#26 Printemps 2014

Au sommaire

Un journal est un organisme vivant. Ce n’est jamais tout à fait le même ni tout à fait un autre. Aussi XXI évolue-t-il à chaque numéro. Les auteurs, les illustrateurs changent. Derrière les chiffres de ventes, et leur trompeuse (et bienheureuse) régularité, les lecteurs eux aussi vont et viennent. Comment faire le tri entre les fidèles, les picoreurs et les futurs aficionados ? Ce mouvement tient en éveil et c’est heureux.

Évidemment, XXI repose sur des valeurs solides – aller voir, prendre le temps, se décaler, raconter au plus juste – et quelques principes fixes : le dossier avec son triptyque, les six grands reportages, l’« Enquête sur », le documentaire en images, le portfolio, l’entretien en profondeur, la BD reportage, le témoignage « Vécu ». Ces rendez-vous sont immuables, même si chaque auteur le colore à sa manière, toujours singulière. La place donnée à l’illustration fait aussi partie de notre marque de fabrique.

Mais à l’intérieur de ce cadre, que de changements ! Pour les plus fidèles d’entre vous, il suffit de prendre d’anciens numéros et de les comparer les uns aux autres pour saisir la mesure des modifications apportées au fil des numéros. Des rubriques ont disparu, d’autres ont fait une courte apparition, d’autres encore se sont installées durablement.

La mise en page a évolué, en toute discrétion et presque à chaque numéro, sous la houlette de nos directeurs artistiques, Quintin Leeds et Sara Deux. À la demande de nombreux lecteurs, les rubriques « Pour aller plus loin » ont été largement enrichies, notamment en ajoutant des cartes et des infographies lorsque c’est nécessaire. Dès ce numéro, nous installons
d’ailleurs une double page « Pour aller plus loin » après le portfolio qui en était démuni depuis le numéro 1.

Depuis un an, « XXI audio » s’installe, avec plusieurs milliers de téléchargements des trois lectures par de jeunes comédiens, créant ainsi une bibliothèque sonore d’un genre nouveau. Le trimestre dernier, le sommaire et la double page finale de présentation des auteurs ont été modifiés et vos retours ont été extrêmement positifs.

Ce trimestre, nous avons porté nos efforts sur la première partie de XXI. Le corps typographique du courrier des lecteurs a été réduit afin de le faire tenir sur une page. En vis-à-vis, nous avions envie d’installer deux nouvelles rubriques, qui nous tiennent à coeur.

« Prolongations » reviendra sur un récit publié dans XXI. Que sont-ils devenus ? est une question que nous nous posons souvent. La vie ne s’arrête pas à la publication. Certaines histoires connaissent des rebondissements heureux ou malheureux, que nous aimerions partager avec vous.

La seconde rubrique, « Droit de suite », apportera un point de vue sur l’un des reportages du numéro précédent de XXI : un éclairage complémentaire, un regard critique ou une réfutation. Cet espace est évidemment ouvert à celles et ceux d’entre vous qui pourraient avoir envie de réagir à un reportage sur un sujet qu’ils connaissent bien.

Vous découvrirez aussi dans ce numéro la nouvelle présentation des pages d’actualités. Pas de révolution, mais une volonté de faciliter la lecture et de rompre avec une austérité qui n’était pas de mise, en installant des accroches en tête d’articles, des intertitres, et en donnant des longueurs différentes à chaque module.

Nous tenons beaucoup à ces pages, qui permettent de rendre compte des basculements, des changements sociaux et des rapports de forces économiques et technologiques qui se racontent difficilement sous la forme d’un reportage, mais qui façonnent aussi notre XXIe siècle.

Réfléchir, inventer, explorer est la mission d’une équipe de rédaction. En juger est le privilège des lecteurs. C’est toujours en frémissant que nous attendons votre verdict.

Bonne lecture !
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Édito

La Bande à Nat' : La vigne dans le sang : Belle de guerre : Belle de guerre, itinéraire d'une criminelle : Prison de Bijeljina. Les vitres brisées grimacent au soleil. Des barbelés surmontent le bâtiment de briques, comme abandonné aux rats. "Oui, c’est bien là, la prison", confirme un homme titubant au milieu de la route. Derrière le mur, un bloc équipé d’escaliers extérieurs. De petites fenêtres, un rideau qui bouge. Peut-être Monika, qui guette. Monika Karan Ilic a été condamnée pour crimes de guerre en Bosnie.

