#16 Automne 2011

Au sommaire

L’absence de publicité dans les pages de XXI surprend. Nombre d’entre vous s’en félicitent bruyamment. Certains y voient même un geste altermondialiste. Comme souvent, la réalité est plus simple.

Le coût de réalisation d’un numéro est élevé, car «le journalisme debout», celui qui sort de son bureau, coûte cher. La manne publicitaire aurait pu alléger nos comptes et les vôtres. Mais elle ne tombe pas du ciel. Les annonceurs demandent de «cibler le public» et de développer le «rédactionnel contextuel», ce qui en novlangue marketing veut dire de créer des rubriques consacrées aux voyages, aux montres, aux voitures, aux sorties culturelles et aux produits high-tech. Autant de tranches «d’actu consommation» entre deux pages de publicité.

En passant à la moulinette de cette logique, XXI aurait perdu son âme et son objet. Notre projet se serait dilué. Le choix de la librairie s’est imposé, ce qui a radicalisé notre proposition initiale: une revue encore plus dense et entièrement financée par ses lecteurs.

Votre adhésion à ce principe simple et vieux comme le monde – payer pour un contenu qui a un coût - donne à réfléchir. Lorsqu’au XIXe siècle, Émile de Girardin a introduit pour la première fois la publicité dans un journal, le prix de vente de son quotidien diminua de moitié et ses ventes furent multipliées par deux. Le cercle était vertueux: la qualité du contenu attirait les lecteurs qui faisaient venir les annonceurs. Les tests montraient même qu’un journal sans publicité apparaissait moins sérieux que lorsqu’il était étincelant de pubs !

Au tournant des années 1990, la concurrence des autres médias - bouquets de chaînes télé, multiplication des stations de radio, explosion d’Internet – a atteint de plein fouet les titres d’information. Les annonceurs ont changé de supports. Pour les retenir à tout prix, une spirale dangereuse s’est enclenchée. Les impératifs des annonceurs pèsent désormais sur les rédactions. Le pouvoir a été conquis par les financiers pour qui les lecteurs sont des «infomateurs» (comprenez consommateurs d’info) et les articles «un produit» qui doit répondre aux «attentes».

Le rapport de force penche désormais ouvertement du côté des annonceurs. Un journal se construit de plus en plus à partir de représentations illusoires: d’une part le lecteur fantasmé (de préférence gros consommateur, cadre et diplômé du supérieur) et d’autre part ses attentes supposées (extrapolations de chiffres de ventes, de nombre de clics et d’études diverses). Le journaliste est pris en tenaille entre ces deux constructions imaginaires, qui menacent de remplacer la seule boussole qui vaille: le réel, ce qu’il voit, ce qu’il comprend du monde.

Les rubriques et les dossiers spéciaux conçus pour les annonceurs pullulent. La diffusion est dopée aux scoops de quelques heures, aux «dossiers choc» répétitifs. Les luxueux cadeaux d’abonnement remplacent l’appétence pour le contenu. Une proportion non négligeable des journaux est jetée à la poubelle sans être sortis de leur emballage.

XXI pratique l’école buissonnière de la presse. 50 000 exemplaires chaque trimestre, même à 15 €, pèsent peu face aux machineries des grands médias. XXI est une revue à bas bruit, sous le radar. Mais nous avons la conviction que cette hirondelle annonce un autre printemps pour la presse, ce que confirme le succès de la revue 6 Mois, la sœur photographique de XXI. Le temps des médias de masse est révolu.

Celui du lien est en train de naître. Comptez sur nous pour le nourrir et le protéger.


Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Édito

Les enfants d'Auroville : En Inde, ils sont des milliers à avoir répondu à l’appel de « la Mère ». Les pionniers sont venus du monde entier bâtir sa cité idéale. Ils ont reboisé et construit des villas et des centres de recherche pour des hommes nouveaux, débarrassés de l’égoïsme et de l’esprit de compétition. Enfin presque. Les tricoteurs : En apparence, c’était une chimère : ressusciter la filière laine en Ardèche. Quand ils s’installent à Saint-Pierreville, Gérard et Béatrice ont une passion et une énergie peu commune. À force de travail, les deux « fadas » remettent en état la dernière filature de la région. Les villageois sont convaincus, des compagnons arrivent. Aujourd’hui, une coopérative de 45 salariés fait revivre le village. Les moissons de l'atome : Au nom de l’avenir et parce que c’était le progrès, la Hague a sauté d’un coup de l’âge de la charrue à l’ère de l’atome. La région côtière du Cotentin est l’une des plus nucléarisées de la planète. Moitié paysan, moitié employé de la centrale, Papy Maurice a vécu toute l’aventure. Le dépôt des déchets radioactifs et la centrale de retraitement sont au bout de ses champs.
Le progrès n’est plus aussi beau qu’hier. Home sweet Roms : Des centaines de villas et de palais aux architectures extravagantes ont poussé, en Moldavie et en Roumanie, dans les années folles de l’après-chute du Mur de Berlin. Rivalisant en fastes et fantaisie, de riches Tziganes ont multiplié les excentricités : balcons en marbre, avalanche de stucs, ornements d’or et d’argent, toits en terrasse, miroirs et pendules baroques… Leurs portes sont difficiles à ouvrir. Il a fallu des années d’efforts pour entrer dans ce monde à l’allure de « Disneyrom » en carton pâte. Le passeur de rives : La ville de Lanzhou, au centre de la Chine, connaît un développement effréné. Le fleuve Jaune la traverse et ses eaux emportent les malchanceux de la croissance : des jeunes filles suicidées, des migrants assassinés
ou des ouvriers tués à la tâche. À 20 kilomètres en aval, un ancien paysan s’est fait pêcheur de morts, c’est son métier. Wei Peng est passeur de rives.
La dernière estive : À Lussaud, 1 000 mètres d’altitude et vingt habitants, Gillou et Marie-Jo mènent chaque année leurs vaches vers les hauts plateaux du Massif central. La transhumance se fait à pied, elle a l’allure d’un western auvergnat. On croise Popo, la mère Chaput, la grand-mère magicienne. On dresse des stratégies napoléoniennes, on banquette, on sort le troupeau inépuisable des histoires. L’estive est une fête. Mais cette année sera la dernière.
Les chasseurs de carbone : La forêt africaine est aujourd’hui un enjeu. À la bourse mondiale du carbone, ses millions d’hectares d’arbres valent de l’or. États et entreprises l’ont bien compris, qui se sont mis en chasse pour alimenter à marche forcée ce nouveau marché. Au détriment des populations expulsées, qui préfèrent parfois mettre le feu au précieux or vert. Mariages d'enfants : En Inde, une femme sur deux est mariée avant 18 ans. À l’échelle de la première démocratie mondiale et de son milliard d’habitants, le phénomène prend des proportions gigantesques. Les autorités tentent de lutter contre, mais les fonctionnaires en charge de la prévention des mariages d’enfants ont bien du mal à s’opposer au poids de la tradition.

Des semaines durant, Claire Wambergue, Philippe Levasseur et Charlotte Lassalle ont rencontré au Népal et en Inde des jeunes mariés. Ils leur donnent la parole dans ce reportage produit par Babel Press et diffusé dans Envoyé spécial. XXI a eu un coup de cœur pour ce rare éclairage sur ces « unions dangereuses ».
Aperçu en dix plans, choisis par le dessinateur Raphaël Uhrweiller, commentés par Claire Wambergue et Philippe Levasseur. Enquête sur Marc Ladreit de Lacharrière : Le patron de la troisième agence de notation mondiale se plaît à jouer les mécènes Entretien avec Bernard Stiegler : Philosophe, il prône la joie du désir contre la satisfaction de la pulsion. Doel, au bout de la Flandre : La Flandre a son village d’Astérix. Retranchés dans les ruelles de Doel, ils sont une poignée à résister. Pas à Rome ni à César, mais aux légions
de bulldozers. Le port d’Anvers, le deuxième d’Europe, a besoin de s’agrandir. Les autorités flamandes ont décidé voici plus de dix ans de sacrifier le village. Mais Doel veut vivre… "Bagdad, couleur sable" : À Bagdad, une roquette tombe sur le toit d’une maison où dort une famille. Lahna et l’une de ses filles en réchappent, gravement blessées. Convalescente, Lahna réalise que sa fille la tient pour responsable du drame. Les deux femmes se retrouvent dans un hôpital jordanien où exerce Anne Sénéquier, médecin psychiatre.

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