#28 Automne 2014

Au sommaire

LES NOUVEAUX MONDES :

Le vernis de la globalisation masque les bascules à l'œuvre. Ce n'est pas un nouveau monde qui émerge, mais de nouveaux mondes.

Sophie Bouillon a exploré les fractures de Lagos, la cinquième ville de la planète.

Anne Sibran s'est enfoncée dans la jungle de l'Equateur, au point de contact entre un des derniers peuples premiers et le pétrole.

Doan Bui a éprouvé au Viêtnam la collision permanente des mondes qui s'entremêlent.

Édito

Le PEW Research Center aux États-Unis a publié des chiffres instructifs. Pour chaque journaliste en exercice, il existe désormais cinq professionnels des relations publiques. Au cours des dix dernières années, le nombre des journalistes américains a diminué de cinquante-deux mille (-17%), tandis que les effectifs des départements de relations publiques augmentaient de trente-six mille (+22%) avec des salaires moyens supérieurs de plus de moitié à ceux des salles de rédaction.

Logiquement, la part des informations fournies «clés en main» par les États, les entreprises et les lobbies ne cesse d’augmenter dans les médias classiques ou en ligne. En 2014, toujours aux États-Unis, la moitié des informations diffusées dans le domaine de la santé provenait ainsi d’une source unique, liée à l’industrie pharmaceutique, selon le quotidien San Diego News.

Ce printemps, en Californie, l’organisme officiel de préservation de l’environnement a dû présenter des excuses après avoir fait passer quatre représentants d’entreprises de relations publiques pour des journalistes lors d’une conférence de presse sur les incendies de forêt. Le quotidien The Los Angeles Times a révélé également que de nombreux experts militaires, fréquemment interrogés dans les talk-shows, étaient en fait payés par le Pentagone.

En France, la situation est comparable et de nombreux journalistes se reconvertissent dans la communication. La politique, les entreprises, les lobbies font appel à leurs compétences pour s’adresser à l’opinion et conserver la maîtrise de l’information. Aux États-Unis, comme en France et en Europe, de nombreux titres sont passés aux mains de grands groupes aux activités et intérêts multiples.

La situation actuelle comporte trois risques. Le premier est évidemment de voir des informations formatées et édulcorées cannibaliser entièrement les informations de première main, le reportage original, l’enquête recoupée, la parole spontanée libre de toute intention.

Le deuxième risque est une mue du journaliste en commentateur. Clairsemés, précarisés, disposant de moyens réduits pour travailler, ils sont de plus en plus nombreux à se réfugier dans un statut de « sachant », qui tranche, célèbre ou condamne, comme les spectateurs des jeux du cirque à Rome, suivant l’air du temps. Les opinions se répondent, l’essentiel devient accessoire, les faits disparaissent, occultés par le brouhaha des conversations.

Last but not least, il s’installe le sentiment que les médias font corps avec les pouvoirs. Dans un jeu de miroirs, les uns se reflètent dans les autres, sans se rendre compte que cette situation est contre-nature.

L’impératif est de raconter le monde tel qu’il est. C’est la vocation de XXI.

Patrick de Saint-Exupéry et Laurent Beccaria

Les auteurs

15,50€

Découvrez nos autres numéros

#50 Printemps 2020

#50 Printemps 2020

16,00 €

#49  Hiver 2020

#49 Hiver 2020

16,00 €

#48 Automne 2019

#48 Automne 2019

16,00 €

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

23,00 €