#10 Printemps 2010

Au sommaire

LA FRANCE AU RWANDA

Il s'est produit, en 1994 au Rwanda, un génocide, celui des Tutsis. Pour François Mitterrand, alors à l'Elysée, "un génocide dans ces pays-là", ce n'était "pas très important". Jusqu'à sa mort, il minimisa. Seize ans plus tard, XXI rouvre le dossier.

Jean-François Dupaquier dévoile le rôle qui fut donné à l'armée française.

Maria Malagardis scrute, de Paris à Kigali, le coeur du génocide.

Jean-Pierre Perrin révèle les compromissions françaises dans ce "génocide sans importance".

Édito

Ce numéro est généreux, il est dur aussi. Jamais le besoin de prendre le temps, d’imposer un autre tempo, loin de l’écume de l’information, n’a été aussi manifeste. Les récits de ce trimestre sont chacun la pointe émergée d’un iceberg et le fruit d’un long compagnonnage entre les auteurs et leur sujet.

Gaël Turine a consacré cinq ans à photographier les fidèles du vaudou. Cinq ans, c’est également le temps passé par Frédéric Laffont pour apprivoiser Clint Cannon, le cow-boy devenu son étrange ami. Laurence Lacour, elle, raconte la rue dans laquelle elle est née : derrière chaque porte, une histoire.

Le temps détruit, il construit aussi. La bande dessinée d’Oliviez Balez est une course contre le temps et la maladie. Le grand collectionneur déniché par Michel Guerrin en Californie a consacré sa vie à la photographie : sa persévérance est d’or. Enfin l’étonnant René Martin nous confie les secrets de l’immense succès public rencontré par la Folle Journée de Nantes. Il est question d’un oncle généreux, de souvenirs du dimanche et d’un concert de rock avec ses enfants. Les idées germent lentement et se cristallisent un jour. Le temps, toujours.

Il est également une autre histoire, vieille de seize ans, qui rend ce numéro si particulier. Elle est née dans un petit pays d’Afrique qui accapara longtemps l’Elysée de François Mitterrand et obnubile toujours le noyau dur des services secrets et des forces spéciales françaises. Une histoire douloureuse qui pèse sur la conscience de notre pays.

Notre dossier sur la France et le Rwanda a été décidé avant que soit connue la décision du président français de se rendre à Kigali. Nous n’avions pas de boule de cristal. Le fait est que, depuis le 16 février 2010, un saut décisif a été accompli. Au mémorial de Kigali, le Président s’est incliné devant « le génocide des Tutsis ». Il a reconnu « des erreurs politiques » ayant eu « des conséquences absolument dramatiques » et « une forme d’aveuglement » des autorités françaises. La digue du « Circulez, il n’y a rien à voir » a sauté. Les proclamations outragées sur « la France exemplaire injustement dénigrée » se sont tues.

Si le chef de l’Etat a admis au nom de la France « de graves erreurs », il n’a pas dit lesquelles. Les auteurs de XXI – Jean-François Dupaquier, Maria Malagardis et Jean-Pierre Perrin – le racontent aujourd’hui sans chercher « à faire plaisir, non plus à faire du tort », comme l’écrivait Albert Londres. En avant-propos de Terre d’ébène, son reportage en Afrique coloniale française, le reporter ajoutait : « Flatter son pays n’est pas le servir et quand ce pays s’appelle la France, ce genre d’encens n’est pas un hommage, mais une injure. La France, grande personne, a droit à la vérité.»

Les récits que nous publions sont autant d’histoires vraies, vérifiables, minutieusement recoupées. Ils apportent des témoignages, des faits, des documents précis, qui sont tous en notre possession.
Ces récits sont lourds. Les questions qu’ils posent sont graves. Nous le savons.

Le premier réflexe est logiquement l’incrédulité. Lorsque Jan Karski a rendu compte de sa visite du ghetto de Varsovie et du projet d’extermination des Juifs d’Europe par les nazis, Felix Frankfurter, l’ami du président américain Roosevelt, lui déclara : « Je ne vous dis pas que vous êtes un menteur, mais je ne vous crois pas, je ne peux pas vous croire. » La sidération n’a qu’un temps. Les faits sont là. Il reste à avoir le courage de les affronter. Quand l’Histoire est à vif, la vérité ne répare rien bien sûr, mais elle apaise les blessures.

Il est temps.

Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Les auteurs

Les illustrateurs

15,50€

Découvrez nos autres numéros

#50 Printemps 2020

#50 Printemps 2020

16,00 €

#49  Hiver 2020

#49 Hiver 2020

16,00 €

#48 Automne 2019

#48 Automne 2019

16,00 €

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

23,00 €