#8 Automne 2009

Au sommaire

Beaucoup d’histoires publiées dans XXI sont nées de petits riens qui donnaient envie d’aller voir.

Une nuit de Noël, Eric Lemasson a été intrigué par un curé congolais cherchant la clé pour entrer dans son église en Normandie. Son récit inverse les rôles : le missionnaire a la peau noire et les paroissiens sont blancs.

A Santiago du Chili où il vit, Olivier Balez a rencontré, dans un bar un soir, un astrophysicien, qui parlait d’un chantier construit pour « écouter le chant des étoiles ». Aussitôt il a eu envie d’en savoir plus sur ces observatoires géants en plein désert d’Atacama.

Au coin de sa rue, Hannelore Cayre a été attirée par une société de domiciliation au patron haut en couleur. Elle a poussé la porte. Son récit, « Au bonheur de la rue des Rigoles », est né de là.

« Vous devriez vous intéresser aux femmes », avait dit à Camilla Panhard un migrant en Espagne. La phrase n’a cessé de lui trotter dans la tête, jusqu’à cette immersion au Mexique, dont elle a rapporté un témoignage sidérant. Ses femmes latinos ressemblent aux personnages de Primo Levi dans Maintenant ou jamais, réduites à leur seul courage.

Emmanuel Guibert est un ami du photographe Alain Keler. Il sait la frustration du photoreporter qui entame la tournée des rédactions, des histoires et des images plein la tête, mais trouve rarement preneur « parce que ça ne se vend pas ». Pendant un an, Emmanuel Guibert nous donnera « Des nouvelles d’Alain ».

L’automne dernier, c’était Stéphanie Lacombe qui, en souvenir de ses interminables repas de famille, avait choisi de photographier « Les Français à table ». Ou Anna Miquel qui avait passé trois ans à enquêter sur la mort de Philippe de Dieuleveult, simplement parce qu’un jour un ami lui avait raconté que les caméras étaient alors si lourdes qu’il fallait être deux pour les porter.

Il suffit de presque rien pour que l’histoire commence.

C’est à partir de cet entrelacs de rencontres, d’amitiés, d’étonnements, de conseils attrapés au vol que prennent forme les récits de XXI. Les rapporteurs d’histoires ne regardent pas vers le haut, les cercles de pouvoir, ceux qui « font l’actualité », mais plutôt vers « le métro à six heures du soir », la bête réalité au ras du sol.

L’inversion du regard permet la surprise. Chaque signature assume sa subjectivité. Le regard est indispensable pour se lancer dans le reportage, « cet art de voir la mer dans une goutte d’eau », selon le mot d’Adam Michnik, l’ancien dissident polonais devenu directeur du quotidien Gazeta Wyborcza.

Le président américain Teddy Roosevelt, qui fustigeait le penchant des journalistes pour les à-côtés de la grande politique, utilisa le premier l’expression de « fouille-merde » (Muckraker). Il leur reprochait de « ne pas regarder ailleurs que vers la terre » et de « préférer racler la saleté du sol ».

Les rapporteurs d’histoires connaissent bien la saleté et l’inconfort de la vie au ras du sol. Mais c’est le prix à payer. Ils préféreront toujours les détails et les taches de boue, plutôt que de regarder le doigt qui leur montre le ciel. Le réel ne se peint pas en couleurs chatoyantes, en chaussant ce que les Anglo-Saxons appellent des « lunettes roses » afin d’enjoliver le monde. Il se raconte, tout simplement.

Notre rêve ? Que, trimestre après trimestre, XXI raconte au plus juste ce XXIe siècle qui lui donne son nom.
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Édito

Le crayon de Dieu n'a pas de gomme : L'histoire de Borice, un jeune prêtre africain dont les ancêtres furent évangélisés par des prêtres blancs. Le Congolais avait des rêves plein la tête. Il est curé dans le bocage... Au bonheur de la rue des Rigoles : Sept cent petits entrepreneurs se croisent presque tous les jours dans la même société de domiciliation, la moins chère et la plus grande de Paris. François, le patron, connaît sur le bout des doigts tout son petit monde. Terminus, station Collinée : Dans les années 1970, les parents sont arrivés à Collinée, petit hameau breton. Ils ont été accueillis à bras ouverts par les abattoirs Kermené, un des plus gros employeurs du département, en mal de main-d’œuvre. Leurs enfants ont grandi, les voilà Bretons maliens.
Albanie, la loi de la vengeance : Le nord de l'Albanie vit sous la loi ancestrale du Kanun. Rédigé au XV ème siècle par un seigneur local, ce texte codifie strictement tous les domaines de la vie de cette région de montagnards: travail, famille, Eglise, honneur... De ce corpus se dégage une loi d'airain: le sang versé s'efface par le sang repris. Naples sous terre : Entre mer et volcan, loin du ciel et tout près des enfers, Naples a en sous-sol une soeur jumelle, une face cachée: un gruyère de huit millions de mètres cubes. Des nouvelles d’Alain - Episode 1 : Emmanuel Guibert a travaillé main dans la main avec le photographe Didier Lefèvre, pendant plusieurs années. Cette collaboration a donné naissance à la trilogie "Le photographe", qui mélange les dessins de l’un et les photos de l’autre. Cette fois, Emmanuel Guibert s’est rapproché du photographe Alain Keler, ami du défunt Didier Lefèvre. Ensemble, ils vont raconter sur quatre numéros de XXI les reportages d'Alain sur les Roms à travers le monde. Le premier épisode se déroule au Kosovo. La frontière des femmes : L'histoire de latino-américaines, en majorité très jeunes, qui tentent de rejoindre les Etats-Unis au péril de leur vie. En chemin, elles sont presque toutes violées et tombent souvent dans le trafic d'êtres humains. Comme chez nous : Le pari du réalisateur: raconter la France depuis Coulommiers. Filmer des gens ordinaires affrontant un quotidien ordinaire dans une ville ordinaire. Enquête sur René Dosière, le curieux de la République : L'histoire d'un député socialiste qui épluche méticuleusement les comptes de l'Etat. Et fait trembler la République. Entretien avec Gabriel Périès : Historien et spécialiste des doctrines de la "guerre révolutionnaire", Gabriel Périès note un retour en grâce des logiques d'exception, et s'inquiète des politiques sécuritaires actuelles de la France. Sous le ciel d’Atacama : Au nord du Chili, à Atacama, une petite communauté scientifique met la dernière main à un observatoire qui permettra d’explorer les champs profonds de l’univers. Un chantier à 5 000 mètres d’altitude financé par l’Europe, l’Amérique du Nord et le Japon. « Le visage de ce Noir qui me courait après » : Dans son premier roman, Bleu Blanc Rouge (Présence africaine, 1998), Alain Mabanckou, jeune étudiant en droit, évoquait son arrivée à Paris. Des années plus tard, en écrivant Black Bazar (Seuil, 2009), il n’a pas oublié
la chaise grinçante du commissariat sur laquelle il a décidé qu’il allait « dire des histoires ».

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