Elle n’avait que 16 ans quand la guerre éclata à Br?ko, sa ville natale. Elle avait l’air d’une jeune fille. Elle vola et tortura Musulmans et Croates, ouvrit le ventre d’une femme enceinte avec une bouteille brisée, jeta son fœtus dans la rivière, brûla une autre avec une cigarette, et encouragea les hommes à tuer. Élevée dans une famille sans morale, Monika s’éprit du chef du camp de concentration de Luka, ouvert dans une briqueterie désaffectée sur le bord de la rivière Save, à quelques centaines de mètres de la ligne de front. C’est avec lui qu’elle commit ces crimes.

C’était au printemps 1992, hier à l’heure de la Bosnie. La guerre est éteinte, mais Monika reste dans les journaux locaux la "Lolita sanguinaire", la "petite jeune fille monstre", "la monstre de Br?ko". "Est-elle née comme ça ? A-t-elle appris ? Était-elle inconsciente ?", s’interroge un ancien prisonnier du camp de Luka. Sous les titres accrocheurs, une photo en noir et blanc : une belle adolescente, cheveux courts, regard provocateur, vêtue d’une chemise de bûcheron boutonnée au cou, à la garçonne. La bande à Nat' : Au téléphone, on s’était montré plutôt abrupt : "Il faut être parfaitement autonome en ski-alpinisme, au point sur la nivologie et la sécurité sur glacier, avoir son propre matériel : skis, pelle, sonde, casque, harnais, un mousqueton à vis, un mousqueton simple, une sangle de 120 cm. Et des crampons. En acier évidemment." Évidemment !

En vérifiant fiévreusement dans ma cave si ma paire de crampons était bien en acier, je m’étais dit que si on avait voulu me décourager, on ne s’y serait pas pris autrement. Peut-être était-ce le but ? On m’avait aussi averti que "Nathanaël a été très sollicité ces dernières années", que "c’est assez difficile pour lui de revenir sur son passé, raconter son histoire, ses drames". Le message était clair : Nathanaël a tourné la page, il ne veut plus qu’on s’apitoie sur son sort.

Finalement, on m’a dit "d’accord". Je pouvais rejoindre Nathanaël et sa bande pour une randonnée à ski de cinq jours en Suisse. Mais à une condition : me faire tout petit, ne pas être un poids mort, ne pas l’importuner avec des questions trop… Trop quoi, d’ailleurs ? En bouclant mon sac, je n’arrivais toujours pas à savoir. Tiraillé entre l’excitation et la trouille – c’est bien joli de vouloir aller interviewer des alpinistes dans leur milieu naturel –, je craignais le ridicule. Cette colline qui ne m'a pas quittée : Je suis venue dans cette ville participer à une action de prévention du sida auprès des communautés africaines. Mes collègues locaux interviennent régulièrement dans les commerces dits "identitaires" depuis quelques années. Vers dix-neuf heures, nous nous rendons dans le restaurant camerounais où se déroule l’action. Je suis en confiance. Ce n’est pas la première fois que l’association y intervient. Le propriétaire est très accueillant.

Les premiers clients arrivent. La serveuse prend son temps. Elle est nigériane, comme les trois filles qui jouent avec son fils, sur le trottoir. Elles l’appellent "God’s Peace", "la paix de Dieu", encore un petit qui a été baptisé dans une église évangélique. Le patron, qui me dit avoir longtemps vécu aux États-Unis, leur parle dans un anglais mêlé de pidgin que je comprends mal. Entretien avec Amin Maalouf : La porte de l’appartement parisien, dans un grand immeuble cossu à l’écart d’une avenue bruyante, s’ouvre sur un long couloir où trône une immense bibliothèque. Des tapis colorés réchauffent un vaste salon orné de moulures au plafond et de lampes en cuivre disposées aux quatre coins. Des peintures de guerriers orientaux se font face des deux côtés de la cheminée. Amin Maalouf, accueillant, s’en va en cuisine et revient avec des boissons chaudes et une bonbonnière pleine de nougats chinois craquants.

