#5 Hiver 2009

Au sommaire

Avec ce numéro de janvier, XXI fête sa première année. C’est un cap important : moins d’un tiers des revues et des magazines existent encore un an après leur lancement. Le pari était osé : offrir le meilleur du journalisme, prendre le temps de ciseler des enquêtes, vivre du seul soutien des lecteurs, sans publicité.

A l’heure du bilan, plus de 140 000 exemplaires de XXI ont déjà été vendus. La livraison d’automne, Destins d’Afrique, a été réimprimée, comme l’avait été notre premier numéro, Russie : le dollar et le marteau. Le coffret de fin d’année, rassemblant les quatre volumes, est un succès. Au final, la diffusion moyenne s’établit à 35 000 exemplaires, dont 2 000 abonnements. _ Le pari est réussi.

Cette aventure tranche avec les diktats du moment. Elle est riche d’enseignements. Un premier constat : même s’il n’est pas ce consommateur décrit par les régies publicitaires, avec sa « segmentation socioprofessionnelle », ses « attentes », ses « désirs » et sa « consommation d’info », le lecteur existe. Nous discutons avec vous, nous vous écoutons, nous lisons vos courriers et courriels… Aucune règle ne se dégage : hommes et femmes, lycéens, étudiants comme retraités, sans études et surdiplômés, membres d’un vélo-club de l’Ain ou professeurs de l’université de Washington, expatriés, franco­phones… Vous êtes passionnés, critiques, picoreurs, curieux, monomaniaques, généreux, sensibles. A chacun son caractère, son histoire, sa raison de nous lire. XXI est une drôle d’aventure pour des lecteurs singuliers. Et cela nous va bien comme ça.

Deuxième enseignement, un journal est une histoire qui s’écrit ensemble. L’amitié, la confiance et la fidélité ne se décrètent pas, elles se construisent. Dans la vie comme sur papier, pour trouver du plaisir à se voir, il faut avoir quelque chose à se dire. La légitimité d’un titre se conquiert à chaque parution. C’est notre rendez-vous avec vous. Nous avons encore beaucoup à explorer, à inventer. Mais déjà un pacte de liberté nous lie : la vente d’un numéro de XXI est réinvestie dans la création du numéro suivant. C’est le prix de notre échange, le gage de notre indépendance. Nous n’avons de comptes à rendre qu’à vous.

Troisième sentiment : mieux vaut porter au paroxysme ce l’on sait faire plutôt que courir derrière des chimères. Beaucoup de rédactions misent leur avenir sur le multimédia. Comme s’il suffisait d’équiper les reporters d’une caméra-téléphone-micro dernière génération et d’un clavier high-tech pour que ces nouveaux Shiva à cent bras alimentent à jet continu des « consommateurs d’info » rivés à leurs écrans. Illusion : les meilleurs outils du monde ne remplaceront jamais un regard, ni le temps pris à rencontrer les protagonistes d’une histoire, ni la patience de vérifier. Il faut des années pour apprivoiser les émotions humaines. Encore plus pour les restituer avec vérité. Ce talent est un travail. Il est rare et précieux.

Le reportage à la pointe sensible de Sylvie Caster sur les patients du docteur Maure serait-il plus fort avec trois vidéos et une cinquantaine de liens Internet ? Dans quel « module multimédia » rentreraient les images de Balazs Gardi sur la vallée la plus dangereuse du monde ? L’impressionnante enquête de Jean-Pierre Perrin sur Arkadi Gaydamak, le seigneur de la guerre, au cœur du pouvoir français avait-elle besoin de son et d’images ? Nous ne le pensons pas. Il est des récits qui se lisent mieux en silence, le cœur tranquille, dans leur écrin de papier. Cela tombe bien : ils sont dans XXI.

 
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Édito

La dame de pique de Toulouse : Une femme s’évanouit dans la nature un dimanche, après une nuit à jouer au tarot. L’amant s’inquiète. Les enquêteurs trouvent le mari trop froid et trop intelligent. Jacques Viguier est envoyé aux assises. A la faculté de Toulouse, où il enseigne, et dans la vallée de l’Oriège, où il chasse, chacun a son opinion. La France aime rejouer indéfiniment les films de Claude Chabrol. Les enfants de la Mère Denis : Grâce à une publicité, cette lavandière de 80 ans devint aussi connue que Brigitte Bardot dans les années 70 et fut célèbre jusqu’au Japon. La grand-mère qui battait le linge dans son lavoir de Basse-Normandie était l’image d’une France rurale rattrapée par la société de consommation. Que sont ses enfants devenus ? Ils nous disent ce que nous sommes aujourd’hui. Une beauté d'enfer : Il s’était autoproclamé « le plus grand chirurgien esthétique du monde ». Sa clinique achetait des pages de publicité dans la presse. Les prix bas attiraient une clientèle aux revenus modestes, issue des quartiers nord de Marseille. Michel Maure n’était pas chirurgien, mais il savait s’y prendre pour faire payer les clients. Ensuite, c’était l’enfer. Afghanistan : La vallée : Longue d’une petite dizaine de kilomètres, la vallée de Korengal est située dans le nord-est de l’Afghanistan, dans la région du Kunar. Passage stratégique entre l’Afghanistan et le Pakistan, la vallée compte parmi les terrains les plus dangereux au monde. Depuis 2005, les troupes américaines s’efforcent de la tenir. Jours tranquilles à Patagonia : Patagonia, son coffee shop, sa station-service et ses huit cent cinquante habitants, dans l’Etat de l’Arizona, en bordure du Mexique. Le paysage sauvage attire les écrivains. Les passeurs d’immigrants et de drogue aussi. En cette terre de western, l’Histoire s’écrit sous les yeux des habitants. Mais ils regardent ailleurs. Le meilleur des mondes : Bienvenue dans le monde rêvé du Parti communiste chinois. L'hôtel fantôme de la Place Rouge : C’est une commune maoïste idéale. Elle a sa monnaie et ses règles,
qui gouvernent les gestes de chacun jusque dans le moindre détail. Dans la Chine capitaliste, le village de Nanjiecun est maintenu en vie artificielle par le gouvernement. Bienvenue dans le monde rêvé du Parti communiste chinois. Enquête sur Arkadi Gaydamak : L’incroyable vie du « petit Arkadi » tient en six chapitres d’un roman noir. Pour Paris, le seigneur de la guerre devient incontournable. Entretien avec Gérard Noiriel : Les historiens ne doivent être « ni arbitres ni juges ». Aux lois mémorielles votées par les politiques, Gérard Noiriel oppose la leçon héritée de Marc Bloch : « Cessez de nous dire si Robespierre était meilleur que Danton. Expliquez-nous simplement ce qu’ils ont fait. » Quatre saisons dans les Landes : Ancien ingénieur, Pierre a repris en 2000 la ferme de son père, Charles. Avec l’aide de ses deux frères, François, spécialiste en irrigation, et Jérôme, étudiant, il exploite 70 hectares en pays gascon. Qu'ai-je fait? : De retour dans son village d’enfance, Lussaud, dans le Cantal, Pierre Jourde et sa famille ont été accueillis à coups de poing et de pierres. Un an plus tôt, il avait écrit Pays perdu (L’Esprit des péninsules).

Les auteurs

Les illustrateurs

15,50€

Découvrez nos autres numéros

#49  Hiver 2020

#49 Hiver 2020

16,00 €

#48 Automne 2019

#48 Automne 2019

16,00 €

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

23,00 €

A4 Viande : Sa dernière heure a-t-elle sonné ?

A4 Viande : Sa dernière heure a-t-elle sonné ?

14,50 €