#47 Été 2019

Au sommaire

L'horizon perdu des Sioux
Camille Laffont a pris la route avec Black Wolf, « Indien » lucide et désespéré.

Porto Rico, Terre promise
Nicolas Rouger a suivi une bande de millionnaires prêts à racheter une île en ruine.

Quatre couillons dans une ville en flammes
Robert P. Baird a retrouvé des copains d’enfance, assez fous pour sauver la Californie en flammes.

Marco en son miroir
Reportage photo : UN jeune trisomique rêve de paillettes.

Ceci n'est pas un gilet jaune
Catherine LeGall, Simon Leplâtre et Léna Mauger retracent l'itinéraire d'un objet mondialisé.

"On ne se bat pas que pour les siens"
Des occidentaux joignent les forces Kurdes pour combattre Daech. Par Paul Moreira

Home Games
Documentaire : Alina se rêve championne d'Ukraine en football féminin. Par Alisa Kovalenko
"Mon pays sans mémoire"
Entretien avec la cinéaste serbe Mila Turajlié - Par Aurélie Charon

La Mafia du sable
En Inde, des criminels pillent le lit des rivières

Édito

C’est d’abord une histoire de hasard. Un soir en traînant sur un forum en ligne, Camille Laffont est happé par la poésie d’un témoignage.« Les Indiens qui parviennent sur la scène nationale ont toujours l’air de passer à côté de la question. Ils se tournent vers le passé, en espérant changer le présent et l’avenir. Je suis un véritable artiste indien. Je peins avec le sang de mes ancêtres. Je dévoile au monde les tourments qui hantent l’inconscient de mon peuple, j’expose les conséquences du traumatisme, j’expose l’armée de fantômes qui habitent mon cœur. Nos fantômes sont nombreux. Nous en avons créé beaucoup. J’en traîne moi-même une armée dans mon sillage. J’ai 26 ans et je suis déjà vieux et fatigué. »

Un Sioux a partagé sa chronique ironique et désespérée du quotidien des perdants de l’Amérique. Ça tombe bien, Camille Laffont rêve de se confronter à la fascination un peu suspecte pour les Indiens qu’il nourrit depuis une enfance collée devant Danse avec les loups. Pour briser le mythe, le jeune journaliste veut se frotter au réel. « À quoi bon ? C’est une histoire banale », lui écrit Sean Black Wolf. En lakota, son nom signifie « chagrin ». « Chagrin Loup noir », peintre, poète à ses heures, habite une réserve du Dakota du Sud, une terre silencieuse et déserte où il n’est plus question d’héroïsme mais de survie.

Il en faut plus pour décourager Camille Laffont, qui s’envole pour Rosebud et roule 6 000 kilomètres dans un habitacle glacial au côté de Black Wolf sur les traces de ses ancêtres. Les quelques lignes qu’il envoie à la rédaction
de XXI pour nous proposer son reportage présagent d’un récit fort. Le résultat, que nous publions dans ce numéro, est plus qu’un portrait : c’est l’histoire, à travers celle de Black Wolf, de la grandeur et de la déchéance d’un peuple.

Dans les médias, les immersions sont rares. Il faut du temps, de l’argent, de l’humilité pour plonger dans la vie des autres. Parfois aussi, de la témérité. Un été, Paul Moreira et Pedro Brito Da Fonseca sont partis sans garantie ni diffuseur tourner un documentaire sur le front syrien. Chargés comme des mulets, ils ont cherché sous les bombes des révolutionnaires communistes, anarchistes, socialistes ayant quitté leur confort occidental pour aller combattre Daech. Les journalistes voulaient se confronter à un autre mythe, celui du combattant étranger qui fait revivre le brigadiste de la guerre d’Espagne. En tombant sur le bataillon Marcello, ils ont remis leur destin entre les mains de parfaits inconnus. Et manqué y rester. Leur reportage raconte la guerre, oui, mais sa « banalité ». Son quotidien. Son ennui. Ses confidences. Se mettre en danger, c’est d’abord démystifier le héros pour regarder l’homme et ses fantômes. Pour se regarder soi-même.

Nous aussi nous avons besoin de regards. Ces derniers mois, nous avons envoyé un petit questionnaire à certains d’entre vous, pour mieux vous rencontrer, mais aussi mieux nous connaître. À la question, « Pourquoi nous achetez-vous ? », vous avez répondu : « Parce que c’est “XXI”. » Vous nous avez aussi dit : « parce que “XXI” s’intéresse aux gens ordinaires »,« raconte des histoires » « avec finesse et respect », « hors des sentiers battus ». Et puis, vous appréciez « le recul », « quand ça ne colle pas trop à l’actualité ».

Ce décalage fait partie de notre ADN. XXI n’est pas un magazine. Mais parce que raconter le monde, c’est aussi plonger dans l’arène, ce rapport à « l’actu » nous questionne sans cesse. Par exemple, nous pensions que parler des « gilets jaunes » était important. Car la colère est là. Qu’elle n’est pas « banale ». Mais comment ? Un matin, une idée a émergé. Peut-être qu’en s’intéressant à l’objet, à son mode de production, aux entreprises qui le fabriquent, on raconterait autre chose. XXI, c’est aussi ça : trois bouts de tissu, pour détricoter le monde.

Léna Mauger et Marion Quillard

Les auteurs

#47 Été 2019

16,00€

Découvrez nos autres numéros

#51 Été 2020

#51 Été 2020

16,00 €

#50 Printemps 2020

#50 Printemps 2020

#49  Hiver 2020

#49 Hiver 2020

#48 Automne 2019

#48 Automne 2019