danger. Mais c’était accepté, ce n’était pas considéré comme une injustice. A l’école, j’étais dans une classe juive et cela me paraissait tout à fait naturel. Je vivais comme les autres enfants, sauf que j’étais stigmatisé.

 

Quand avez-vous pris conscience de votre judéité ?

 

Mon identité juive tient dans le fait que j’ai vécu un sort juif. Mais je ne suis pas juif. Comprendre cela a été très difficile, il m’a fallu énormément de temps. La bonne question aurait été : « Quand vous êtes-vous rendu compte que vous n’étiez pas juif ? »

 

Vous êtes déporté à 14 ans à Auschwitz. On vous met dans un train, vous arrivez. Comprenez-vous ce qui se passe ?

 

Bien sûr que non. Dans presque tous les livres qui parlent de ces instants, j’ai lu que les gens entendaient des aboiements, les cris des soldats, qu’ils étaient bousculés et tiraillés de-ci de-là avant de se retrouver en tenue de détenu. Je dois dire que cela ne s’est pas passé comme ça.

Il faut imaginer le train qui arrive. Mille personnes en descendent. Il faut les mettre en ordre, les répartir, séparer les hommes des femmes, les conduire au médecin qui fait le tri. Ce n’est pas le chaos, il n’y a pas de cris, le processus est ordonné. Du train au médecin, il a fallu à peu près vingt minutes, je l’ai calculé.

Ces moments, je les ai décrits en détail. Comment les gens quittent le train, comment ils sont mis en rang, triés et intégrés, le travail banal des soldats. C’est pour moi la deuxième étape de la « passion ».

 

Il y a ce médecin qui trie…

 

Avec lui, j’ai triché sur mon âge. Je lui ai dit que j’avais 16 ans. Il l’a accepté et ne m’a pas envoyé aux chambres à gaz. Quand on n’y était pas envoyé, on arrivait dans le camp. Là, on survivait ou non. J’ai, pour ma part, choisi le chemin des survivants et ce choix est une situation romanesque. C’est la première alternative.

Pourquoi et comment ai-je survécu ? Ça, c’est un accident, mais il fallait que je décrive, dans mon roman, cet aléatoire, cette chance si l’on veut. Il devait être clair pour le lecteur que le fait que, moi, le narrateur, j’ai survécu est aussi absurde que si je n’avais pas survécu.

 

Dans l’hiver 1945, vous gisez mourant sur le béton de Buchenwald et quelqu’un vous sauve. Pourquoi en conclure que « l’irrationnel n’est pas le mal, mais le bien » ?

 

Mais c’est comme ça, l’ordre du monde nous force à la méchanceté. L’idée du bien n’est pas naturelle, elle nous pousse à mettre notre propre vie en danger, ce qui est irrationnel. Aider quelqu’un, c’est ne pas considérer son lendemain comme l’essentiel. Le bien est une rupture. Et cette rupture prouve qu’il existe quelque chose d’irrésistible, la bonté. C’est un moment mystique, une nécessité aussi.

 

Les grilles des camps s’ouvrent, vous revenez à Budapest. Et découvrez un monde qui vous est étranger…

 

Nous sommes à la dernière phase de la « passion ». Quand, dans mon roman, le garçon rentre chez lui, il est seul avec son histoire. Il doit regarder en face ce qui s’est passé, mais il constate qu’un langage a déjà été inventé. Il est qualifié de victime, il découvre une atmosphère et une émotion qui poussent à l’auto-apitoiement, à la consolation et au deuil. C’est justifié, bien sûr, mais ce n’est pas ainsi qu’il vit son retour. Quand l’enfant essaie d’articuler de sa propre voix ce qui lui est arrivé, il se heurte à une résistance de la société. Le titre du roman, Sorstalanság en hongrois, Etre sans destin en français, traduit ce fiasco social.

