#39 Été 2017

Au sommaire

NOUS CRIMES EN AFRIQUE

Voici trois histoires qui n’auraient pas dû émerger. Trois histoires enfouies dans des cartons classés secret-défense.
Pat Perna nous raconte un massacre commis par l’armée française au Sénégal fin 1944.
Joël Calmettes nous entraîne parmi les mercenaires et les vendeurs d’armes au Biafra.
Patrick de Saint-Exupéry exhume une note manuscrite de l’Élysée sur le Rwanda

Mais aussi :
Les mensonges de Thiaroye, par Pat Perna
Récit : Opération Biafra, par Joël Calmettes
« Réarmez-les! » par Patrick de Saint-Exupéry.
Reportage photo de Sandra Mehl
Documentaire : Je suis le peuple de Anna Rousillon
Enquête sur le chef des panthères roses par Jean-Pierre Perrin
Récit graphique : Sacrées vaches, parJörg Maillet et William de Tamaris
Fragments de polar à Aulnay, par Dominique Manotti

Édito

Il y a quelques semaines, un de nos confrères suisses a déjeuné avec un éditorialiste parisien multicarte, directeur d’un hebdomadaire, qui lui a détaillé avec gourmandise son emploi du temps. Sa journée marathon débute à l’heure du café par un premier éditorial, puis il enchaîne pendant douze heures les enregistrements web, radio et télévisés, tout en écrivant pour son journal… sans oublier de déjeuner et de dîner avec le gotha du pouvoir.
Impressionné par cet abattage, le Huron helvète se permet de demander à son interlocuteur s’il lui arrive de quitter la capitale.
« Jamais ! Un week-end par an à Venise et c’est tout. Je ne me sens bien qu’à Paris.
— Mais comment faites-vous pour vous informer sur la réalité du pays, pour sentir ce que vivent vos lecteurs ?
— Sur les plateaux de télé ! Vous n’imaginez pas les rencontres que l’on peut y faire. »

La plupart des lecteurs ou des internautes ne fréquentent pas les talk-shows. Et les directeurs de rédaction ne sont pas tous enfermés dans une bulle. Chaque jour, ils scrutent ceux qu’ils appellent les informateurs à longueur de sondages, de croisements de données, et de groupes qualitatifs, pour traquer « le profil lecteur » à partir de catégories socioprofessionnelles, lieux d’habitation, de critères d’âge, de sexe ou d’opinion politique.
En discutant avec vous, en librairie, en médiathèque, lors des portes ouvertes des revues ou, l’été dernier, lors de notre festival du journalisme, nous avons appris que ces indicateurs étaient secondaires. Lire XXI ou 6Mois, c’est chercher un rapport au monde apaisé et profond, sans les codes de connivence mutuelle (politiques, générationnels ou culturels) entre journalistes et lecteurs. Vos sentiments ne se mettent pas en équation. Ils ont pour noms l’envie, la curiosité, l’empathie, l’émotion, le plaisir d’être étonné et la quête de connaissance.

L’avenir est aux communautés plus qu’aux audiences. Depuis plusieurs années, de nombreux phénomènes d’édition ou de musique s’appuient sur des relations directes entre les auteurs et leurs publics. La presse est encore frileuse dans ce domaine. Bien sûr, beaucoup de journaux et sites ont développé les forums, les commentaires, voire l’appel à témoins. Mais le cœur de leur métier est laissé de côté. Nous pensons qu’il est possible d’irriguer le journalisme par un système de récolte d’informations et d’échanges avec les lecteurs. Mais qui dit échange dit réciprocité. Le journaliste n’est pas celui qui sait. Il vit parmi ses lecteurs, il discute avec eux, il travaille pour eux.

C’est ce mouvement que nous allons amplifier au cours du prochain semestre. Cela commence le 14 juillet à Autun. Vous trouverez le programme de notre festival dans les dernières pages de ce numéro. Lors des « Rendez-vous de juillet », nous partagerons avec vous notre projet d’hebdomadaire et notre vision du futur de XXI et 6Mois, inaugurant un échange intense, qui va durer jusqu’à la fin décembre, avec des milliers de lecteurs à travers toute la France. Nous sommes convaincus qu’une communauté, forte et soudée, est un terreau d’innovation formidable. Nous voulons construire un nouveau journal et l’avenir de XXI et 6Mois avec vous. Cet élan repose sur une affection partagée, des sentiments intenses. Il comporte évidemment un risque : celui de la rencontre. Nous serons au rendez-vous. Et vous ?

Laurent Beccaria et Christophe Boltanski

Les auteurs

Les illustrateurs

15,50€

Découvrez nos autres numéros

#50 Printemps 2020

#50 Printemps 2020

16,00 €

#49  Hiver 2020

#49 Hiver 2020

16,00 €

#48 Automne 2019

#48 Automne 2019

16,00 €

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

Hors-série XXI - Grands reportages en bande dessinée

23,00 €