Lorsqu’il s’exprime, l’académicien franco-libanais fait souvent silence, les yeux au ciel, cherchant ses mots pour être au plus précis. Sa mémoire des dates est impressionnante. D’une courtoisie confondante, il s’exprime sans jamais s’épancher.

Amin Maalouf est né le 25 février 1949 à Beyrouth au Liban. Son père, de confession melkite, une église catholique orientale, a grandi dans un milieu protestant ; sa mère est catholique maronite. Élevé en arabe, il parle anglais à la maison et effectue sa scolarité à l’école française des jésuites. Diplômé en sciences économiques et en sociologie de l’École supérieure des lettres de Beyrouth, Amin Maalouf devient journaliste à 22 ans, comme son père. Cinq ans plus tard, il quitte son pays déchiré par la guerre. À Paris, il devient rédacteur en chef de l’hebdomadaire Jeune Afrique et délaisse l’arabe pour le français, sa "langue secrète", celle de ses écrits intimes.

C’est pendant la rédaction de son roman Léon l’Africain qu’il décide de se consacrer totalement à l’écriture. De romans en essais, le lauréat du Goncourt 1993 tend des ponts entre les deux rives de la Méditerranée. Ses histoires sont universelles. Sans jamais entretenir les illusions ni altérer le passé, son œuvre plonge vers l’autre. Enquête sur Pistorius : Saint-Valentin 2013. Sur la toile de trois mètres de haut, accrochée à un échafaudage en acier dans la principale artère de Johannesburg, Jan Smuts Avenue, le visage d’Oscar Pistorius est sévère et digne, son torse impressionnant jaillit d’un costume sur mesure. "En février, c’est toutes les nuits la nuit des Oscar", dit le slogan de la chaîne sud-africaine M-Net, en pleine promotion des prochains Academy Awards.

Ce matin-là, la radio a annoncé une nouvelle stupéfiante : "Le champion des Jeux paralympiques Oscar Pistorius a tué par balle sa compagne qu’il avait prise pour un cambrioleur." Et tout va très vite. Deux ouvriers ont déjà grimpé en haut du panneau d’affichage géant pour décrocher l’effigie du champion sud-africain. Aussitôt la nouvelle connue, les campagnes de publicité sont annulées dans le monde entier. Le slogan de Pistorius – "Je suis la balle dans le chargeur" – disparaît à la vitesse de l’éclair des dizaines de milliers de sites web.

Tout aussi massivement, les Sud-Africains délaissent le rituel de la Saint-Valentin pour suivre en direct le déroulement de l’affaire. Les réactualisations constantes des réseaux les tiennent en haleine : Oscar Pistorius est placé en garde à vue, il est interrogé par la police, il va passer la nuit en prison.

Stupéfaits, ils découvrent que leur champion vient d’assassiner sa petite amie, le mannequin de 29 ans Reeva Steenkamp, dans sa maison de Pretoria. Vers trois heures du matin, Oscar Pistorius a tiré quatre fois avec son 9 mm à travers la porte fermée d’un cabinet de toilette, prétendant qu’il avait affaire à un individu entré par effraction. Trois balles ont atteint Reeva, morte peu après.

Au commissariat, le lendemain, il pleure sur le banc des accusés en prenant conscience de la gravité de son geste. Accusé de meurtre avec préméditation, il se cache le visage dans les mains. Si proche, le temps du triomphe est déjà loin : Oscar Pistorius franchissant sur ses prothèses en carbone la ligne d’arrivée du 400 mètres aux Jeux paralympiques de Londres, les bras déployés comme les ailes d’un aigle, le plus rapide des coureurs sans jambes. Les morts vivants : On aurait pu se croire à l’Institut Jefferson de Los Angeles avec les personnages de la série américaine Bones, spécialistes de l’identification des corps. Sauf qu’on est à Verdun, et avec beaucoup moins de moyens.