Penser que l’humanité a pu sortir saine et sauve d’Auschwitz, qu’elle s’est débarrassée de cette expérience comme d’un lointain souvenir, est une illusion. Le film de Steven Spielberg, La Liste de Schindler, témoigne de la force de cette illusion. Le message principal est : « Certains ont survécu. » Ce qui est vrai, bien sûr ! Bien sûr, certains ont survécu. Bien sûr, les camps ont été libérés. De là à en faire une victoire de la civilisation ! C’est refuser de voir que les valeurs de cette même civilisation ont échoué à Auschwitz. Or, la culture européenne, chrétienne, a échoué à Auschwitz. Evidemment, c’est difficile à admettre.

 

Dans votre roman, le garçon dit à son retour qu’il hait le monde. Etait-ce votre cas ?

 

Ce mot de « haine » est le reflet de ses déceptions. Lui ne se voit pas comme une victime, mais la société le prend pour une victime, et il a le sentiment qu’on le force à participer à un mensonge. Alors, il joue sur les mots comme en poésie, où les mots peuvent avoir un autre sens. Le principe est le même quand le héros parle de « nostalgie », de « mal du pays » ou du « bonheur » dans les camps de concentration… Si je dis « bonheur », cela peut nommer l’horreur bien mieux que si je décrivais le nombre de gifles reçues par le garçon.

 

C’est pour secouer le lecteur ?

 

Ce n’est pas l’intention, juste une conséquence de la logique du langage du roman. Cela dit, bien sûr que cela choque. Mais la vraie catharsis se produit s’il naît, une fois le livre posé, un sentiment de manque dû au fait que l’on accepte la part du destin de ce garçon.

 

(Imre Kertész est fatigué. Magda lui donne à la cuillère un médicament, l’appelle « mon nounours ».)

 

Comment distinguer l’autobiographie du roman ?

 

Une autobiographie est une description des faits sans rien ajouter à l’histoire. Ce qui compte, au contraire, dans un roman, c’est ce qu’on ajoute.

 

Vous rendez compte de faits réels et dites avoir « créé un monde », avoir « inventé et créé Auschwitz ». Alors ?…

 

L’histoire du Procès est-elle vraiment arrivée à Kafka ? Un beau matin, K. est arrêté, pensez-vous que c’est réellement arrivé à Kafka ?

 

Ce que vous racontez dans Etre sans destin vous est arrivé…

 

Les situations sont différentes. Kafka était génial, il est parvenu à rendre réél ce qui n’est pas arrivé. Moi, en revanche, j’ai vécu dans un monde où les réalités kafkaïennes sont vraiment survenues. Et, quand je regarde ma vie, j’y vois un pur roman.

 

Diriez-vous, comme Primo Levi, que les camps ont été votre université ?

 

On peut regarder les choses ainsi. Quand les déportés comprenaient où ils se trouvaient, ils se disaient qu’ils n’auraient pas dû seulement apprendre le grec ou le latin, mais aussi l’art de la guerre.

Pour en revenir à Primo Levi, nous n’avons pas la même approche. Trois types de littératures parlent d’Auschwitz. Il y a l’autobiographie humaniste, l’homme européen qui, comme Primo Levi, se confronte à ce monde d’Auschwitz et s’en étonne. Une autre littérature décrit l’horreur des camps comme un jugement final. Et une dernière s’attache aux conséquences d’Auschwitz. Je fais partie de cette troisième catégorie.

Une grande partie de l’art européen d’après-guerre témoigne du traumatisme causé à la civilisation par Auschwitz. Ce qui arrive à l’être humain, cette situation brisée, cette diminution horrible, est parfaitement discernable chez Beckett ou Giacometti. Toute la vie intellectuelle française d’après-guerre est hantée par ces questions. Camus est, pour moi, le plus authentique, le plus fort.

L’Europe doit accepter Auschwitz et continuer de vivre avec. C’est une lutte, mais c’est la seule façon de poursuivre l’histoire, de surmonter la barbarie. Athènes est devenue une culture quand elle a refusé de rendre les armes à l’armée perse et s’est jetée dans la bataille. C’est la base des tragédies grecques.

 

Vous citez Albert Camus. Est-il une source ?

