#27 Été 2014

Au sommaire

Y a-t-il ici quelqu’un qui a été violé et qui parle anglais ? » Un journaliste belge, micro à la main, posait cette question aux rescapés d’un massacre en Afrique centrale rassemblés dans un hangar bondé. Il fallait à tout prix au jeune reporter radio « un son » et cette contrainte l’empêchait de se rendre compte du cynisme et de l’absurdité de sa question. Témoin de la scène, le journaliste anglais Edward Behr en fit le titre de ses mémoires.

La leçon est éternelle. Un rapport interne du New York Times a provoqué en mai 2014 le départ de la directrice de sa rédaction. Il juge sévèrement le retard pris par le plus célèbre quotidien du monde face à l’offensive de la nouvelle génération de sites d’information.

Comme tout rapport écrit par des gens intelligents, certaines pistes de réflexion sont stimulantes, notamment les pages qui concernent les
liens avec les lecteurs. Mais comme tout rapport écrit par des gens intelligents qui cherchent à faire du business, ce rapport cherche surtout
à trouver le moyen de monétiser l’audience. Il prône ainsi un rapprochement entre la rédaction et le marketing. Il encourage l’industrialisation des procédures et le développement de toutes sortes de produits dans lequel le journalisme se dissout dans la communication et la publicité.

« Y a-t-il ici quelqu’un qui a filmé son viol pour faire le "buzz" ? Y a-t-il un thème qui pourrait faire l’objet d’un article financé par une marque ? Quelle suite ajouter à un événement qui a généré des millions de requêtes Google? » Telles sont les nouvelles questions que se posent chaque jour devant leurs écrans les héritiers modernes du reporter belge perdu dans son hangar.

La crise du New York Times montre la puissance du changement en cours. Il favorise le déni de la réalité et la fabrication de fictions journalistiques
tissées de « feuilletons qui passionnent les lecteurs », de « sujets positifs », d’« articles viraux », de « thèmes qui marchent ».

Ce numéro d’été est un nouvel antidote à l‘information marketing. Pour seule boussole, les auteurs de XXI ont la passion et l’engagement. Ils racontent le monde sans le faire entrer dans des cases préétablies, en se laissant surprendre. Ils pratiquent le journalisme comme un artisanat,
polissant chaque phrase, soignant chaque bulle ou chaque image.

Pour mesurer la différence, il vous suffit de pratiquer le « test Google ». Cela ne vous prendra que quelques minutes, et c’est instructif. Après avoir terminé la lecture de votre revue favorite, prenez un par un les sujets de ce numéro.

Tapez par exemple « Lancaster » sur la page d’accueil de Google. Vous verrez apparaître des marques de luxe à foison, un acteur et un hôtel, mais rien sur la tête de pont de la Chine aux États-Unis. Sans ce numéro d’été, un des visages du XXIe siècle vous aurait échappé.

Tapez « Les Petits Bonheurs ». Vous tombez sur une page fixe, avec une photo de groupe, l’e-mail et le téléphone d’une association parmi un million en France. C’est tout. Et pourtant que de richesses révélées par le récit de Sylvie Caster !

Tapez « Kevin Doyle » et vous découvrez un footballeur irlandais, un acteur de la série Downton Abbey, un danseur de « step dance » et un producteur de musique. Il faut passer trois pages de résultats pour dénicher la mention d’un journaliste installé au Cambodge. Alors que c’est lui le « Kevin Doyle » le plus fascinant.

Vous pouvez même inscrire « Pascal Lamy », l’ancien négociateur du FMI, dont le nom génère plus d’un million et demi de résultats sur Google. Les mots clés les plus recherchés sont « Pascal Lamy Premier ministre », « Pascal Lamy salaire », « Pascal Lamy Hollande ». L’enquête de XXI
raconte une tout autre histoire.