Ici, pas d’hologramme, pas de reconstitution faciale ni de laser balistique et encore moins de test ADN. Trop cher. Trouver l’ADN d’un os, c’est possible, mais encore faudrait-il pouvoir le comparer à quelque chose de vivant, comme un membre présumé de la famille. Lorsque le corps n’est pas identifié, comment faire ? Alors on travaille avec les moyens du bord, l’observation et l’empirisme.

Dans les grandes salles désaffectées du site Désandrouins de l’hôpital Saint-Nicolas, d’immenses tables recouvertes de tissu vert hôpital sont constellées de milliers d’ossements terreux disposés en vrac. Parmi eux, le squelette dispersé de Jean Peyrelongue, né le 23 avril 1881, simple soldat du 49e régiment d’infanterie, déclaré mort en mai 1916 et porté disparu en juillet 1920.

Avec lui, Jules Letellier, Jean Caillou, Albert Le Bœuf, Charles-Louis Desplanques,"un gars du Nord", Albert Hennequin, André Giansily, originaire de Haute-Corse, et dix-huit autres inconnus qui, près de cent ans après leur volatilisation, viennent de ressortir de terre. Tous font partie de ces centaines de milliers de soldats de la Grande Guerre qui ne sont jamais rentrés chez eux, et que les familles continuent de rechercher.

Jean Peyrelongue aurait aujourd’hui 132 ans. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Briscous, son village natal dans les Pyrénées-Atlantiques. Famille de cultivateurs, les Peyrelongue ont toujours habité le Pays Basque. C’est là que Jean a épousé Célestine, quelques semaines avant de partir pour le front avec ses deux frères, Michel et Sauveur. La "guerre de 14" venait de commencer. La vigne dans le sang : Dans le jardin de chênes et d’herbe rase, enroulé sur une chaise longue, un chartreux sommeille ; un merle vient chaparder ses croquettes. Fébrile, Marie-Hélène frissonne sur la terrasse d’une maison assez vaste pour y loger une escouade. "Quand je parle de Marie-Lys, j’en ai la chair de poule…" Marie-Hélène Machado est une jeune sexagénaire coquette et vive aux yeux pétillants comme du champagne. Elle tremble presque en évoquant Marie-Lys Bibeyran qui, adolescente, venait faire des stages à sa boulangerie de Listrac, dont ses parents et son frère Denis étaient clients.

Listrac ? Un village de deux mille cinq cents habitants, encerclé de six cents hectares de vignes, posté dans ce Médoc de grappes couvert, où pullulent grands et petits crus, saint-estèphe, pauillac, margaux, moulis… Et d’orgueilleux châteaux de vieilles dynasties passées sous le contrôle des Rothschild, des Pinault, des Bouygues…

"Elle est courageuse, Marie-Lys, le milieu viticole est contre elle, même les salariés. Ils vont dans le sens du patron. Son père s’est même fait “jeter” du château voisin à cause du combat de sa fille." Quand ils ont fait construire leur grande villa il y a trente ans dans la campagne, Marie-Hélène et son mari ébéniste étaient hors de portée des vignes. Aujourd’hui celles-ci stationnent de l’autre côté de la rue. "Je ne suis jamais prévenue des pulvérisations. À 13 heures, le tracteur arrive et on rentre le linge, tout, on ferme les fenêtres : c’est du soufre, disent-ils… Tu parles… !"

Les jeunes pêchers, que Marie-Hélène avait plantés près du portail, sont tous morts. "J’ai aussi donné une mèche de cheveux pour une enquête. J’ai trois perturbateurs endocriniens et une molécule cancérigène dans le corps. Et je ne suis que riveraine ! Marie-Lys, je me battrai toujours à ses côtés…"

Alors que je la quitte, Marie-Hélène résume sèchement la situation : "Un ouvrier viticole qui parle, vous n’en trouverez pas. La maladie due aux pesticides est un sujet tabou. Ici, seul le vin compte…" Le roi des miracles : Sanal Edamaruku a appris la nouvelle un après-midi du mois d’août. Son vieux camarade Narendra venait de tomber sous les balles de deux hommes à moto. Le docteur Narendra Dalbokhar était un ami, un compagnon de lutte, un chasseur de miracles de la même trempe que lui. Sa vie s’est finie près de Bombay : sorti pour sa marche quotidienne, le vieux médecin traversait un pont noyé dans la brume quand ils l’ont assassiné. Ce fut un crime bref et sans éclat, une affaire de professionnels.

