#25 Hiver 2014

Au sommaire

On les a vus arriver juste après le n° 1 de XXI. Timides et impressionnés ou au contraire volubiles et directs, mais toujours résolus. Barbe de trois jours et sac sur le dos, jupe noire et cabas en bandoulière. On les reconnaît dès l’accueil à leur regard furtif et fiévreux. Depuis six ans, ils ne cessent d’envoyer des mails ou des lettres, de venir avec leurs photos ou leurs projets, d’appeler une fois, de rappeler trois fois, de relancer inlassablement jusqu’au « non » définitif ou au feu vert qui leur ouvre les pages de XXI ou de 6Mois.

Ils sont notre plus belle rencontre.

Qui ? Les auteurs de la génération Y. Ces jeunes journalistes nés dans les années 1990 qui ont grandi avec le numérique, Internet et les jeux vidéo et que les Américains appellent les « digital natives ». Les sociologues du monde entier ne cessent de disserter sur ces enfants du XXIe siècle, à la fois célébrés par les publicitaires et repoussés massivement hors du marché du travail en
Occident et au Japon. Immatures, soucieux de leur bien-être, rétifs aux ordres, connectés en permanence… Les clichés ne manquent pas. À l’expérience, aucun ne leur ressemble. Énergie, courage, humilité, envie sont les mots qui leur correspondent davantage.

Ils ont choisi le métier de reporter de presse en pleine crise du secteur, après avoir lu un livre à 15 ans, entendu un journaliste dans une conférence, suivi le retour de captivité d’une journaliste otage (enquête auprès d’un échantillon non représentatif dans les bureaux de XXI et 6Mois) ou tout simplement par passion. Elle est méritoire. Depuis vingt-cinq ans, le site canadien Career Cast publie un classement de 200 métiers, à partir des offres d’emplois en Amérique du Nord. Dans les premières années, le journaliste de presse écrite faisait partie des cinq métiers de rêve. Il est désormais classé bon dernier et « pire métier du monde », juste derrière bûcheron, soldat en Irak ou ouvrier sur les plateformes pétrolières. Les métiers de la finance, de l’informatique ou de l’industrie pharmaceutique, eux, caracolent en tête du palmarès.

Personne ne les attend. Ils savent que la porte est étroite, qu’ils risquent de connaître une course d’obstacles et une vie professionnelle précaire. Pourtant, ils sont là, les auteurs de demain. À la rédaction, six journalistes permanents ont entre 22 et 30 ans. Dans les pages de la revue, ils sont évidemment plus nombreux encore – presque un tiers des contributeurs. Trois d’entre eux ont été primés ce trimestre. Leur parcours incarne ce journalisme qui vient.

À tout seigneur tout honneur, le prix France Info-XXI est revenu cette année à Baptiste de Cazenove, 26 ans, pour son récit « Les Oubliés du Sinaï ». Baptiste a fait ses armes au Caire, sur fond de révolution, puis à Beyrouth.

Le prix enquête 2013 des Assises du journalisme, à Metz, a distingué « Les Risques du métier », un article de Marion Quillard publié sur le site de 6Mois. À 26 ans, Marion a rejoint la rédaction il y a deux ans. Elle signe dans ce numéro « Issam et le cheval de Ben Laden ».

Enfin, Florentin Cassonnet, 24 ans, a reçu le prix Bayeux des correspondants de guerre dans la catégorie « Jeune reporter » pour « Treize Anglais sur le chemin de Damas », publié cet été dans XXI. Emmanuelle Anizon de Télérama a raconté son histoire : « Il a économisé 1 500 euros en faisant des déménagements l’été 2012, avant de partir à l’aventure. Son sujet sur un camp de réfugiés lui a été acheté… 120 euros par le site Rue89. Une claque. » Pour ce deuxième reportage, Florentin a envoyé le texte à plusieurs journaux. « Si XXI n’avait pas accepté, j’aurais probablement laissé tomber le journalisme. J’avais la sensation de ne pas pouvoir faire beaucoup mieux, et s’il n’y avait pas de place pour ça, il n’y en aurait pour rien d’autre. »

L’audace et l’intransigeance sont la marque de fabrique de ces nouveaux journalistes. Ils se moquent des prophètes de malheur. Ils savent que l’avenir n’est pas écrit. Comment leur donner tort ? Parfois, les chemins les moins fréquentés sont les plus beaux.
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Édito

Un pari sous les toits : Maria qui n'a plus peur de la mort : Issam et le cheval de Ben Laden : L'ile des sept familles : La première fois, Wayne s’est invité sans prévenir. Il a frappé à la porte, s’est assis et est resté immobile à me dévisager, sans prononcer un mot. Une demi-heure plus tard, un peu gênée, je lui ai offert un thé. Il l’a englouti d’un trait et s’est enfui comme un courant d’air.

