#17 Hiver 2012

Au sommaire

HISTOIRES DE JUSTICE

La justice ne se cantonne pas aux prétoires. Elle se joue aussi dans l'intimité de chacun, au fil d'itinéraires parfois bouleversés.

Jean-Yves Moyart raconte comment il s'est engagé pour la défende d'un homme qu'il croyait innocent.

Charlie Buffet retrace l'itinéraire de l'alpiniste Loretan qui affronta la loi de la montagne et celle des hommes.

Sylvie Caster s'attache à rendre la vérité de Cécilia, une jeune élève infirmière morte après avoir été violée par quatre jeunes.
 

Édito

Ces dernières semaines nous rencontrons beaucoup d’éditeurs étrangers intéressés par l’histoire de XXI et l’édition de la revue 6 Mois dans leur langue.

A Francfort, Houston, Madrid ou São Paulo, comme le facteur de Tati, nous sortons de notre besace les exemplaires de XXI et de 6 Mois. Nos interlocuteurs manipulent les revues, quittent des yeux les graphiques que nous avons préparés pour eux. Ils plongent dans la lecture. Au bout d’un moment, ils lèvent la tête. Et ils nous demandent de répéter les chiffres de ventes. Oui, c’est bien 50 000 exemplaires. Non, nous n’avons pas de subventions ou de mécène. Alors les questions fusent. Et si c’était aussi possible ici ? Objections et comparaisons, se succèdent. L’échange est passionnant.

Lorsque l’aventure de XXI a commencé, certains y ont vu le refuge en librairie d’un certain journalisme, old school. «Un média de niche», écrivaient-ils comme on concède à son chien un panier dans le garage avec un bol de croquettes. L’expérience montre au contraire qu’une porte a été ouverte et qu’il existe de multiples pistes à explorer pour des médias post-internet.

La mondialisation des pratiques de l’information immédiate est une évidence. Internet est un outil fascinant et puissant, qui accélère ce processus. Le numérique s’impose dans nos existences, les facilite souvent. Il arrive aussi qu’il les altère. Cette évolution est un fait aussi réel que la terre où nous marchons.

La vie et l’information ne peuvent se résumer à un fil d’articles courts, à une collection de billets d’humeur, de tweets de 140 signes ou au bouton «like» de Facebook. Les médias du futur seront largement éclatés en contenus disséminés sur tous les écrans possibles. C’est déjà le cas aux États- Unis. Mais comme à chaque fois que la technique est envahissante, le danger est que l’outil prenne le pas sur le contenu. Aussi il est possible de penser autrement et d’inverser la proposition. En quoi le numérique peut-il aider à offrir un plus bel objet aux lecteurs ? Comment peut-il permettre la création de meilleurs journaux, nourris par les talents du monde entier, de livres mieux fabriqués, plus inventifs ? Quelle nouvelle relation est-il possible de nouer avec les lecteurs?

Cet automne, la direction d’un grand quotidien a imposé à tous ses journalistes une formation pour écrire sur Twitter et communiquer sur
Facebook. Jeunes, vieux, érudits, touche-à-tout, amateurs d’imparfait du subjonctif, avaleurs de dépêche, grands reporters, novices, chroniqueurs, critiques, aucune exception n’était tolérée. Dans la salle, où se relayaient les petits groupes d’apprentis twittos ou facebookiens, une grande phrase était inscrite : «S’adapter ou disparaître.»

Existe-t-il formule plus triste ? S’adapter, c’est avoir l’esprit moutonnier. Steve Jobs le disait lui-même. Le fondateur d’Apple refusait de suivre le vent et de procéder à des études de marché. Personne n’a demandé à recevoir un Macintosh ou un iPhone expliquait-il, il faut juste l’imaginer pour les gens. Nul n’est voué à disparaître. On peut aussi créer, rêver, risquer, défricher, inventer.

Pour le prix d’une formation à Twitter, les curieux peuvent prendre un billet de dernière minute pour aller se balader dans le quartier du Plateau à Montréal, de la Madelena à São Paulo, dans Berlin-Est, Budapest, Beyrouth, en Californie, à Seattle, dans le quartier de Brooklyn à New York. Ils y verront des millions de jeunes étudiants aussi à l’aise avec Facebook qu’un formateur avec un Powerpoint, pour qui le numérique est un langage maternel, et qui pourtant se ruent sur les expositions, les festivals, les conférences et les librairies différentes, librairie-café, librairie-concert... Cette nouvelle génération plébiscite des journaux, des livres ou des revues atypiques, à contre-courant de productions stéréotypées. Des publications étonnantes apparaissent déjà aux États-Unis, au Brésil, au Pérou, en Espagne... et en France !

Cette jeunesse là ne rentre pas dans le moule préfabriqué par les opérateurs de téléphonie et des publicitaires avides de monétiser les algorithmes de l’information. Mais elle est aussi un visage de l’avenir.

Laurent Beccaria Patrick de Saint-Exupéry

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