 

Et comment ! Je suis tombé sur L’Etranger, par hasard, à Budapest. C’était en 1957 pendant la foire du livre, je cherchais un ouvrage intéressant, pas cher. J’ai vu un livre mince, une couverture jaune. Je ne connaissais pas l’auteur, je l’ai feuilleté. Je suis rentré chez moi et je l’ai dévoré.

Camus a imprégné ma vie. J’ai trouvé chez lui la même audace, le même courage, la même liberté que chez Thomas Mann, qui fut, au début des années 1950, mon premier choc littéraire. Imaginez ! A l’époque, je suis un jeune homme pas très cultivé passé d’une dictature à l’autre, je n’ai croisé que la littérature autorisée par le système communiste. Dans ce monde sans esprit, je tombe sur La Mort à Venise… Je me suis rendu compte que la littérature, c’est d’abord le courage.

Ces livres, ceux de Thomas Mann, d’Albert Camus, étaient tellement différents du monde dans lequel je vivais… Ils me projetaient ailleurs. J’ai réalisé que le quotidien était pour moi une souffrance, il ne m’intéressait pas. La réalité de mes lectures était bien plus réelle que celle que je vivais. Je me suis construit un monde de rêves, je ne l’ai jamais quitté, il m’a procuré du plaisir.

Souvent, on me demande si j’ai souffert pendant l’écriture d’Etre sans destin. C’est une mauvaise question : l’art ne se bâtit pas sur la souffrance, l’art naît de la joie. Mes phrases m’ont donné joie et liberté. Je pourrais citer Camus : « Ne te plains jamais des difficultés que tu vis à cause de ton art, parce qu’on pourrait te demander pourquoi tu le fais. » Moi, je sais : je fais de l’art pour le bonheur et la fuite.

 

A la fin des années 1940, vous étiez journaliste. Pensiez-vous déjà à écrire ?

 

Non, bien au contraire. Pendant le stalinisme, une carrière de journaliste ne pouvait pas mener à l’écriture, c’était impossible.

 

Très vite, votre journal est devenu l’organe du parti communiste hongrois, la dictature s’est installée, vous avez été appelé sous les drapeaux, fin 1951. Votre retour à la liberté aura été bref…

 

Je ne veux pas parler de ces choses personnelles. Elles sont éphémères. J’essaie de créer une certaine impersonnalité, de raconter uniquement ce qui est vrai, authentique. Ce qui peut être transformé en roman.

 

Cette période vous a pourtant construit…

 

Oui, mais pas de manière consciente.

 

En 1964, lors d’un séjour en Allemagne, vous visitez Buchenwald. Plus tard, vous retournez aussi à Auschwitz. Pourquoi ?

 

Dans mon récit Le Chercheur de traces, le héros a une tâche à accomplir, mais il ne sait pas laquelle. Par la suite, il comprend qu’il est à la recherche d’un instant qui lui permettrait de retrouver le jeune homme qu’il était vingt ans avant, mais il ne le trouve pas. Et il ressent la même chose que le héros d’Etre sans destin, il comprend que tout passe. « Les paysages sont aussi éphémères que les années », dit Proust.

 

Etre sans destin est paru en catimini en 1975, sans reconnaissance. Comment viviez-vous dans le régime communiste ?

 

Je n’aimais pas ce système, il n’était pas à mon goût, mais je n’étais pas un écrivain clandestin, je n’étais pas un résistant. J’allais nager, j’écrivais, mais je ne pensais pas à me définir comme écrivain. Je ne disais même à personne que j’écrivais, sauf à un ami avec qui je travaillais six mois par an sur des comédies musicales. Nous en vivions d’ailleurs assez bien, ce qui me permettait, les six autres mois, d’écrire mon roman.

Je n’ai fait des traductions – Nietzsche, Freud, Wittgenstein – que plus tard, après la publication d’Etre sans destin. Avant, on ne voulait pas m’en confier. Ce qui était horrible sous cette dictature, c’est qu’on partait toujours du principe que vous ne saviez pas faire ceci ou cela, que vous n’étiez pas assez formé. Le chuchotement du communisme, c’est : « De toute façon, tu n’es pas capable. »

 

Quels rapports aviez-vous avec la culture imposée ?