J’ai connu Wayne en 2011. J’occupais depuis plusieurs semaines une maisonnette à Tristan da Cunha, une île volcanique de 262 habitants, tous britanniques, perdue au milieu de l’Atlantique Sud, à 2 000 kilomètres de l’île de Sainte-Hélène, la plus proche terre habitée. Wayne avait 23 ans. Il était venu voir la première « french lady » débarquée en plus de quinze ans.

Quelques mois plus tard, Wayne est revenu se poster sur le pas de ma porte. Grand gaillard au corps sec et à la coupe militaire, il m’a invitée à pêcher la langouste. Le lac de sel de Bolivie : Atterrit-on vraiment à La Paz ?... L’aéroport de la capitale bolivienne est à 4 061 mètres d’altitude. À sept cents mètres près, c’est le mont Blanc ou, pile-poil, le Grand Paradis dans les Alpes. Didier Tronchet dit y avoir atterri, et il ne parle pas du paradis ! On veut bien le croire, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’à de telles hauteurs il doit être aisé de perdre pied. Il nous avertit d’ailleurs dès la première page de son récit : attention, lecteur, il y aura un invité surprise, le diable !

Alors, l’un dans l’autre, forcément on s’interroge : où veut-il donc nous emmener ? On le connaît bien, à XXI, Didier. Il a déjà commis deux récits : l’un sur Quito, en Équateur, l’autre sur l’Amazonie. Chaque fois, il a su nous emporter et nous surprendre. Légèrement empoté – il aime bien se caricaturer –, grand naïf – ce n’est pas pas inexact –, attentif – profondément –, il nous a présenté son petit monde : Anne sa compagne et Antoine son fils. Ils sont sa boussole : avec elle l’aventure, avec lui la part d’enfance. Entretien avec Curtis Roosevelt : Quand il ouvre le portail de sa charmante maison à une demi-heure d’Avignon, Curtis Roosevelt porte encore à la main son panier à provisions. Cela fait quinze ans qu’il vit en toute discrétion dans une petite commune du Gard. Dans le village, c’est plutôt sa femme Marina qu’on sollicite régulièrement. "Elle est conseillère municipale et c’est la seule Roosevelt qui conserve un mandat électif", souffle dans un sourire le petit-fils de Franklin Delano Roosevelt, le président américain qui conduisit son pays de l’après-crise de 1929 à l’après-Seconde Guerre mondiale.

Curtis Roosevelt porte le prénom de son père et le nom de son grand-père. Le premier lui a permis d’exister, le second l’a élevé. Né en 1930 à New York, un an après le krach financier d’octobre 1929 et en pleine Grande Dépression, le petit-fils des deux monstres sacrés que sont Franklin et Eleanor Roosevelt a mis une vie à trouver sa place dans l’histoire familiale. Avec sa sœur et sa mère, il vécut douze ans à la Maison Blanche en compagnie d’un grand-père placé au premier rang des grandes crises du XXe siècle. Cette enfance au cœur du pouvoir a fait de lui un témoin rare.

Aujourd’hui, à 83 ans, il assume une profession singulière qu’il a su inventer : historien de la famille Roosevelt. Commentateur politique passionné, ardent défenseur de l’héritage de ses grands-parents, cet homme en colère contre le gouvernement Obama n’hésite pas à fustiger les "banksters" de Wall Street, ceux-là mêmes que son grand-père désignait comme "les vieux ennemis de la paix". Devenu "rebelle sur le tard", Curtis Roosevelt, paisible retraité, a du mal à supporter " la guerre sociale" qui divise son pays entre les 1 % et les autres. Le soir venu, entre deux bouffées de Gitane maïs, il révèle son visage d’indigné à l’anglais châtié. Enquête sur Wang Keqin : En Chine, il n’est pas interdit de discuter de la pluie et du beau temps. À condition de suivre la ligne. Spécialiste des affaires de corruption et des abus de pouvoir, le plus célèbre des journalistes d’investigation chinois en a fait les frais : Wang Keqin est au chômage depuis bientôt un an.