Notre algorithme, c’est le flair des auteurs et leur force de conviction. Nos acheteurs, c’est vous. Notre moteur de recherche, c’est le réel. Loin du test Google, le journalisme transmet les couleurs et les odeurs, les demi-teintes et les subtilités, les liens tissés ou recousus. Ce qui échappe au radar, ce qui ne se met ni en code ni en équation. La vie, en somme.
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

Édito

Chagrins d'Irak : Les petits bonheurs : Le gars de Dublin qui veut sauver le Cambodge : La longue marche du professeur de Harvard : Une pluie glacée s’abat sur Dixville Notch, à trente kilomètres de la frontière du Canada. En ce début d’année 2013, dans le contrefort des Appalaches, les montagnes du New Hampshire pleurent une neige mêlée de boue. Au bord d’un lac sombre, le Balsams Grand Resort, imposante bâtisse de bois et de béton, ressemble à l’hôtel du film Shining.

Ce 11 janvier 2013, le Balsams Grand Resort est fermé et Dixville Notch déserté. Particularité que seule l’Amérique sait inventer, c’est ici, dans ce hameau fantôme, que se joue depuis 1960 la première scène de l’élection présidentielle. Tous les quatre ans, à la même époque peu après minuit, les caméras de CNN et Fox News envahissent la salle de bal. Frénétiques, elles relaient le premier résultat des élections primaires : une dizaine de voix, les quelques âmes du hameau, désignent les candidats républicain et démocrate. Elles font le vote, il préfigure du reste : depuis 1960, le hameau s’est rarement trompé.

À quelques centaines de mètres de l’hôtel, sur un parking balayé par la pluie, Lawrence Lessig serre les dents. Ses yeux bleu délavé cerclés de lunettes fines, son large front, ses mains délicates d’intellectuel émergent difficilement d’un large poncho vert. Le patron de la chaire "d’éthique et de leadership" de Harvard ajuste ses crampons, se maudit.

À 52 ans, il s’apprête à quitter les sentiers battus d’un parcours sans faute jusqu’au poste de juge à la Cour suprême. Cours, conférences, livres, le professeur vedette a épuisé toutes les voies traditionnelles. Il lui reste la marche. À trois bonnes heures de Boston, de sa famille, de ses cours, de son pupitre, de ses amis de Washington, il lance sa New Hampshire Rebellion, une croisade contre la toute-puissance de l’argent en politique. Jeux de l'amour et de la révolution : C’était vers la fin janvier 2014, quand les événements de la place Maïdan à Kiev prenaient une tournure de plus en plus violente. Les barricades, symboliques au début, étaient devenues de vraies installations stratégiques. On voyait des chaînes humaines où les pavés passaient de mains en mains pour arriver jusqu’au front et construire quelque chose de solide qui ne céderait pas au moindre tractopelle des milices. Les pavés, plus les conteneurs lestés de sable, plus les pneus, plus les réverbères de fonte et même des boucliers pris à l’ennemi formaient des monticules continus. La neige, la glace et la boue durcies les solidifiaient.

De toutes ces défenses de la place Maïdan, la barricade qui barrait l’avenue derrière la maison des syndicats était la plus impressionnante. Virginia et ses trois amies avaient participé à sa construction avant de s’installer en son point le plus haut, aménageant une sorte de terrasse, faite de trois planches de chantier, surmontée d’un manche à balai auquel, bien entendu, elles avaient accroché le drapeau ukrainien.
De loin, on aurait dit Le Radeau de "La Méduse". Entretien avec Cheikh Hamidou Kane : Cheikh Hamidou Kane est un grand monsieur. Il déplie son corps-tige et vous serre la main, longuement, en demandant si vous avez fait bon voyage. Il vient de Dakar, vous de l’autre côté de Paris. Vous souriez. Ce soir, avant de s’envoler pour un salon littéraire à Genève, il dormira ici, chez son neveu, dans un appartement sans chichis du XVe arrondissement.

À 86 ans, Cheikh Hamidou Kane court encore les conférences sur L’Aventure ambiguë, un récit autobiographique publié en 1961 qui raconte le déchirement de l’homme noir convoqué à l’école des Blancs. Samba Diallo, le personnage principal du livre, est comme lui un enfant de la colonisation, passé de l’école coranique à la Sorbonne, fou de Voltaire et Victor Hugo. Un Africain qui, après avoir subi la violence du racisme colonial, a rencontré "la France des livres" et est reparti au pays "conquis", finalement convaincu que "l’homme est bon".