Sanal et Narendra s’étaient parlé au téléphone deux jours plus tôt. La ligne était un peu ralentie, leur voix hachée par les six mille kilomètres qui les séparaient : "Je me souviens des derniers mots de Narendra. Il m’avait appelé pour me dire qu’il voulait que je rentre en Inde. Je lui avais répondu qu’on me menaçait toujours, là-bas. Il le savait très bien, mais il pensait que si je mourais en martyr, notre mouvement en sortirait renforcé. Je n’ai jamais su s’il plaisantait ou s’il était sérieux."

Sanal le cartésien s’est toujours battu contre la magie, le surnaturel, pour le triomphe de la raison. C’est justement au nom de celle-ci qu’il a refusé de sacrifier sa vie. Petit homme rond en perpétuel mouvement, il vous fixe de ses yeux brillants. Quoi qu’il dise, ses lèvres s’étirent en un large sourire.

Poursuivi pour blasphème en Inde, le quinquagénaire a fui son pays en 2012 après avoir vécu deux mois en fugitif. Épuisé par sa cavale, vidé d’une énergie qu’il pensait inépuisable, Sanal a pris un aller simple pour la Finlande. "Dans ma vie, j’avais déjà reçu de nombreuses menaces. On avait sectionné les freins de ma voiture et tenté de m’assommer avec une théière ! Là, cette fois, la situation dégénérait pour de bon. Ici, en Finlande, je n’ai plus rien à craindre. Je ne retournerai pas en Inde tant que j’y risque ma vie" Princesse bravache : Margaret n’a aucune envie de s’asseoir. La sexagénaire fait les cent pas entre la cuisine et le salon, fume sa Comme il faut, cigarette haïtienne mentholée, la repose dans le cendrier de la cuisine où finit de se consumer la précédente, interpelle son personnel : "Suzou ! Fais-moi donc un petit café", répond au téléphone : "Et tu ne sais pas où il est passé ? Eh bien trouve-le-moi !", raccroche : "Je vais dans le bas de la ville pour opérer deux patients, mais l’un d’eux n’est toujours pas arrivé. Incapables !"

Chirurgienne plastique de renom, Margaret vit dans un grand appartement moderne richement décoré de dizaines d’orchidées et de toiles signées par de grands maîtres haïtiens. L’appartement occupe le troisième et dernier étage de sa petite clinique. L’immeuble gris aux lignes épurées est niché au cœur de Pétion-Ville, faubourg huppé de Port-au-Prince perché sur les collines.

L’immense terrasse de l’appartement offre une vue saisissante sur la capitale haïtienne. À gauche, vers le sud, des montagnes hébergent dans leurs hauteurs boisées les grandes villas des familles fortunées, et, sur leurs flancs pelés, des bidonvilles aux constructions anarchiques. Dans le bidonville de Jalousie, qui doit son nom au sentiment qu’éprouveraient ses résidents pour ceux des villas voisines, les minuscules habitations enchevêtrées ont été peintes de différentes couleurs vives grâce aux deniers de l’État, offrant ainsi à ceux qui ont une vue un tableau agréable mais troublant.

Vers l’est et le nord, le regard plonge vers des collines plus basses et la baie de Port-au-Prince, prise au piège d’une chape de chaleur ; c’est le "bas" de la ville, sa densité de population explosive, ses bâtiments administratifs ravagés par le séisme, son port international derrière lequel s’étendent parcs industriels et usines d’assemblage, ses quartiers en proie à la violence des gangs et à la misère omniprésente.

