#14 Printemps 2011

Au sommaire

Lorsque nous avons inauguré la page « Courrier », nous imaginions que les lecteurs de XXI réagiraient aux récits que nous leur proposerions à la manière des fidèles des revues américaines, The New Yorker, The Atlantic Monthly ou Harper’s. Ces titres prestigieux, installés de longue date et qui accordent depuis toujours une large place au grand reportage, consacrent en effet plusieurs pages, en tête de chaque numéro, à la controverse et aux précisions des lecteurs. Sur n’importe quel sujet, il se trouve toujours un ingénieur du Minnesota, une traductrice d’Honolulu ou un expatrié de Bangkok pour apporter son grain de sel, son savoir sur les sujets les plus techniques ou son point de vue, particulièrement argumenté.

Au bout de quelques jours de présence en librairie, nous avons été submergés par un courrier du cœur, qui nous a surpris par son ampleur et ses infinies variations. Comment nier notre émotion ? Votre adhésion était à la fois si inattendue et si espérée ! Nous pensions que ce flux allait se tarir une fois l’effervescence du lancement passée. Nous avions tort.

Vos déclarations étaient si nombreuses qu’elles ont fini par nous embarrasser. XXI se construit dans l’artisanat et, certains jours, sur le fil du rasoir. Nous savons que votre revue n’est pas parfaite, que nous pouvons toujours faire mieux. Notre gêne a été accrue par le soupçon de ne publier que les éloges. Quelques libraires ronchons, des confrères moqueurs et même des lecteurs sourcilleux, n’en croyaient pas leurs yeux.

Alors nous avons lancé la chasse à la critique. Lorsqu’un spécimen arrivait, il faisait aussitôt le tour des boîtes e-mail, ce nouveau nom du téléphone arabe. Il nous était transféré avec des commentaires vengeurs : « Enfin ! », « Et toc ! ». La vie en entreprise développe, on le sait, l’esprit taquin.

A chaque fois, nous avons publié en bonne place ces courriers courroucés ou agressifs. Régulièrement, nous avons lancé plusieurs appels publics à ceux d’entre vous qui pourraient nous éclairer de leur expérience ou de leur science d’un numéro à l’autre, pour prolonger les récits. Mais rien n’y a fait. Vous avez continué à écrire avec le cœur.

Vos déclarations arrivent chaque jour. Comme la marée, il y a des amplitudes modérées et des marées d’équinoxe. Ce trimestre, elles sont si nombreuses et si étonnantes, que nous en publions quatre pages. « Après ça, il vous sera difficile de vous plaindre ! » Effectivement.

A la réflexion, il nous semble que ces courriers ne s’adressent pas à nous. A travers votre adhésion à ce titre, votre histoire avec XXI, les liens que vous tissez avec les auteurs, les libraires, les autres lecteurs de cette revue, vous nous parlez avant tout de ce que vous êtes et de ce qui vous anime, de votre regard et de votre idéal.

En vous lisant, il nous est revenu en mémoire un éditorial d’Albert Camus, en une du quotidien Combat, le 31 août 1944 : « La tâche de chacun de nous est de bien penser ce qu’il se propose de dire, de modeler peu à peu l’esprit du journal qui est le sien, d’écrire attentivement et de ne jamais perdre cette immense nécessité où nous sommes de redonner à un pays sa voix profonde. Si nous faisons que cette voix demeure celle de l’énergie plutôt que celle de la haine, de la fière objectivité et non de la rhétorique, de l’humanité plutôt que de la médiocrité, alors beaucoup de choses seront sauvées et nous n’aurons pas démérité. » L’éditorial était titré « Critique de la nouvelle presse ».

