#21 Hiver 2013

Au sommaire

Pour ce numéro 21 de XXI, nous voulions « faire quelque chose ». Mais quoi ? Les idées ont fusé.

Un numéro spécial ? Oui, mais comment être spécial ? Tous les numéros de XXI sont spéciaux. Si nous pouvions savoir à l’avance qu’un numéro serait meilleur que les autres, cela ferait longtemps que nous appliquerions la recette. Essayons déjà de faire un bon numéro, le meilleur possible.

Raconter l’histoire de XXI ? Tollé général. On ne va pas jouer les anciens combattants. À cinq ans, on est encore un bébé journal. Et puis l’autocélébration, non merci.

Ressortir le courrier des lecteurs ? Certains pensent toujours que nous écrivons les lettres nous-mêmes !

Offrir un cadeau ? Des pin’s (oui, quelqu’un a bien proposé des pin’s, mais nous ne donnerons pas son nom), ou un sac, un beau sac en toile de jute avec un motif élégant. Quintin, l’auteur des arabesques au verso de chaque couverture, affûtait déjà son logiciel Illustrator.

Et si on demandait une affiche à un illustrateur ? Mieux encore, un concours d’illustrateurs (on aime bien les concours à la rédaction, c’est notre côté
gamin). Sara, le deuxième oeil de XXI, consultait déjà son répertoire. Mais bon, quelque chose nous gênait dans cette idée. Comme un artifice.

Et si nous faisions un journal géant, vendu à côté, en plus du numéro ? Oui, un journal qui se déplie sur du beau papier mat, avec un florilège des articles et des rubriques depuis cinq ans. L’occasion de faire découvrir la revue à ceux qui ne la connaissent pas, et d’écrire un texte un peu percutant sur le journalisme, le reportage. Une sorte de manifeste.

L’idée a mûri. Elle a passé l’été. On s’est mis au travail. Éplucher les numéros de XXI, c’est comme retrouver des amis très chers qui vivent au loin : ça fait chaud au coeur. Il y a de la nostalgie, un pincement aussi, et puis d’infimes décalages : on a changé, tout simplement. Au bout d’un mois,
tout était bouclé. Sur les murs, les pages étaient belles et les libraires avaient passé commande. Mais quelque chose nous chiffonnait : ce n’était
plus XXI.

Alors, on a dit stop et tout jeté à la poubelle. Pour ces cinq ans, il fallait vous donner quelque chose de neuf, qui nous tienne à coeur. On n’arrive pas chez des amis avec d’anciens cadeaux, même avec un bel emballage.

L’idée du manifeste, elle, avait continué son chemin. Elle faisait sens. Cinq ans de discussions passionnées, de lectures et de confrontations, de rêves partagés, de ping-pong intellectuel : il fallait mettre tout cela noir sur blanc. Et vous le donner.

Le manifeste, « quelque chose de court et de percutant », est devenu un livret de vingt pages. Vous l’avez trouvé avec ce numéro. Il résume ce
en quoi nous croyons, ce après quoi nous courons : une certaine idée du journalisme.

Certains d’entre vous mettront cela directement à la poubelle. Après tout quand on va au bistrot, on n’a pas besoin de savoir ce qui se passe dans la tête des cuisiniers, comment ils ont conçu leurs recettes ou pourquoi ils ne travaillent pas au McDo. Aussi nous l’avons tiré à part : pour ne pas
vous encombrer.

D’autres ne seront pas d’accord. Et c’est bien normal. Nous allons recevoir quelques courriers bien sentis comme vous savez les rédiger parfois, corrigeant ici, ironisant là. C’est le risque à courir. Qui aime bien…

Mais nous vous le devions. Avec ce tout petit mot, que l’on dit trop souvent sans y penser et qui pourtant aujourd’hui nous émeut : merci d’être là.
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Édito

