#25 Hiver 2014

Au sommaire

L'ARGENT FOU, L'ARGENT CRÉATEUR

L'argent est partout, mais il est un outil qui n'a de valeur que pour ce que nous faisons.

Frédéric Laffont s'est installé au 47 de la rue de Chabrol à Paris, où il a vu une utopie devenir réalité, sans un euro de subvention.

Funk McKenzie est parti sur les traces d'un dentiste canadien, qui a voulu faire de l'eau des glaciers une fontaine à dollars.

Catherine Bernard a enquêté à Nantes sur l'aventure des monnaies locales.

Édito

Un pari sous les toits : Maria qui n'a plus peur de la mort : Issam et le cheval de Ben Laden : L'ile des sept familles : La première fois, Wayne s’est invité sans prévenir. Il a frappé à la porte, s’est assis et est resté immobile à me dévisager, sans prononcer un mot. Une demi-heure plus tard, un peu gênée, je lui ai offert un thé. Il l’a englouti d’un trait et s’est enfui comme un courant d’air.

J’ai connu Wayne en 2011. J’occupais depuis plusieurs semaines une maisonnette à Tristan da Cunha, une île volcanique de 262 habitants, tous britanniques, perdue au milieu de l’Atlantique Sud, à 2 000 kilomètres de l’île de Sainte-Hélène, la plus proche terre habitée. Wayne avait 23 ans. Il était venu voir la première « french lady » débarquée en plus de quinze ans.

On les a vus arriver juste après le n° 1 de XXI. Timides et impressionnés ou au contraire volubiles et directs, mais toujours résolus. Barbe de trois jours et sac sur le dos, jupe noire et cabas en bandoulière. On les reconnaît dès l’accueil à leur regard furtif et fiévreux. Depuis six ans, ils ne cessent d’envoyer des mails ou des lettres, de venir avec leurs photos ou leurs projets, d’appeler une fois, de rappeler trois fois, de relancer inlassablement jusqu’au « non » définitif ou au feu vert qui leur ouvre les pages de XXI ou de 6Mois.

Ils sont notre plus belle rencontre.

Qui ? Les auteurs de la génération Y. Ces jeunes journalistes nés dans les années 1990 qui ont grandi avec le numérique, Internet et les jeux vidéo et que les Américains appellent les « digital natives ». Les sociologues du monde entier ne cessent de disserter sur ces enfants du XXIe siècle, à la fois célébrés par les publicitaires et repoussés massivement hors du marché du travail en
Occident et au Japon. Immatures, soucieux de leur bien-être, rétifs aux ordres, connectés en permanence… Les clichés ne manquent pas. À l’expérience, aucun ne leur ressemble. Énergie, courage, humilité, envie sont les mots qui leur correspondent davantage.

Ils ont choisi le métier de reporter de presse en pleine crise du secteur, après avoir lu un livre à 15 ans, entendu un journaliste dans une conférence, suivi le retour de captivité d’une journaliste otage (enquête auprès d’un échantillon non représentatif dans les bureaux de XXI et 6Mois) ou tout simplement par passion. Elle est méritoire. Depuis vingt-cinq ans, le site canadien Career Cast publie un classement de 200 métiers, à partir des offres d’emplois en Amérique du Nord. Dans les premières années, le journaliste de presse écrite faisait partie des cinq métiers de rêve. Il est désormais classé bon dernier et « pire métier du monde », juste derrière bûcheron, soldat en Irak ou ouvrier sur les plateformes pétrolières. Les métiers de la finance, de l’informatique ou de l’industrie pharmaceutique, eux, caracolent en tête du palmarès.

Personne ne les attend. Ils savent que la porte est étroite, qu’ils risquent de connaître une course d’obstacles et une vie professionnelle précaire. Pourtant, ils sont là, les auteurs de demain. À la rédaction, six journalistes permanents ont entre 22 et 30 ans. Dans les pages de la revue, ils sont évidemment plus nombreux encore – presque un tiers des contributeurs. Trois d’entre eux ont été primés ce trimestre. Leur parcours incarne ce journalisme qui vient.

À tout seigneur tout honneur, le prix France Info-XXI est revenu cette année à Baptiste de Cazenove, 26 ans, pour son récit « Les Oubliés du Sinaï ». Baptiste a fait ses armes au Caire, sur fond de révolution, puis à Beyrouth.

Le prix enquête 2013 des Assises du journalisme, à Metz, a distingué « Les Risques du métier », un article de Marion Quillard publié sur le site de 6Mois. À 26 ans, Marion a rejoint la rédaction il y a deux ans. Elle signe dans ce numéro « Issam et le cheval de Ben Laden ».

Enfin, Florentin Cassonnet, 24 ans, a reçu le prix Bayeux des correspondants de guerre dans la catégorie « Jeune reporter » pour « Treize Anglais sur le chemin de Damas », publié cet été dans XXI. Emmanuelle Anizon de Télérama a raconté son histoire : « Il a économisé 1 500 euros en faisant des déménagements l’été 2012, avant de partir à l’aventure. Son sujet sur un camp de réfugiés lui a été acheté… 120 euros par le site Rue89. Une claque. » Pour ce deuxième reportage, Florentin a envoyé le texte à plusieurs journaux. « Si XXI n’avait pas accepté, j’aurais probablement laissé tomber le journalisme. J’avais la sensation de ne pas pouvoir faire beaucoup mieux, et s’il n’y avait pas de place pour ça, il n’y en aurait pour rien d’autre. »

L’audace et l’intransigeance sont la marque de fabrique de ces nouveaux journalistes. Ils se moquent des prophètes de malheur. Ils savent que l’avenir n’est pas écrit. Comment leur donner tort ? Parfois, les chemins les moins fréquentés sont les plus beaux.

Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

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