Redonner la voix profonde des lecteurs, respecter leur souci d’énergie, d’objectivité et d’humanité. Ces mots résonnent avec les vôtres. Nous les faisons ceux de XXI.
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Édito

La cavale des bonnes soeurs : Elles étaient trois. Après une vie trépidante à s’occuper d’un établissement scolaire, la retraite est arrivée. Nonagénaires, menacées d’expulsion de leur couvent par l’ordre de Saint-Joseph qui voulait les placer en maison de retraite, les trois soeurs ont décidé de se faire la « belle ».
Les vieux voleurs : Parfois ils s’ennuient, ou bien ils sont pauvres, ou encore ils veulent retrouver le frisson de leur jeunesse… Des milliers de mamies et de papys délinquants se font pincer la main dans le sac chaque année. Parce qu’ils sont vieux, ils sont rarement conduits jusqu’au tribunal, encore moins en prison. Un rêve de vieilles dames : A Montreuil, plusieurs femmes âgées refusent de passer « du lit au fauteuil » et « la pendule qui dit oui qui dit non » comme le chantait Jacques Brel. Elles ont imaginé une maison qui permettrait aux parents de dire à leurs enfants : « Reste pas là à traîner, va faire tes devoirs chez les vieilles. » Les enfants de l'unité 33 : Près de Buenos Aires, en Argentine, l’unité pénitentiaire 33 de La Plata accueille des femmes souvent condamnées à de longues peines. La plupart arrivent avec leurs enfants. Dans la prison de Los Hornos, 78 mères vivent avec 84 enfants. Beaucoup attendent un autre bébé. Derrière les barreaux, résonnent les cris et les pleurs de ces petits prisonniers.

Voyage dans un pays à venir : Les voyageurs étrangers,comme Griaule et Leiris, ont dessiné le mythe du Soudan. La photographe préférée d’Hitler, Leni Riefenstahl, l’a incarné en images. Le Soudan est devenu le creuset des fantasmes : Fachoda, l’ethnologie coloniale, les monts Nouba… Retour sur la naissance d’un pays, porté par des rêves pétroliers. Le facteur de Kaboul : Saïd distribue le courrier depuis quarante ans. Chaque jour, dans la capitale afghane de quinze millions d’habitants, il n’a qu’une dizaine de plis à déposer. Saïd a tout vu : les Soviétiques, les moudjahidin, les talibans, les Américains… Sous ses yeux, la ville a été détruite mais, jamais, il n’a arrêté de distribuer le courrier. Tous les matins, il enfourche
son vélo pour délivrer les lettres d’amour ou de décès.
Le roi des contrebandiers : Contrebandier égyptien, Hassan s’est fait bâtir un palais des Mille et une nuits dans le désert du Sinaï. Quand il s’ennuie, il prend son 4x4 pour filer à toute allure sur le sable. Il refuse le trafic d’esclaves, aime partager des grillades avec les Bédouins et rêve, depuis des années, d’avoir l’eau et l’électricité. Lorsque les foules se sont soulevées contre le Pharaon, il est allé manifester. Une place au soleil : Au Brésil, les plus riches se sont construit un monde à part : ils vivent au sommet des gratte-ciel érigés en bord de plage, dans des penthouses, d’immenses appartements avec terrasse, piscine privée et jardin suspendu. Dans ce pays parfois violent, ils se sont créé un univers à l’abri : « Une île », disent-ils. Gabriel Mascaro, jeune réalisateur
brésilien, a exploré ce monde jamais évoqué.
Enquête sur Sydney Rittenberg : Il est le premier Américain à avoir rejoint le Parti communiste chinois.
Entretien avec Charles-Edouard Vincent : Destiné au CAC 40, ce polytechnicien multidiplômé a suivi « sa petite voix intérieure » et créé Emmaus Défi, première start-up du social. La route du kif : Au nord du Maroc, la région du Rif vit de la culture du haschich. Accrochées aux montagnes, les familles paysannes labourent la terre pour en tirer le cannabis. Les autorités marocaines tentent de limiter cette pratique. Sans guère de résultats, faut de moyens et de volonté: l'argent est au bout du haschich. "J'avais raison d'y croire" : Diplômée de l'Essec, Isabelle Lambret travaille un an et demi dans une entreprise, puis s'engage dans l'humanitaire. Elle a 25 ans quand elle arrive au Kenya. A partir de Nairobi, elle doit mener des missions en Somalie. Fin 2008, elle se rend dans une petite ville de 1500 habitants, proche de la frontière éthiopienne. Elle y reste dix jours. Lorsqu'elle s'apprête à partir, elle est kidnappée. Détenue isolée, elle est libérée le 11 août 2009. Après neuf mois de captivité.

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