#17 Hiver 2012

Au sommaire

Ces dernières semaines nous rencontrons beaucoup d’éditeurs étrangers intéressés par l’histoire de XXI et l’édition de la revue 6 Mois dans leur langue.

A Francfort, Houston, Madrid ou São Paulo, comme le facteur de Tati, nous sortons de notre besace les exemplaires de XXI et de 6 Mois. Nos interlocuteurs manipulent les revues, quittent des yeux les graphiques que nous avons préparés pour eux. Ils plongent dans la lecture. Au bout d’un moment, ils lèvent la tête. Et ils nous demandent de répéter les chiffres de ventes. Oui, c’est bien 50 000 exemplaires. Non, nous n’avons pas de subventions ou de mécène. Alors les questions fusent. Et si c’était aussi possible ici ? Objections et comparaisons, se succèdent. L’échange est passionnant.

Lorsque l’aventure de XXI a commencé, certains y ont vu le refuge en librairie d’un certain journalisme, old school. «Un média de niche», écrivaient-ils comme on concède à son chien un panier dans le garage avec un bol de croquettes. L’expérience montre au contraire qu’une porte a été ouverte et qu’il existe de multiples pistes à explorer pour des médias post-internet.

La mondialisation des pratiques de l’information immédiate est une évidence. Internet est un outil fascinant et puissant, qui accélère ce processus. Le numérique s’impose dans nos existences, les facilite souvent. Il arrive aussi qu’il les altère. Cette évolution est un fait aussi réel que la terre où nous marchons.

La vie et l’information ne peuvent se résumer à un fil d’articles courts, à une collection de billets d’humeur, de tweets de 140 signes ou au bouton «like» de Facebook. Les médias du futur seront largement éclatés en contenus disséminés sur tous les écrans possibles. C’est déjà le cas aux États- Unis. Mais comme à chaque fois que la technique est envahissante, le danger est que l’outil prenne le pas sur le contenu. Aussi il est possible de penser autrement et d’inverser la proposition. En quoi le numérique peut-il aider à offrir un plus bel objet aux lecteurs ? Comment peut-il permettre la création de meilleurs journaux, nourris par les talents du monde entier, de livres mieux fabriqués, plus inventifs ? Quelle nouvelle relation est-il possible de nouer avec les lecteurs?

Cet automne, la direction d’un grand quotidien a imposé à tous ses journalistes une formation pour écrire sur Twitter et communiquer sur
Facebook. Jeunes, vieux, érudits, touche-à-tout, amateurs d’imparfait du subjonctif, avaleurs de dépêche, grands reporters, novices, chroniqueurs, critiques, aucune exception n’était tolérée. Dans la salle, où se relayaient les petits groupes d’apprentis twittos ou facebookiens, une grande phrase était inscrite : «S’adapter ou disparaître.»

Existe-t-il formule plus triste ? S’adapter, c’est avoir l’esprit moutonnier. Steve Jobs le disait lui-même. Le fondateur d’Apple refusait de suivre le vent et de procéder à des études de marché. Personne n’a demandé à recevoir un Macintosh ou un iPhone expliquait-il, il faut juste l’imaginer pour les gens. Nul n’est voué à disparaître. On peut aussi créer, rêver, risquer, défricher, inventer.

Pour le prix d’une formation à Twitter, les curieux peuvent prendre un billet de dernière minute pour aller se balader dans le quartier du Plateau à Montréal, de la Madelena à São Paulo, dans Berlin-Est, Budapest, Beyrouth, en Californie, à Seattle, dans le quartier de Brooklyn à New York. Ils y verront des millions de jeunes étudiants aussi à l’aise avec Facebook qu’un formateur avec un Powerpoint, pour qui le numérique est un langage maternel, et qui pourtant se ruent sur les expositions, les festivals, les conférences et les librairies différentes, librairie-café, librairie-concert... Cette nouvelle génération plébiscite des journaux, des livres ou des revues atypiques, à contre-courant de productions stéréotypées. Des publications étonnantes apparaissent déjà aux États-Unis, au Brésil, au Pérou, en Espagne... et en France !

Cette jeunesse là ne rentre pas dans le moule préfabriqué par les opérateurs de téléphonie et des publicitaires avides de monétiser les algorithmes de l’information. Mais elle est aussi un visage de l’avenir.
Laurent Beccaria Patrick de Saint-Exupéry
 

PS1 Diffusé en librairie, XXI est soumise au régime du livre. A partir du 1er janvier 2011, la TVA sur les livres passe à 7%. L’augmentation de 50 centimes du prix de XXI sert donc à réduire le déficit de l’Etat. Elle ne bénéficie évidemment ni aux libraires, ni à la rédaction.

PS2 Ce numéro est tiré à 60.000 exemplaires. Avec le numéro de l’automne, nous avons franchi les 50.000 exemplaires vendus et nous avons fêté à Noël notre 10.000ème abonné. «Tout se joue avant quatre ans !» proclamait un célèbre pédopsychiatre. Grâce à vous, XXI entre dans sa cinquième année avec vigueur. Merci.