Son tort ? Avoir enquêté sur les pluies diluviennes qui s’étaient abattues sur Pékin à l’été 2012. À l’époque, la ligne était claire : selon la version officielle, le déluge avait fait soixante-dix-sept morts. Responsable d’une petite équipe de journalistes enquêteurs pour l’hebdomadaire The Economic Observer, Wang Keqin démontra que ce bilan était minoré.

L’affaire, anecdotique, suffit à susciter la colère des autorités. En sous-main, elles commencent à faire pression sur l’équipe de l’hebdomadaire. Pendant plusieurs semaines, les parties tentent de négocier. Après huit mois de résistance, Wang Keqin n’a plus le choix. L’équipe d’enquêteurs qu’il dirige est dissoute. Il démissionne en mars 2013.

En Chine, aucun média ne signale le départ forcé du journaliste. Mais la nouvelle se faufile sur Weibo, le Twitter chinois aux cinq cents millions d’utilisateurs, où elle déclenche une avalanche de commentaires. Pendant une journée, l’affaire Wang Keqin est une des plus commentées du site. Le journaliste laisse passer la vague avant de confirmer l’information sur son compte, suivi par quatre cent mille personnes : "Hier, j’ai déménagé mes affaires du bureau de l’Economic Observer."

En annexe de son mot, il joint les photos des dizaines de piles de documents qu’il a emportés avec lui. Dans ces paquets, des centaines de requêtes de Chinois spoliés par des officiels corrompus : " Voilà les pétitions que j’ai reçues de tout le pays pendant dix ans. Il y en a plus de deux tonnes. Ce qui est empilé ici, c’est de la souffrance, du sang et des larmes. Pour certains, ces documents ne sont peut-être que des déchets, mais j’y ai toujours vu un trésor. Je peux me séparer de mes meubles, mais je ne peux pas me défaire de la confiance que me font les gens." Maria, qui n'a plus peur de la mort : Les fleurs tombent en cascade le long de la façade en bois pelé. Sous un bouquet de boutons orangés, des corolles rouges prises d’assaut par des lianes jaunies s’emmêlent dans des pieds de lierre et de fougères. L’ensemble déborde sur le grillage qui ferme la maison, une cahute de planches défraîchies surplombée par un toit de tôle dont émergent deux majestueux palmiers.

Maria Brigida se lève à l’aube pour arroser ses plantes. "Il faut leur donner du temps, leur parler, les caresser. C’est important, le jardin, c’est ce qui donne de la fraîcheur à la maison." Ses soixante-cinq ans voûtés sur un petit arrosoir en ferraille, les cheveux grisonnants ramassés en deux longues tresses qui lui frôlent les reins, elle irrigue la terre séchée par l’été tropical en fredonnant des airs populaires. Des chansons mélancoliques, dans lesquelles il est question d’amours contrariées et de fils morts au combat.

Sa maison se trouve au cœur de San Josecito, un hameau d’une trentaine d’habitations de bois et de tôle agencées autour de chemins de terre mal pavés dans le Nord-Ouest colombien, au milieu d’une zone de guerre. En amont de la vallée, postés tous les trois cents mètres le long du chemin cahoteux menant au village, des soldats à peine sortis de l’adolescence arborent des cartouchières portées en double bandoulière.

Depuis vingt ans, la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), l’armée et les paramilitaires se disputent cette zone verdoyante coincée entre la mer des Caraïbes et la cordillère des Andes, concentré de ressources naturelles et porte d’entrée vers l’Amérique centrale. Entre ces forces adverses, les paysans sont sommés de choisir leur camp. "Ça commence toujours par de petits détails. Une brigade passe et demande de l’eau. Si vous refusez, elle vous tue. Si vous acceptez, leurs adversaires vous accusent de collaborer et vous tuent."