Putain Dewey, regarde toi! : Le criminaliste du pays des choses dernières : Le mirage de Calais : "Putain, Dewey, regarde-toi !" : Condamné pour un meurtre qu’il n’a pas commis, Dewey Bozella a passé vingt-six ans en prison. Pour sauver sa peau, « Slow Bo » s’initie à la boxe
et passe cinquante-deux diplômes. Il a 50 ans passés quand il remonte sur le
ring pour son premier combat professionnel. À Los Angeles, devant 20 000 spectateurs. En homme libre. Mohamed, l'homme qui sauva le président : Le 14 juillet 2002, Mohamed Chelali détourne le fusil d’un déséquilibré qui vise Jacques Chirac. Ancien immigré en France installé à Vancouver, le héros est présenté comme un « touriste-témoin ». Un singulier raccourci pour un homme dont la vie s’écrit entre Alger, Roubaix, Montréal, Beyrouth, New York et Fontenay-sous-Bois… "Le criminaliste du pays des choses dernières" : Israël Ticas était ingénieur système, un métier qu’il n’a jamais exercé. Enquêteur pour la police d’El Salvador, il a profité de ses heures libres pour comprendre en autodidacte tout ce qui entoure les techniques, les os, les états de décomposition, la pigmentation de la terre, les portraits-robots… Unique criminaliste du pays, il est celui qui parle avec les morts. La France des bénévoles : Vu d’en haut, on ne voit rien mais, pour peu que l’on parte du bas, le constat saute aux yeux : le territoire français est maillé par un réseau associatif d’une étonnante vitalité. À travers le pays, ils sont au moins seize millions de bénévoles réunis autour d’un million d’associations. La petite ville picarde de Clermont-de-l’Oise compte 63 associations pour 15 000 habitants. De salles polyvalentes en cabinets de curiosités, des dizaines de Clermontois passionnés et engagés se retrouvent dans des lieux improbables.
Invité en résidence en 2011, Cédric Martigny a demandé aux bénévoles de Clermont de jouer leur propre rôle. Ils se sont prêtés à l’exercice, et souvent
ils ont ri. À la fin de la prise de vue, tout le monde applaudissait. Le mirage de Calais : Ce devait être une renaissance. Bâtie sur les ruines de la compagnie de ferries Sea France, la société coopérative et ouvrière My Ferry Link était présentée comme la Scop de la dernière chance. Près de quatre cents embauches ont été faites et cet été les premiers bateaux ont repris les liaisons avec l’Angleterre. Mais depuis, silence radio. La direction se claquemure, les salariés se taisent. Trafic : Rien n’échappe à la surveillance sinon les informations essentielles. Entre 2010 et 2011, trente-neuf vols suspects, l’équivalent d’un train chargé de munitions, sont repérés. Les avions ont décollé du Monténégro pour l’Arménie. Le fait est établi, mais le mystère reste entier. Pourquoi ? Qui ? Comment ? Pour savoir, il faut enquêter. De la Suisse aux Balkans en passant par le Caucase, le jeu de piste mène à un petit bureau des Seychelles. Du poisson pour les Chinois, Inch'Allah : La Chine a presque épuisé ses ressources en poisson. Pékin déploie ses chalutiers sur toutes les mers, ses centaines d’équipages explorent
d’autres rivages. Pas si simple. Au Maroc, les Chinois se font concurrence. Sans compter les Coréens, et les locaux. "L'Ambassadeur" : C’était un défi. Pousser la caricature à l’extrême, l’appliquer à la réalité, et constater. Principe : se créer une « vraie-fausse » identité d’ambassadeur en République centrafricaine. Le Danois Mads Brügger travaille trois ans à préparer son « infiltration ». Il s’achète un jeu de papiers diplomatiques, et débarque dans le cagnard de Bangui. Là, il se met à jouer son personnage, sans vergogne. En costume néocolonial, il fait savoir qu’il est ici pour le « business », le diamant. Le « vrai-faux » diplomate croise des ministres, des hommes d’affaires, des notables, des escrocs… Il questionne, provoque et distribue avec largesse des enveloppes. En toute impunité, en toute « normalité ». XXI a eu un coup de coeur pour ce documentaire, « The Ambassador », plusieurs fois primé. Aperçu en dix plans choisis par le dessinateur Christophe Merlin et commentés par le réalisateur Mads Brügger. Enquête sur Michel Lucas : Autocratique patron de la deuxième banque française de détail, Michel Lucas est inconnu du public. Ses surnoms disent bien sa modestie foncière : « Lucaquatorze » reconnaît avoir du mal avec les « emmerdeurs », un genre
qui englobe à ses yeux une grande variété d’individus. Bâti « à chaux et à sable », « Pas complètement raboté », le manitou du mutualisme en France n’aime pas « être pris pour un con ». Sous sa virile impulsion, le Crédit mutuel de l’Est a multiplié ses effectifs par cent, a traversé la crise financière sans trop de dommages et s’est emparé de la presse locale du Grand Est. Banquier au salaire le plus élevé de France en 2008, une révélation qu’il n’avait pas supportée, il s’est fait le « Citizen Kane » de la presse de province, n’hésitant pas à installer une rédaction dans une agence du CIC et à multiplier les passerelles entre métiers. Chez lui, le tacle relève de la deuxième nature, personne n’y échappe, même pas ses amis. Normal, il sera toujours « là à 120 ans » Entretien avec Jean-Marc Moriceau : Spécialiste des sociétés rurales, Jean-Marc Moriceau a longtemps pris "Le Petit Chaperon rouge" pour un conte. Jusqu’au jour où… L'Amazonie et le diplomate : Dans la forêt d’Amazonie, en Équateur, les Indiens de la communauté de Sarayaku dessinent patiemment avec les arbres une ligne symbolique qui sera, un jour, visible du ciel. Ils sont les « sauvages », nous sommes les « civilisés ». Vraiment…? « Vous pensez que cela ne peut pas vous arriver ?... » : Il fut un des hommes les plus riches et les plus puissants de Russie. À la tête de la société pétrolière Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski avait bâti un empire. Le Kremlin n’a pas supporté, et l’a fait arrêter fin 2003. Condamné à quatorze ans pour « fraude fiscale » et « vol de pétrole », il publie des chroniques dans l’hebdomadaire russe The New Times. De derrière les barreaux, il témoigne de la vie carcérale en Russie.

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