 

Cette culture était écœurante et méprisable. Elle est à l’origine de nombreuses amertumes. Des auteurs totalement oubliés ont été récompensés et adulés, de grands poètes frustrés ont fini par devenir politiciens. La société était fausse. Sous une dictature, l’homme perd son individualité, il devient partie d’un mécanisme et vit dans une pseudo-réalité fonctionnelle. C’était une corruption psychique.

 

(Magda interrompt la conversation : « Je recommande une pause » et propose du café, un sandwich.)

 

Vous avez participé à l’insurrection de Budapest en 1956 ?

 

En tant que spectateur, oui. Je me suis retrouvé par hasard dans plusieurs endroits clés, comme celui où fut abattue la statue de Staline. J’ai vécu des journées fabuleuses. Quand la neutralité de la Hongrie a été proclamée, j’ai cru que cela avait été négocié avec les grandes puissances. J’ai vite compris que je m’étais trompé, il n’y avait rien derrière. J’ai été déçu. Cela ne pouvait que mener à la tragédie.

Mais parler de cela n’a pas beaucoup de sens. Je ne veux pas prendre parti. Ma vie a changé, je vis à Berlin. De temps en temps, je vais à Budapest où j’ai un appartement, j’écris en hongrois, je reste un citoyen hongrois. Si on m’avait laissé faire, peut-être aurais-je pu faire plus pour mon pays…

Comme tant d’autres, vous auriez pu fuir en 1956, mais vous restez. Pourquoi ?

 

J’avais 27 ans et j’avais décidé de consacrer ma vie à l’écriture. Aller en Suisse ou en France ? J’étais déjà trop vieux pour apprendre une nouvelle langue, je n’aurais pas pu écrire ce que j’ai écrit.

La décision a été tragique. Ma première femme voulait quitter le pays à tout prix : elle avait souffert et fait de la prison. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas partir. En fait, il y avait deux voies aventurières : fuir ou rester à la maison. La vraie aventure était de rester à la maison.

 

En novembre 1956, les troupes russes entrent en Hongrie pour mater l’insurrection. Un gouvernement pro-soviétique, dirigé, par János Kádár, est mis en place. Vous parlerez de « douce dictature ». Que vouliez-vous dire ?

 

Kádár a fait pendre Imre Nagy, réformateur et héros de l’insurrection. Il a également refusé d’amnistier les insurgés de moins de 18 ans, restés en prison jusqu’à leur majorité pour pouvoir être exécutés. En 1968, il a également trahi son homologue tchécoslovaque Alexander Dub?ek pendant le printemps de Prague. János Kádár a fait bien d’autres choses dégoûtantes, c’était sa part d’ombre…

Mais il était aussi plutôt bienveillant avec son peuple. Il n’utilisait pas que le fouet, il versait du miel dans les tasses des enfants. Le régime prenait tout le monde en charge, fermait les yeux sur les petits larcins et on pouvait parler de certaines choses. Cela suffisait à la plupart des gens. Ils ne voulaient pas être libres.

J’ai fait scandale en Hongrie en disant, un jour, que János Kádár, cet homme ambivalent, m’avait appris la dictature. J’ai reçu de nombreuses lettres me demandant de rendre mon prix Nobel. Je savais que l’intelligentsia hongroise avait plus ou moins accepté le système. Mais là, j’ai compris que la plupart des intellectuels hongrois sont restés kadaristes jusqu’à aujourd’hui.

 

Etes-vous, comme vous l’avez écrit, « un révolutionnaire qui hait l’ordre établi et ne fait rien pour le renverser » ?

 

Je me suis toujours dit : « Termine ce roman, cela aura un plus grand poids. » J’avais raison, je n’étais pas un auteur connu, je ne faisais pas partie de la vie littéraire. La seule chose que je pouvais faire, c’était poursuivre ce à quoi j’avais décidé de me consacrer.

 

Le Château de Kafka reste-t-il pour vous la meilleure description de l’Europe de l’Est ?