C’est pour briser cet étau que Maria a fondé, avec d’autres, la communauté de paix de San José de Apartadó. Issam et le cheval de Ben Laden : Nous venions souvent ici, avec Oussama." Issam al-Tourabi balaie le champ de courses du regard. Au loin se détachent les bâtiments couleur pastel de Khartoum. Dans la tribune réservée aux personnalités, des hôtesses trop maquillées lui offrent des cacahouètes et des bouteilles d’eau. On le hèle sans arrêt : "Tourabi ! Salam aleikum." Issam est à son aise, gorgé de mains serrées.

À 48 ans, il compte encore sur son nom de famille pour exister, briller si possible. Son père, Hassan al-Tourabi, un islamiste célèbre dans le monde musulman, a accueilli au Soudan dans les années 1990 un "investisseur" nommé Oussama Ben Laden. L’exilé saoudien et le fils de l’islamiste alors au pouvoir partageaient un goût immodéré pour les pur-sang arabes : "Tous les vendredis, nous allions prier, nous déjeunions chez lui et nous filions au champ de courses."

En cet écrasant jour de juillet, le derby va départager les chevaux "stars", les meilleurs coureurs de l’année. Issam connaît la biographie de chacun. Assis comme les autres VIP sur un fauteuil en cuir qui brûle les cuisses, élégant dans ses habits de fête, djellaba, turban et kit mains libres, il ne transpire pas. Un garde du corps veille à ce que rien ne le perturbe. Le fils de Hassan al-Tourabi écrit des textos de sa main gauche, sa main droite flatte celle d’un autre – l’exercice de toute une vie. On le salue plus par respect pour son père que par sympathie. Avec sa silhouette longue et sèche, ses petits yeux incisifs, ses pommettes hautes et son rire mouillé, Issam ne peut renier sa filiation.

Sous ses yeux, dans les gradins à peine ombragés, plusieurs milliers de personnes se pressent dans une atmosphère de kermesse. On s’agite, on se bouscule, et les djellabas blanches, immaculées, forment une nuée de gentils fantômes qui chahutent au soleil. En arrière-plan, un avion feint d’atterrir sur le champ de courses : à Khartoum, un urbaniste taquin a placé l’aéroport en plein cœur de la ville, si bien que sur les grandes artères les automobilistes baissent la tête chaque fois qu’un grondement sourd annonce un atterrissage. Sans les hommes : La saison des pluies a tout juste commencé. Du sol rouge monte une odeur moite et le feuillage des arbres alignés dans la rue reverdit. Sanata me fait asseoir sur la chaise en fer brûlante qui jouxte son fauteuil. Je n’avais pas vu mon amie depuis quatre ans, j’avais hâte de la retrouver.

Avec le coup d’État à Bamako puis la guerre dans le nord du Mali, son activité de teinturière s’est quasiment éteinte pendant des mois. Aujourd’hui, les chaudrons fument et les femmes trempent des tissus blancs dans de larges bassines. Des reins courbés sur les cuves bouillonnantes, des corps qui se redressent et déploient entre les arbres de longs rectangles violets, turquoise et orange vif. La fumée pique les yeux.

Dans cette rue de Bamako vit et travaille en famille une équipe de teinturières composée de trois coépouses, leur parentèle, les ouvrières et les petites bonnes. Majestueuse en boubou chamarré, Sanata donne ses consignes de la voix et du geste. Une jeune fille au t-shirt souillé et aux avant-bras gantés de caoutchouc dépose un seau à ses pieds, des bulles noirâtres éclatent à la surface.

Sanata trempe un doigt, le pose sur sa langue, hésite, le trempe à nouveau : "Trop de jaune, ajoute un peu de soude." C’est au goût que mon amie teste les couleurs, chimiques et toxiques. Elle tourne son corps imposant, coincé dans le fauteuil en fils plastique à moitié défoncé : "C’est le carême, on a plein de commandes. Les mois passés rien du tout." Battre monnaie : Chaque fois que je l’ai rencontré, Pascal Bolo portait sur le dos un petit sac bien rempli, tel un collégien. Cet ancien inspecteur des Impôts aux cheveux blonds, à la mine ronde et joviale, est depuis 2008 en charge de l’économie à la mairie de Nantes. En charge aussi d’un projet qu’il porte avec constance et détermination : lancer dans la sixième ville de France une monnaie locale, la sonantes (SoNantes).

