#24 Automne 2013

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LES TERRES DU FURTUR

Nous sommes plus de sept milliards sur la planète. Et nous ne cessons de façonner le monde :

David Fauquemberg a rencontré dans l'Arctique les vigies du changement climatique.

Vincent Defait a sillonné les terres semi désertiques d'Ethiopie d'où émerge un nouveau chemin de fer.

Jean Rolin a exploré les espaces immenses libérés par le déclin des activités industrielles de Marseille.

Édito

Nos neurones sont comme cent milliards d’interrupteurs connectés. Ce réseau complexe est continuellement activé. « Dans le cerveau, tout se mêle, les sensations devenant des pensées, des sentiments, des actions, puis d’autres sensations. Ce flux de conscience correspond à des cascades d’assemblages neuronaux fugaces qui se jettent les uns dans les autres, puis se dispersent, en quelques secondes », explique le neurobiologiste Rick Hanson. L’instabilité neurologique est notre état naturel.

L’adaptation de l’espèce humaine à un environnement hostile a conduit notre cerveau à être constamment en état d’alerte. Nous sommes sur la défensive et habitués à mobiliser nos ressources pour faire face à l’agression. Ce sentiment sous-jacent d’anxiété nous conduit à être plus sensibles aux informations négatives. Pour prendre une analogie simple, les bonnes nouvelles glissent sur notre cerveau, tandis que les mauvaises nouvelles s’accrochent en nous. Dans notre vie sociale, les neurobiologistes expliquent que nous avons besoin de cinq interactions agréables pour compenser l’effet
d’une interaction désagréable.

Le bombardement actuel d’informations, fragmentées et de toutes natures, auquel nous sommes soumis, n’est pas sans conséquence sur notre équilibre. Dans les entreprises, par exemple, l’envahissement des chiffres, baromètres, tendances et « remontées » permanentes conduit à multiplier la fréquence de l’exposition aux mauvaises nouvelles, même si le résultat final est positif.

Les médias sont aussi perçus par les citoyens comme anxiogènes. Et ils ont raison. Les modes de production de l’information, avec la diffusion virale des nouvelles spectaculaires ou inquiétantes, provoquent une angoisse diffuse. La multiplication des informations accroît mécaniquement la mise sous tension de notre cerveau et la libération des « hormones du stress », l’adrénaline et le cortisol, au risque d’une surchauffe permanente.

Selon des chiffres avancés par Matthieu Ricard, avant l’âge de 20 ans, un Américain voit en moyenne 40 000 meurtres de fiction, et un nombre incalculable d’attentats, catastrophes, guerres, menaces, rixes et manifestations de haine à la télévision, dans la presse ou sur le Net. Si le monde ressemblait au fil d’informations que l’on « consomme » aujourd’hui, ce serait vraiment « une histoire de fous, de bruits et de fureur, racontée par un idiot et qui ne veut rien dire », comme l’écrivait Shakespeare. Les Anglo-Saxons appellent cela le « syndrome du mauvais monde ». Il est infondé. Notre vie a plus de sens et la société plus de ressources que cette succession de bulles anxiogènes et d’émotions sans queue ni tête.

Chercher à « positiver » de manière artificielle, à montrer de belles initiatives, des héros généreux et positifs n’est pas une réponse adéquate. Un journal des bonnes nouvelles serait aussi absurde que ce magma quotidien d’informations.

La réponse est encore et toujours dans le récit. Raconter, c’est relier des éléments entre eux. L’étymologie du mot « histoire » renvoie à plusieurs racines, signifiant « une connaissance acquise par l’enquête », « la sagesse », « le témoin », « le juge » ou « savoir pour avoir vu ». Le récit donne un sens et une continuité. Même la plus dramatique des histoires apaise le lecteur, car elle fait appel à sa compassion, son intelligence, sa propre expérience.

Imaginez le « buzz » que l’on pourrait faire avec ces femmes éthiopiennes mutilées dont parle Marie Darrieussecq dans ce numéro ou avec les rebelles syriens d’Alep dont Jean-Pierre Filiu a partagé la vie. Pensez à la description terrible des mégapoles chinoises qui nous est régulièrement proposée : Xu Ge Fei, avec qui Coralie Schaub s’est entretenue, y a justement puisé son désir d’émancipation. Rien n’est gommé par les auteurs de XXI, mais tout est relié par eux. C’est notre conviction : la presse est utile quand elle offre à ses lecteurs un rapport apaisé au monde et aux autres.

Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

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