Mais il y a eu une vie après L’Aventure ambiguë, que le succès du livre a éclipsée. Un deuxième roman d’abord. Et une carrière politique, sous Léopold Sédar Senghor ou Abdou Diouf.

Cheikh Hamidou Kane est un homme qui aime gouverner, administrer des citoyens. Il n’est pas dupe : sa génération, la première élite noire au pouvoir, n’a pas remporté que des victoires. Éternel optimiste, il appelle les jeunes à la relève.
Assis sur un canapé défraîchi, avec son pantalon trop court, ses yeux pétillants et un verre d’eau à portée de main, il lance : "Écoutez ! Vous serez les témoins. Après moi, il vous faudra transmettre." Enquête sur Pascal Lamy : Je suis toujours un peu partout", dit-il. Cet homme-là se veut nomade. Depuis la fin de l’année dernière, Pascal Lamy a quitté la direction générale de l’Organisation mondiale du commerce, à Genève, pour regagner son appartement parisien, entre Saint-Georges et Montmartre. Mais, clairement, il n’est pas question d’y prendre racine : "Je ne passe que 15 % de mon temps à Paris", calcule-t-il, presque avec fierté. Après deux mandats qui l’ont amené à faire chaque année dix fois le tour de la Terre, soit 450 000 kilomètres par an de 2005 à 2013, il continue sur sa lancée. "Je ne travaille pas moins qu’avant, je ne voyage pas moins", assure-t-il d’entrée de jeu pour mettre les choses au point, pour conjurer une hypothèse à ses yeux terrifiante, celle de l’oisiveté, avec son corollaire abominable, la malédiction suprême : l’immobilité.

Arrivé à neuf heures tapantes au siège de la fondation Notre Europe, un immeuble parisien cossu du neuvième arrondissement qui lui sert de quartier général, l’ex-patron de l’OMC et ex-commissaire européen, 66 ans, vif et filiforme dans son costume sombre, a déjà fait son footing quotidien au parc Monceau – enfin ça dépend, d’autres fois, c’est vers les Batignolles. Emploi du temps rythmé, sous tension : Lamy consacre une heure à notre entretien, d’accord, mais après, précise-t-il, il filera au comité consultatif de l’ONG Transparency International.

À part ça, il s’engage aussi contre la surpêche au sein de la commission Océan mondial (Global Ocean Commission), publie en anglais un livre sur les échanges internationaux et un autre, en français, sur la mondialisation. Quand il ne s’envole pas pour donner une conférence sur la "gouvernance globale" à Washington aux côtés de l’ex-président de la Banque mondiale, l’américain Robert Zoellick, il sollicite des sommités de tous horizons et de tous bords comme l’économiste indien Amartya Sen, promoteur du concept de développement humain, le très orthodoxe ex-gouverneur de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, et la présidente socialiste du Chili, Michelle Bachelet, dans l’espoir avoué de "gouverner le futur". Ouf. Ma Lin, soeur courage : Si vous venez voir Ma Lin, foncez vers l’église sans parler à ces gens-là. Ils sont sales comme des cochons." La conductrice du triporteur pétaradant file au bout de Gang Kou Lu, le cimetière à camions de la ville de Suzhou, jonché de pneus crevés et de moteurs défunts. Des ferrailleurs desserrent des écrous à coups de masse. Un soudeur fume la tête sous le capot, relève subitement ses lunettes et glousse d’avoir repéré l’étranger.

C’est une petite église blanche, nichée derrière une grille entrouverte, qui m’amène ici. Elle ne porte pas de nom, juste un austère "Église catholique de Chine" peint en caractères rouges sur le fronton. Sous une fenêtre octogonale, un symbole taoïste pour chasser les mauvais esprits. Sur le parvis, une fillette boudeuse : "Ma Lin donne la messe à l’intérieur. Ne faites pas de bruit ou elle vous fichera dehors."
(…)
La messe du dimanche démarre vers seize heures à Suzhou, quand les fidèles ont expédié leur besogne. Dans l’attente, de vieilles dames aux premiers rangs et en chemises assorties égrainent leurs rosaires. Derrière, des hommes ronflent comme des tuyaux d’orgue. Quelques enfants leur font les poches, à la recherche d’une sucrerie.