La gestation des monnaies étant aussi incertaine et délicate que celle des humains, rien ne dit que le projet verra le jour. Pascal Bolo et son équipe y travaillent depuis plus de trois ans. Après avoir gambergé, voyagé, étudié, consulté et réécrit leur copie, ils ont invité quelques dizaines de Nantais à modeler avec eux la future monnaie.

Artisans, banquiers, universitaires, chefs d’entreprises, commerçants, syndicalistes, responsables associatifs ou simples citoyens, ces volontaires ont participé pendant huit mois à des ateliers. Aucun n’avait imaginé contribuer un jour à la naissance d’une monnaie, encore moins d’une monnaie… qui ne rendrait pas riche ! Et si les dollars coulaient comme de l'eau : Le dentiste canadien qui pourrait bien être responsable de la toute première pyramide financière liée au réchauffement de la planète s’appelle Otto Spork. Quand j’ai entendu parler de lui pour la première fois, il venait d’obtenir les droits sur l’eau d’un glacier islandais, au nord de Reykjavík.

Otto Spork avait quitté son cabinet dentaire pour diriger le fonds spéculatif le plus prospère du Canada. Sextant Capital Management affichait un retour sur investissement de 730 %. Le discours de l’ancien dentiste reconverti en financier était efficace : le monde se réchauffait, l’eau était un marché.

Des centaines de Canadiens et d’étrangers avaient investi dans le fonds. Otto Spork a gagné des millions de dollars en frais de gestion. Mais le 8 décembre 2008, la belle mécanique s’est enrayée : la commission boursière de l’Ontario (Commission des valeurs mobilières de l’Ontario) l’a accusé de fraude massive. Un pari sous les toits : En étendant ses bras d’est en ouest dans un quartier populaire du 10e arrondissement de Paris, la rue de Chabrol s’inspire de la course du soleil. Interdite à la circulation dans un sens, puis dans l’autre, elle est suspendue entre deux gares, deux mondes, deux époques aussi.

Au n° 51, en 1899, c’était Fort Chabrol. Dans les derniers jours du procès d’Alfred Dreyfus, le président de la Ligue antisémite, menacé d’arrestation, se retranche avec onze affidés dans ce qui est alors l’immeuble du Grand Occident de France. Assiégés par la police pendant trente-huit jours, les insurgés sont ravitaillés par des paquets jetés des toits environnants et de l’omnibus hippomobile qui circule dans la rue. Fort Chabrol est aujourd’hui un supermarché qui ravitaille le quartier entre 8 heures et 22h30.

La police a élu domicile au n° 45, dans un commissariat suranné : au premier étage, cinq fenêtres grillagées et un drapeau tricolore qu’aucun vent ne trouble. Au n° 43, une laverie propose en libre-service ses « nouvelles machines super essorantes ». Au n° 41, une école primaire attend toujours d’être baptisée. Au n° 39, un bazar expose en vitrine des masques mous de Michael Jackson, des casquettes jaunes gonflables et des cravates aux paillettes multicolores. En face, d’élégantes Africaines palabrent chez Cristal Hair Coiffure. Sur le même trottoir, la rivale American Beauty : "Mèches et beauté, sans rendez-vous".

