#1 Hiver 2008

Au sommaire

« Messieurs, vous apprendrez qu’un reporter ne connaît qu’une ligne, celle du chemin de fer », répliqua Albert Londres en claquant la porte du Quotidien, le journal qui l’employait et dont les dirigeants lui reprochaient de ne pas être « dans la ligne ».

Ces mots, nous les faisons nôtres au moment de lancer le premier numéro de XXI, dont le titre – XXI comme XXIe siècle – montre notre volonté de prendre l’époque à bras-le-corps. Aucune entreprise humaine ne se bâtit sur du sable, à partir de rien et de nulle part. Autant regarder vers le haut lorsqu’il faut se lancer dans l’aventure.

Aux idées préconçues, Albert Londres préférait la vérité des choses vues et des êtres rencontrés. Il allait là où les autres passaient leur chemin et aimait ceux dont il racontait le destin, qu’ils soient forçats de la route ou bagnards de Cayenne, fous à l’asile ou pêcheurs de perles. Et il était lu. Les courbes de ventes épousaient le rythme de ses reportages. Il arrivait que les lecteurs fassent la queue à la sortie des rotatives, en pleine nuit !

Ce journalisme est éternel, seules ses formes changent. Il est toujours aussi nécessaire. L’information s’est multipliée, et notre regard s’est rétréci. Prendre le temps, se décaler, redonner des couleurs au monde, de l’épaisseur aux choses, de la présence aux gens, aller voir, rendre compte : telle est la volonté de XXI.

En France, ce journalisme s’est tari, faute d’espace : formats réduits, écriture blanche, enquêtes trop rares. Aussi, l’énergie du journalisme de terrain s’est déplacée, irriguant les livres, les écrans ou le Web. L’éclatement est passionnant, mais il n’a qu’un temps. Des merveilles se retrouvent isolées, diluées dans un océan de productions en tout genre. XXI rassemble auteurs et lecteurs sous une même bannière autour de mots simples, mais qui nous obligent : exigence, curiosité, exactitude, générosité.

Nous faisons un triple pari.

Le pari du grand format. Les récits sont à lire, la BD de reportage est constituée de trente planches, le portfolio occupe vingt pages. Le premier devoir d’un journaliste est d’être lu, le premier plaisir du lecteur est d’être emporté ailleurs.

Le pari du reportage. Suivre le don d’une statue à Ploërmel, commune de Bretagne, nous en apprend beaucoup sur la face obscure des relations franco-russes. Un stage de désobéissance civile dans la banlieue de Bordeaux nous fait découvrir une France que nous n’imaginions pas. Telle est la force du réel.

Le pari du mélange des approches. Journalistes, romanciers, photoreporters, dessinateurs de BD, documentaristes… Le talent est un passeport universel.

Le bureau du photographe new-yorkais Weege, dont les « plaques » des quartiers chauds de New York ont marqué l’histoire du journalisme, tenait dans le coffre de sa voiture. La richesse de XXI est entre vos mains. Pendant des semaines, les auteurs rassemblés ici ont vu et écrit, dessiné, enquêté, photographié. Au plus près, au plus juste. Ils l’ont fait pour vous. Votre accueil sera notre seul juge.
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Édito