Après avoir récité quelques psaumes, une costaude coiffée à la garçonne trottine vers la sacristie. Pour réapparaître avec des boucles d’oreilles et du fard pailleté sur les paupières. Des talons hauts dépassent de son aube immaculée. "C’est Ma Lin, depuis quelques mois elle fait des miracles", s’extasie Mme Du, qui dirige la chorale. Une cinquantaine de fidèles sortent de leur léthargie et se placent en file indienne, prêts à recevoir l’hostie. Les petits bonheurs : Nous ne demandons jamais aux personnes depuis quand elles sont malades, depuis quand elles ont été contaminées. Nous leur demandons ce qui leur ferait envie, ce qui leur ferait plaisir." Fondée en 2008, l’association Les Petits Bonheurs apporte un soutien et accompagne les personnes séropositives et malades du sida d’une manière totalement originale. Elle leur propose des petits bonheurs qui font plaisir, du sur-mesure pour chacun : "Chaque personne est unique."

Large est la palette des petits bonheurs, ces cadeaux qui aident à réaliser les rêves les plus inattendus. Apportant surprise, gaieté et fantaisie, avec des attentions multiples, l’association redonne des envies à la vie. Ces attentions sont aussi une façon de rompre avec l’isolement et la désocialisation de ceux à qui manque le strict nécessaire. "Ce que nous faisons, on pourrait le faire pour les malades du cancer, de l’Alzheimer. Pour plein de monde."

Le local de l’association se trouve près de la place Pigalle, dans une rue calme. À l’extérieur, sur la devanture, un panneau indique qu’on est bien arrivé. Rien ne mentionne qu’aux Petits Bonheurs on s’occupe de personnes séropositives et de malades du sida.

Omar, qui est le coordinateur des bénévoles, l’explique ainsi : "On ne fait mention d’aucune pathologie car, même aujourd’hui, dès qu’on dit “sida” les gens font le masque. Ils tournent le dos tout de suite." Les bénévoles réalisent avec les malades ce qui est un rêve, un projet. Ils redonnent des envies. Le gars de Dublin : Il est le petit caillou irlandais dans la chaussure cambodgienne. À la tête du journal The Cambodia Daily, Kevin Doyle, né à Dublin, joue depuis dix ans une drôle de partie contre l’inamovible Premier ministre du Cambodge, Hun Sen. Le journaliste a pour lui sa plume, le despote règne depuis trente ans dans un palais de marbre entouré de dix mille gardes du corps.

Les deux hommes se croisent lors de conférences de presse ou d’événements officiels minutieusement chorégraphiés, jamais face à face. "Hun Sen est plus petit qu’on ne l’imagine", dit Kevin Doyle. Entre eux s’est nouée une improbable conversation : "Je sais qu’il lit le Cambodia Daily chaque matin." Le Premier ministre y est même accro. Il y a quelques années, son chef de cabinet a contacté le journaliste pour savoir comment se procurer le quotidien à l’étranger. "C’était avant l’édition numérique du journal, mais nous diffusions l’édition khmère par e-mail. Nous avons ajouté Hun Sen à la liste."

Kevin Doyle traque les réactions de son meilleur ennemi, décrypte les petites phrases qui pourraient (ou pas) avoir été déclenchées à la lecture de tel ou tel papier paru dans le Cambodia Daily. Faute de pouvoir se confronter directement à son adversaire, il le jauge, l’observe et le respecte, malgré son aversion : "Il est très fort. Comment pourrait-il en être autrement ?" Chagrins d'Irak : Au téléphone, il prévient : "Venez si vous voulez, mais je vais être franc : je ne suis pas sûr que ça en vaille la peine. L’Irak, c’est fini. Game over." Fils d’un avocat passé par le Viêtnam, Kirk Johnson a grandi près de Chicago, entouré de marmottes et de protestants évangéliques. Dans sa campagne du Midwest, les tortues bouffent les canards et les gens disent ce qu’ils pensent. Pour la quatrième fois au téléphone, il répète qu’il veut "tourner la page".