 

Oui. Kafka est estimé en Occident pour sa métaphysique, mais on ne s’intéresse pas aux sources de son œuvre. Or, ses romans sont ceux de l’Europe de l’Est, ils lui correspondent parfaitement. Regardez la situation du Château de Kafka ! Il est là, pas loin, on peut le voir, il n’est pas entouré de forces de l’ordre, il n’y a pas de cordon militaire. A quelques kilomètres, se trouve une auberge. Les gens y sont assis et se demandent s’ils peuvent pénétrer dans le château. C’est cela, l’Europe de l’Est.

Dans le monde occidental, la réaction normale aurait été d’aller dans le château et de faire quelque chose de nouveau. Quand l’Amérique a été découverte par l’Occident, elle était bien plus lointaine que le château de Kafka, elle était même invisible ! Mais à l’auberge, on ne fait que parler du château. La situation est identique dans En attendant Godot.

 

Vous avez une explication ?

 

Aïe, aïe, aïe…
L’histoire ?

 

Oui. Les petits pays d’Europe de l’Est ont été occupés et ont servi de tampons entre les grandes puissances. En Hongrie, nous avons eu les Turcs, les Autrichiens et les Russes. Les gens ont pris l’habitude de se cacher, de considérer comme ennemi le pouvoir officiel.

 

Quand on a vécu « prisonnier » presque toute sa vie, est-il difficile de s’accoutumer à la liberté ?

 

Non, il m’a suffi d’une journée. J’avais été invité en Allemagne de l’Ouest par l’Institut Goethe au début des années 1980 et je me suis tout de suite habitué. Téléphoner du train, dormir dans un hôtel acceptable et avoir sur soi du véritable argent me semblait normal. L’anormalité était chez nous. L’argent servait à nous maintenir en dehors du monde, l’Etat méprisait tellement sa propre devise qu’on ne pouvait pas acheter de la vraie marchandise.

A mon retour en Hongrie, après deux semaines, quelqu’un est apparu à la frontière et a fouillé avec une lampe de poche sous les sièges du wagon. En réalité, c’est à cela qu’il fallait que je m’accoutume !

Quand cet homme m’a demandé quels livres j’avais sur moi, je me suis mis en colère. Je lui ai dit que je n’avais que des livres édités en Hongrie et je lui ai montré l’essai de Camus sur 1956 : « C’est Albert Camus, un prix Nobel, j’espère que vous connaissez son nom ! » Le garde n’a pas osé me dire qu’il ne connaissait pas. C’était ma tactique pour ne pas me faire confisquer mes livres.

 

Pourquoi avoir décidé de vivre en Allemagne ?

 

Mais ce n’est pas moi qui l’ai décidé, ce sont les Allemands ! Etre sans destin a reçu un accueil incroyable là-bas. Il m’a semblé naturel de passer du temps dans un pays où, pour la première fois, je sentais qu’on me comprenait et m’acceptait. Quand mon œuvre a été disséminée à l’Ouest, j’ai compris que j’étais de ce monde culturel. Contrairement à l’Est, l’Occident a intégré dans sa littérature le langage de l’Holocauste. J’ai reçu des honneurs en Hongrie, je suis membre de l’académie hongroise sans l’avoir demandé, mais ici je me sens plus libre en tant qu’écrivain.

 