Margaret a revêtu une robe du tissu vert et épais dans lequel sont taillés les vêtements de chirurgien. Suzou, quinquagénaire à l’air résigné et fermé, apporte le café, y verse deux cuillères de sucre brun. "Ce café et ce sucre viennent de chez nous. Ce pays a tant de choses fabuleuses à offrir", regrette Margaret. La bande à Nat' : J’ai connu l’histoire de Nathanaël grâce à un film tourné sur lui par l’un de ses amis. À la fin de la projection dans une salle remplie de rudes alpinistes et de journalistes blasés, tous écrasaient une larme. La faute à la tranquille assurance de ce jeune homme parlant de son accident avec un sourire désarmant. Princesse bravache : À Port au Prince, capitale écrabouillée d’Haïti, rien n’est simple. Née riche dans un pays pauvre, donnée à une famille peu après sa naissance, Margaret s’est faite chirurgienne plastique. Entre « cocottes » et miséreux, elle vit avec énergie un paradoxe permanent. Le roi des miracles : Le rationaliste le plus célèbre d’Inde a toujours lutté contre les supercheries des gourous et des fakirs. Dans les villages, Sanal tord les cuillères, marche sur les braises et s’allonge sur des clous pour démystifier les faiseurs. À la télévision, il met les religieux face à leurs contradictions. Il en rit, sûr de lui. Jusqu’à ce que la menace des obscurantistes se fasse trop pressante. Les mangeurs de cuivre : Grande comme l’Europe, la République démocratique du Congo a longtemps vécu de l’extraction des matières premières : cuivre, cobalt… La Gécamines, la « maman » du pays, irriguait le coffre des dirigeants, finançait les conflits et, à l’occasion, rémunérait les agents de l’État. À force de pillage, l’ancienne entreprise publique n’est plus que l’ombre d’elle-même. Comme le Congo. La vigne dans le sang : Dans le Médoc, on vit avec la vigne. Elle est partout, étalée en damier, belle et paisible, dominée par les châteaux des grands crus. Mais les vignobles ont un prix : les pesticides, déversés en masse, sont un poison pour les cultivateurs. À Listrac, Marie-Lys Bibeyran brise la loi du silence, seule contre tous. Belle de guerre, itinéraire d'une criminelle : Sa beauté claque comme une gifle. Monika avait 16 ans au début de la guerre de Bosnie, en ex-Yougoslavie. Les hommes l’ont aimée. Elle en a aimé certains, martyrisé d’autres. Vingt ans plus tard, elle est jugée. Et condamnée. Les morts vivants : 350 000 soldats ont disparu dans la brume des combats de 14-18, non identifiés, engloutis dans la boue. Cent ans plus tard, la nature les ramène au jour. Jean Peyrelongue et six de ses camarades sont réapparus d’entre les morts. Le mystère d'Icare : Bons vivants et fâchés avec leur montre, les habitants de l’île d’Icarie, au large de la Grèce, vivent plus vieux et plus heureux qu’ailleurs. Avec l’effondrement de l’économie grecque, de jeunes citadins débarquent par dizaines en quête d’une issue de secours. Le réalisateur a voulu percer le mystère. Pendant un an, Nikos Dayandas a suivi l’installation d’un trentenaire Athénien sur le rocher. XXI a eu un coup de coeur pour son documentaire, Little Land. Le cyborg, enquête sur Oscar Pistorius : Premier athlète handicapé à participer aux Jeux olympiques, à Londres en 2012, le champion sud-africain s’est trouvé propulsé dans la stratosphère. Pour l’« Iron Man » de l’industrie cosmétique, un slogan fut forgé : « Je suis la balle dans le chargeur. » Prémonitoire. Entretien avec Amin Maalouf : Journaliste libanais devenu écrivain français, prix Goncourt 1993, il a traversé les mondes. Il parle des autres tout en se racontant. Afrique du Sud, l'école de l'art : Il y a des auteurs de BD qui pondent des pages comme les poules des oeufs, tous les matins bien lisses et réguliers. Et d’autres qui vivent comme des funambules, tutoyant le vide et le risque parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Stassen est de ceux-là. "Cette colline qui ne m'a pas quittée" : Il y a vingt ans, Beata Umubyeyi-Mairesse quittait son pays, le Rwanda, pour l’Europe. Tutsie et métisse, elle avait 15 ans. Après ses études, elle travaille dans le milieu associatif, où elle apprend à porter sa peau comme on porte un vêtement réversible. Dans ce texte, entre fiction et réalité, elle interroge les représentations.

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