Kirk est ce que l’Amérique appelle "un jeune homme courageux". Elle a découvert son existence le 15 décembre 2006. Il a 26 ans, pas de boulot, revient d’Irak où il a travaillé un an pour l’Usaid, une agence gouvernementale américaine d’aide au développement. Il publie dans le Los Angeles Times une tribune intitulée "Secourir nos alliés".

Dans sa lettre ouverte, le jeune gars du Midwest raconte l’histoire de son ami et collègue Yaghdan, un Irakien de Bagdad engagé par l’Usaid comme conseiller en programmes éducatifs. Un matin, explique Kirk, Yagdhan trouve une note devant sa porte : "Nous allons couper des têtes et nous les jetterons aux ordures." À quelques pas, près d’une poubelle, l’Irakien découvre celle d’un chien.

Affolé, l’Irakien se précipite dans le bureau de son supérieur. En guise de protection, l’Usaid lui offre un mois de congé payé. Passé ce délai, l’employé a le choix : réintégrer son poste de conseiller ou se trouver un nouveau job. Lâché, il comprend qu’il est piégé. Et décide de s’enfuir avec sa femme à Dubaï. Quand paraît la tribune de son ami américain, Yaghdan s’apprête à consumer une vie d’économies dans l’attente d’un hypothétique visa de réfugié.

Du haut de son quart de siècle, Kirk rappelle "le président Bush et le Congrès" à leur "obligation morale" : les États-Unis "ont la responsabilité d’aider les Irakiens menacés de mort parce qu’ils ont voulu nous aider", écrit-il dans le quotidien californien. Le gamin du Midwest est le premier Américain à publiquement s’inquiéter du sort des Irakiens engagés dans "la guerre contre la terreur". En Chinamerica : Il est des villes que l’on ne fait que traverser. Sur l’autoroute Los Angeles – vallée de la Mort, la ville de Lancaster est un passage obligé. Nul panneau n’en indique l’entrée. De loin en loin des maisons de plain-pied, des chaînes de fast-food et surtout des stations-service. On note celle, jaune canari sale, qui apparaît dans la scène finale de Terminator 2. Des mendiants y demandent la charité, un jerrican à la main. Un amateur de films de zombies reconnaîtrait nombre de lugubres motels et églises isolées. Il serait le seul visiteur à s’arrêter dans la vallée de l’Antilope.

La ville s’étire sur des kilomètres et des kilomètres. Le temps s’allonge. À perte de vue, du sable rocailleux aux nuances ocre, à peine habillé par de petits végétaux. Dans ce monde minéral, les arbres de Josué sont les seuls à prendre un peu d’ampleur. Bras tendus vers les étoiles, leurs troncs fins et noueux semblent indiquer la Terre promise.

Le slogan de la municipalité de Lancaster – "C’est d’une clarté évidente" – fait allusion à la pureté du ciel. Comme s’il était possible d’oublier la rudesse de la vie sur cette terre brûlée. Surnommée "Methcaster", la ville de 150 000 habitants est au cœur d’une toile que dessinent les nombreux laboratoires de production de méthamphétamine, dissimulés dans les recoins du désert Mojave. Lancaster, principale agglomération de la région, cumule les records liés à la pauvreté.