(Merci à János Can Togay, pour son temps et la sensibilité avec laquelle il a traduit les propos d’Imre Kertész.) Le petit tailleur de Mussoorie : Inam est tailleur, comme l’était son père. Il sera le dernier de sa famille à passer ses journées derrière une machine à coudre. Ses trois fils ont quitté Mussoorie pour s’installer dans de grandes villes indiennes où ils sont étudiant, professeur et informaticien. Sa fille est enseignante, mais malade. Pour elle, il s’est endetté, et a affronté les usuriers. Inam a toujours cru en un avenir meilleur, même s’il doute parfois. Routards Inn : Depuis dix ans, Malik, patron d’un petit hôtel de Lahore, au Pakistan, reçoit des routards du monde entier. Au Regale Internet Inn, il voit défiler
des Coréens, des Japonais, des Autrichiens,
des Suédois, des Anglais, des Australiens, des Français, des Américains…
Il n’a jamais quitté son pays. Pour quoi faire ?
Sans bouger de sa chaise,
il voyage partout. Le « chien fou » du Cambodge : Il est des destins qui ne s’écrivent pas en ligne droite. La vie de Hok épouse l’histoire tourmentée du Cambodge. Soldat, rebelle, Khmer rouge, espion, chauffeur de taxi, commerçant et vendeur de drogue, il est un survivant. Sa vie, dit-il, est comme la couture reprisée d’un pantalon déchiré.
Divine Birmingham : Birmingham est la deuxième ville d'Angleterre. Ancien bastion industriel, terre d'accueil des populations du Commonwealth -les ex-colonies de l'empire britannique-, c'est l'une des plus pauvres, des plus diverses aussi: un million d'habitants et plus de quatre-vingt-dix nationalités. Pakistanais, Indiens, Africains, Jamaïcains, Polonais, tous arrivés avec leur histoire.

Originaire de la ville, fille de pasteur, Liz Hingley a passé sa jeunesse à Birmingham. Elle en est partie pour devenir photographe. Elle y est retournée ces deux dernières années, à la rencontre d'habitants qui ne se disent plus Indiens, Africains ou Polonais, encore moins Anglais, mais catholiques, musulmans ou bouddhistes. La couveuse de Mantes La Jolie : Ils s’appellent Cécile, Aldo, Bernadette, Fariza, Beverley… Ils rêvent
de créer leur entreprise.
A Pôle emploi, ils ont croisé Françoise. Aux Maisons de l’emploi, ils ont rencontré Benoît et Marie.
Qui les ont orientés vers la « couveuse » de Marie-Dominique. Appuyés, soutenus, conseillés, ils construisent leur projet. Avec une volonté farouche. Une jeunesse américaine : Elle n’avait pas 20 ans quand elle a fait « tomber » l’une des plus importantes associations à but non lucratif des Etats-Unis. Le fait d’armes lui a valu la gloire des plateaux télé et l’adoubement des milieux politiques. Conservatrice, libertarienne, Hannah est une égérie du mouvement Tea Party. Les derniers français d'Algérie : Au lendemain
de l’indépendance,
deux cent mille Français décident de rester en Algérie. C’était en 1962.
Ils ne sont plus qu’une poignée. André, Henriette, Adrien et Germaine ont tout traversé : nationalisations,
rancunes, guerre civile.
Sans jamais renoncer
à leur bout d’Algérie. Le plein pays : Depuis quarante ans, un homme vit dans une forêt de France. Ermite, artiste, il creuse de ses mains de profondes galeries (...) Enquête sur Matthieu Pigasse : Il est le banquier du "Monde". Entretien avec Imre Kertesz : L’auteur d’Etre sans destin, prix Nobel de littérature, est mort jeudi. Pour lui, l’art ne se bâtissait pas sur la souffrance : « Mes phrases m’ont donné joie et liberté. » Retrouvez ici, dans toute sa longueur, l'entretien publié dans le numéro 13 de XXI. Les fermiers aux pieds nus : Le formidable développement économique de l'Inde est une réalité. Mais il n'est pas de success story sans laissés-pour-compte. C'est sur eux que Joe Sacco a porté son regard. Le célèbre dessinateur américain a sillonné la région de Kushinagar, entre Dehli et Calcutta. Il a rencontré des paysans maintenus en servage, il a exploré les limites des programmes d'assistance gouvernementaux, il a discuté avec les frères Singh, propriétaires terriens et "descendants du dieu Vishnu". « J’ai d’abord cru à une erreur » : Médecin,
Irène Frachon publie en juin 2010 Mediator 150 mg, combien de morts ? (Editions dialogues.fr). Les laboratoires Servier portent plainte. La justice décide
du retrait du sous-titre, Combien de morts ? Six mois plus tard, après une longue bataille,
un rapport officiel répond à la question interdite :
le Mediator, un médicament coupe-faim,
serait responsable d’au moins cinq cents morts.

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