Ploërmel sur Russie : Ancien baroudeur et ami de Jacques Chirac, le maire de Ploërmel, commune bretonne de 9 000 habitants, a accepté les mystérieux cadeaux de l’un des principaux hommes d’influence russes, le richissime président de l’Académie des beaux-arts de Moscou, Zourab Tsereteli. Enquête sur les étranges jeux
qui lient Paris à Moscou. Edouard Limonov, le dernier des possédés : Délinquant juvénile en Ukraine, poète underground sous Brejnev, loser magnifique à New York, romancier un temps adoubé par Saint-Germain-des-Prés, mercenaire en Serbie, chef de parti emprisonné sous Poutine, Edouard Limonov est, pour le meilleur et pour le pire, un des derniers opposants au pays de l’homme de fer. Portrait d’un aventurier, et de la Russie réelle. L'indécent courage d'Anna Politkovskaïa : Journaliste et mère de deux enfants, elle était persuadée que le courage civique individuel finirait par avoir raison de l’Etat carnivore. Devenue dangereuse pour un pouvoir qui s’employait à la qualifier d’« hystérique », d’« obsédée par ses sujets », de « pro-Tchétchènes », de « marginale »…,
Anna Politkovskaïa a été assassinée le 7 octobre 2006 devant l’ascenseur
de son immeuble. « Pas d’hommes, pas de problèmes », disait Staline. Erreur. La journaliste lègue un incroyable testament : ses reportages Zona : A mille lieues de l’univers clinquant de la nouvelle Babylone moscovite, l’immense Sibérie reste une terre de déportation et de relégation. Droits communs et dissidents du système Poutine y sont regroupés dans d’anciens goulags devenus bagnes. Narcoballades : Terre natale des seigneurs de la drogue, l’Etat mexicain du Sinaloa est le fief des cartels les plus redoutés. Toute en « narco », la vie s’y décline au rythme des corridos, d’étonnantes ballades populaires écrites par des troubadours. En rimes et métaphores, elles exaltent les exploits des véritables maîtres du pays. Des gens « de grand pouvoir » contre qui « personne ne peut rien ». La France de la Désobéissance : Kinésithérapeutes, artisans, chirurgiens, instituteurs, infirmières, paysans, chômeurs, retraités, acteurs… Ils sont des milliers à avoir rejoint les rangs de la désobéissance civile. Organisés en réseaux parfois très efficaces, ils se voient comme de nouveaux Robin des bois. Des Faucheurs volontaires aux Déboulonneurs en passant par les Dégonfleurs ou les Barbouilleurs, portrait d’une France invisible, entrée en dissidence au risque de l’illégalité. Femmes de prisonniers, leçons d'amour : Elles sont femmes de détenus. Leur homme est en prison, de l’autre côté du mur. Pendant quatre ans, une documentariste a accompagné ces femmes, à Fresnes, en région parisienne, puis dans une maison associative, attenante à la prison de Rennes. Son film, A côté, n’a pas encore de diffuseur. Mais XXI a eu un coup de coeur pour ce documentaire sur la prison qui ne montre pas de cellules, pas de gardiens, encore moins de détenus. Aperçu en dix plans, choisis par le dessinateur Jacques Floret et commentés par la réalisatrice, Stéphane Mercurio. Enquête sur Michel Onfray : Enquête sur un intellectuel dérangeant Entretien avec Bronislaw Geremek : Compagnon de Lech Walesa, l’électricien
de Gdansk entré en 1981
en rébellion contre
le pouvoir communiste, Bronislaw Geremek fut d’abord un visage. Emprisonné après le coup d’Etat du général Jaruzelski, il devint un symbole. Il est aujourd’hui une figure de la nouvelle Europe. Ministre polonais des Affaires étrangères, puis opposant au pouvoir des frères Kaczynski, cet historien n’a jamais cessé de chercher « des raisons de vivre ensemble ». Rescapé du ghetto de Varsovie, fils d’un homme mort à Auschwitz, il est de ceux dont la vie se fond avec l’Histoire. Les visiteurs de Gibraltar : Ils sont des milliers à aborder chaque année les côtes du sud de l’Espagne. Majoritairement africains, mais aussi turcs, pakistanais ou chinois, ils ont traversé la Méditerranée à leurs risques et périls.
Tous migrants – immigrants ou émigrants, selon le point de vue –, ces déracinés ont abandonné derrière eux un pays, une famille, des amis… Pour un rêve d’Eldorado. Récit en images. Mon ami le traître : Haut responsable de l’IRA, la branche armée des indépendantistes irlandais,
Denis Donaldson a reconnu en 2005 avoir été, vingt ans durant, une « taupe » des services britanniques. Quatre mois plus tard, il était assassiné. Journaliste, Sorj Chalandon était son ami. De cette histoire, il a tiré un roman,
Mon traître (éd. Grasset).

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