Aussi, lorsque la multinationale chinoise BYD, "Build Your Dreams" ("Réalisez vos rêves"), forte de plus de 150 000 employés dans le monde, annonce en 2013 que sa branche automobile va s’implanter à Lancaster, la stupeur est générale. Pour la première création d’une usine automobile chinoise aux États-Unis, ce consortium à l’expansion fulgurante – 20 employés en 1995 – porte son choix sur une cité que l’immense majorité des Américains peine à situer sur la carte des États-Unis. La longue marche du professeur de Harvard : Intellectuel en vogue promis à un poste de juge à la Cour suprême, Lawrence Lessig est entré en croisade contre la puissance de l’argent
à Washington. Pour se battre contre la corruption qui mine la démocratie
américaine, l’homme du sérail a délaissé son magistère. En Chinamérica : Le maire de Lancaster a une vision : transformer sa ville perdue au milieu du désert californien en « nouveau Shenzhen ». La première usine
de voitures chinoises aux États-Unis s’est installée dans ce Far West du XXIe siècle, où les lois ne sont pas un problème. Seule difficulté, les habitants. Chagrins d'Irak : L’ancien secrétaire d’État, Henri Kissinger, l’avait dit à propos du Viêtnam :
« Être l’ami des États-Unis peut être fatal. » L’histoire s’est répétée. Washington a lâché ses amis irakiens. Un jeune gars du Midwest ne l’a pas accepté, il a créé The List Project. Baïkonour, poussière d'étoiles : L’aventure spatiale soviétique débute en 1955, en pleine steppe kazakhe. Le premier satellite artificiel, le premier vaisseau à entrer en contact avec la Lune et le premier homme dans l’espace, Youri Gagarine, décollent de cette base restée longtemps mystérieuse. Soixante ans plus tard, Baïkonour est toujours le plus grand cosmodrome au monde. À l’ombre des héros, une cité entière figée dans le temps vit au rythme de l’odyssée de l’espace. Le gars de Dublin qui veut sauver le Cambodge : Hun Sen, le Premier ministre du Cambodge, est le meilleur ennemi de Kevin Doyle, rédacteur en chef du « Cambodia Daily ». Mais le hiérarque ignore
l’histoire du gamin de Dublin. S’il savait… Les petits bonheurs : Ils sont soixante bénévoles. Ils n’entendent pas révolutionner le monde,
ils ne prétendent pas le guérir. Ils s’occupent des petits riens. C’est leur fierté.
Leur bonheur. Ma Lin, soeur courage : L’Église souterraine de Chine rassemble autant de catholiques que l’Église officielle. Au quotidien, ils sont des millions à se battre pour leur liberté
religieuse. Comme Ma Lin, qui résiste aux pressions et tient les murs de sa paroisse avec des bouts de ficelle. L'homme aux serpents : Il se promène en Colombie avec ses serpents au cou ou dans son sac. Biologiste, vétérinaire, Franz Florez se faufile avec ses reptiles à travers un pays rongé par la guerre civile depuis un demi-siècle. L’homme aux
serpents se fait des amis partout : cultivateurs de coca, policiers, paramilitaires, guérilleros… Son voyage dans la jungle dessine une autre image de la Colombie, poumon de la planète paradoxalement protégé par le conflit. Enquête sur Pascal Lamy : L’ancien directeur de l’OMC et commissaire européen est convaincu de pouvoir concilier l’eau et le feu, l’ouverture et la régulation. Promoteur d’une « gouvernance mondiale », ce « tourmenté introverti » vit en état de contradiction permanente. Entretien avec Cheikh Hamidou Kane : Enfant de la colonisation, l’auteur de L’Aventure ambiguë, livre majeur de la littérature africaine, est resté fidèle à son identité tout en parvenant à s’ouvrir aux autres. Retour en Algérie : Conquise par les Français en 1837, cette ville de l’Est algérien, une des plus anciennes au monde, fut l’un des centres de la colonisation. À l’indépendance, en 1962, l’exode l’a vidée de ses pieds-noirs qui s’en allèrent en laissant tout derrière eux. Cinquante ans plus tard, leurs petits-enfants explorent une mémoire, longtemps tenue pour honteuse. "Les jeux de l'amour et de la révolution" : Faut-il croire cette belle histoire de politique et d’amour qui fait se rencontrer près de la place Maïdan, à Kiev, une jeune femme rousse et un soldat aux yeux bleus ? Daniel de Roulet la transcrit comme il l’a entendue raconter par les amies de Virginia et de Pavel.

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