Derrière la façade du n° 47 de la rue de Chabrol, une société de gardiennage quitte ses locaux. La propriétaire récupère son bien : deux appartements de 190 mètres carrés avec, au fond de la cour, un droit à construire pour un immeuble de quatre étages. Les lieux pourraient être vendus au prix fort, mais Françoise Lorenzetti a un autre projet. Elle voit vivre ensemble, chacune chez soi, des personnes de différentes générations.
Dans un premier temps, les deux appartements sont aménagés pour des colocataires : autour d’une grande cuisine et d’un vaste salon, cinq chambres indépendantes avec des salles de bains privatives. Françoise Lorenzetti passe alors à la seconde phase du projet et lance la construction d’un immeuble au fond de la cour : elle proposera des deux-pièces à des étudiants, des retraités, des jeunes travailleurs, des mères de famille isolées et à ceux qui ont connu les hôtels insalubres ou la rue. Un pari sous les toits : L’idée paraît folle. Faire vivre ensemble des cabossés de la vie, de tous les âges, dans des appartements rénovés avec soin. Et sans un euro de subvention ! C’est le rêve d’une femme, Françoise. Grâce à elle, le 47 de la rue de Chabrol à Paris est une utopie devenue réalité. Dans l’immeuble, la vie s’organise. Et si les dollars coulaient comme de l'eau... : Un ancien dentiste canadien a voulu transformer les glaciers islandais en fontaines à dollars. Son pari ? La planète se réchauffe et l’eau va devenir
une ressource rare. Des centaines d’investisseurs sont rentrés dans son
fonds spéculatif. Mais la frontière est étroite entre le visionnaire et l’escroc. Battre monnaie : Créer une monnaie locale n’est pas un rêve d’économiste en chambre. Après plusieurs métropoles européennes, la ville de Nantes se prépare à l’aventure.
Sur les bords de la Loire, des banquiers, des chefs d’entreprises, des particuliers et des commerçants se confrontent au défi. Pas si simple… Enfants de coeur : Parrains ou marraines d’adoption, ils sont des centaines en France à ouvrir leurs portes à des enfants ou des adolescents très loin de leur monde. Ils s’engagent à les soutenir, sans se prendre pour leurs parents. Sans les hommes : Elles sont trois à faire vivre une maisonnée de trente personnes à Bamako. Teinturières et artistes, elles sont coépouses. Leur commerce inventif anime
du matin au soir une petite rue de la capitale malienne. Elles n’ont même plus le temps d’être jalouses. Issam et le cheval de Ben Laden : Fils d’un célèbre islamiste, Issam a passé ses étés d’étudiant à Londres. À Khartoum, il a longtemps partagé sa passion du cheval avec son ami Ben Laden. Il dresse un portrait singulier de celui qui fut le terroriste le plus recherché au monde. Maria, qui n'a plus peur de la mort : Sa vie de paysanne est une suite de batailles qu’elle raconte entre deux éclats de rire. À 65 ans, Maria « la turbulente » a bâti un îlot de paix au coeur de la Colombie. La communauté de San José enseigne le respect des hommes et de la nature. Ils sont plus d’un millier à refuser l’enrôlement dans les factions en armes. "Le baiser de Poutine" : Jeune provinciale russe née après la disparition de l’Union soviétique, Masha Drokova se découvre un idéal en rejoignant à 16 ans les Nachi, un mouvement de jeunesse au service de Vladimir Poutine. Son ascension est fulgurante. À l’occasion d’un camp d’été, elle a la chance de faire une bise au maître du Kremlin. Masha rayonne. Mais les années passent et la jeune femme découvre peu à peu l’envers du décor. D’espoirs déçus en humiliations répétées, ses idéaux se fissurent. Le pouvoir russe apparaît dans sa réalité crue. XXI a eu un coup de coeur pour The Putin’s Kiss, un documentaire
danois présenté au festival Sundance en 2012, où il a remporté le Prix de
la meilleure photographie. Enquête sur Wang Keqin : Les rouages du système chinois n’ont pour lui aucun mystère. Ancien fonctionnaire de la propagande, le journaliste s’est libéré de l’État-Parti. Pour se faire spécialiste des affaires de corruption et des abus de pouvoir. Entretien avec Curtis Roosevelt : Petit-fils de Franklin Delano Roosevelt, il a vécu douze ans à la Maison Blanche. En compagnie d’un grand-père qui, élu quatre fois à la présidence, partit en guerre contre les excès de la finance, imposa le « New Deal » et batailla contre l’Allemagne nazie. Bolivie, le lac de sel : Le Salar d’Uyuni est le plus grand lac salé du monde. Parfaitement plat, vaste comme deux départements français et perché à 3 650 mètres d’altitude, il pourrait n’être qu’une attraction touristique. Mais il recèle dans ses profondeurs les deux tiers du lithium mondial, un composant essentiel à l’électronique. L'île des sept familles : C’est une île anglaise, au milieu de l’Atlantique, à 2 000 kilomètres de la terre habitée la plus proche, où vivent seulement 262 habitants. Clarence Boulay a vécu huit mois sur ce confetti, accessible seulement par la mer, au milieu des sept familles de Tristan da Cunha.

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