Édito

Au bout de la défense : Un homme sur le banc d’un tribunal est accusé de meurtre. Son avocat, certain de son innocence, se bat avec les armes de la loi et sa conviction profonde. La joute s’engage face à la cour et aux jurés. Elle dure trois jours. L’accusé se défend mal. L’avocat sort ses tripes et va jusqu’au bout de ses forces. Pourtant, l’histoire commence à peine. Une vie suspendue : L’alpiniste Erhard Loretan, gloire nationale en Suisse, n’a jamais triché. De course en course, de 8 000 en 8 000, il a obéi à la loi de la montagne. Un jour, il est condamné à quatre mois de prison avec sursis pour homicide par imprudence après la mort de son bébé. Il doit accepter la justice des hommes. Dès lors, il vit écartelé entre deux mondes. Cécilia si fragile : Matar et Liliane Gueye veulent restituer la vérité de leur fille, morte après avoir été violée par quatre jeunes réunis dans une chambre d'hôtel à Marseille. Au procès, les agresseurs ont prétendu que l'élève infirmière de 21 ans, était «une fille facile». Condamnés à la prison pour dix à quinze ans, les quatre jeunes ont à peine compris le verdict. Aujourd’hui, ils font appel. La novice du New Jersey : Jeune étudiante américaine, Lauren Franko a 21 ans quand, écoutant de la musique sur Internet, elle reçoit «l’appel». Elle décide alors de mener une vie cloîtrée au monastère des Dames du rosaire, un ordre dominicain installé dans le New Jersey, aux États-Unis. Cette même année 2008, la photographe Toni Greaves réalise un reportage au monastère pour la presse locale. Elle voit arriver la jeune novice. Impressionnée par sa force et sa maturité, elle décide de suivre son parcours initiatique. Chine, le grand mensonge : A la fin des années 1950, la Chine est dévastée par une "Grande famine" au bilan humain comparable à celui de la Seconde Guerre mondiale. Un demi-siècle plus tard, Pékin fait tout pour maintenir le voile sur cette tragédie insensée. Mais les survivants commencent à parler, et les archives à émerger. Afrique, la chevauchée fantastique : Thandiwe vit en Afrique du Sud et conduit un quarante tonnes de vingt roues. La jeune femme effectue des voyages de 3 500 kilomètres qui la mènent jusqu’aux mines du Congo-Kinshasa. Au début, il suffit de suivre les autoroutes sud-africaines, mais peu à peu tout s’évanouit. Ne restent alors comme repères que ses compagnons de voyage, la confrérie des chauffeurs. Le Cambodge sur un plateau : Pouch, Mardy, Hieng, Ravy... répètent une pièce. Pas n’importe laquelle: "L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge" écrite par Hélène Cixous après le génocide khmer. Une Américaine a initié le projet, Ariane Mnouchkine a trouvé l’idée fabuleuse. Un acteur français se consacre corps et âme aux jeunes Cambodgiens. Il sait qu’ils jouent leur propre histoire. «Vous êtes servis» : Tous les mois, des milliers de femmes indonésiennes partent travailler à l’étranger comme domestiques. Recrutées par des agences spécialisées, elles quittent leur famille pour plusieurs années. Isolées dans des pays qu’elles ne connaissent pas, elles sont à la merci de leurs employeurs.
Le réalisateur Jorge León s’intéressait à la question depuis longtemps quand il a rencontré, à Bruxelles, une «domestique» qui venait de s’évader. Parti à deux reprises en 2009 pour l’Indonésie, il y a passé quatre mois. Les témoignages qu’il a recueillis et les situations qu’il a filmées sont éloquents. XXI a eu un coup de cœur pour ce beau travail documentaire, produit par Dérives et diffusé par Arte Belgique. Aperçu en dix plans, choisis par la dessinatrice Violaine Leroy
et commentés par Jorge León. Enquête sur Bachar el-Assad : Modeste et informel, avec ses jeans et son sourire facile, il n’avait pas le profil d’un tueur. Mais le style n’est pas toujours l’homme. Son suicide politique est consommé. Parce qu’il n’a pas su réformer quand c’était possible, Bachar el-Assad est fini. Tout avait pourtant bien commencé. Quand il arrive au pouvoir, le jeune héritier d’un système prédateur à bout de souffle est prometteur. «Bachar l’espoir», salue le peuple. Il se veut proche des gens. Et entend parler d’avenir. «J’essaie de changer les règles», dit-il. Son pays s’ouvre au printemps. Il hésite : «Le changement ne peut être que graduel», ne voit pas monter la colère, et finit par se placer dans le chemin tracé par son père: «La démocratie occidentale est le résultat d’une
histoire qui n’est pas la nôtre». Enquête sur l'Inconstant de Damas. Entretien avec Orhan Pamuk : Prix Nobel de littérature, le romancier d'Istanbul conserve précieusement une note sur son bureau: "Avant d'écrire pense aux objets!" Les enfants de Kinshasa : Quinze ans après la chute du maréchal-président Mobutu, les églises de réveil, d’inspiration évangélique, ont imposé leur loi. Usant de la crédulité d’une population en panne d’espoir, les pasteurs du «Ministère de
de la foi abondante», d’«Armée de victoire» ou de «La Manne
cachée» jouent du miracle et de la sorcellerie. Les enfants en payent le prix. Ils sont plus de 20 000 à vivre dans les rues de Kinshasa après avoir été, pour beaucoup, accusés de sorcellerie. "Les mille et une nuits de Tahrir" : Jeune pasionaria, Salma a été parmi les premières à faire la révolution sur la place Tahrir. Fathi, lui, est un petit tailleur de la capitale égyptienne. Romancière, auteur de La Comédie du Caire (Éd. Actes Sud), Carine Fernandez a voulu réunir leur destin en une nouvelle où tout est vrai, sauf l’histoire.

Les auteurs

Les illustrateurs

15,50€

Découvrez nos autres numéros

#49  Hiver 2020

#49 Hiver 2020

16,00 €

#48 Automne 2019

#48 Automne 2019

16,00 €

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

23,00 €

A4 Viande : Sa dernière heure a-t-elle sonné ?

A4 Viande : Sa dernière heure a-t-elle sonné ?

14,50 €