XXI 50 bientôt en librairie !

xxi-50-bientot-en-librairie

Chez vous, vous auriez plongé dans ce XXI qui explore des lignes de fracture : en Australie, où l’eau est désormais cotée en Bourse et où les agriculteurs trinquent. En Arabie Saoudite, où le prince héritier se repose sur un yacht à un demi-milliard de dollars alors que les caisses de son royaume se vident. En France, où la mer engloutit des marins payés 3 euros de l’heure, et où des invisibles, des oubliés, saisis dans l’objectif d’un photographe, se privent pour nourrir leurs enfants. 



Vous auriez embarqué dans l’enquête de couverture, bouclée avant qu’un virus ne migre de la chauve-souris, au pangolin puis à l’homme. Son titre (« Achetez votre nationalité préférée ») fait écho au scénario de science-fiction qui se déroule sous nos yeux, et demain à sa lecture, vous vous seriez peut-être demandé dans quel pays vous préfèreriez désormais vivre — ou mourir. Ce XXI de printemps, vous l’aurez un jour entre les mains, en version papier, mais il faudra patienter jusqu'au 5 juin. 



Car ce numéro-là a été imprimé avant la fermeture des frontières, avant que nous applaudissions à l’unisson chaque soir à nos fenêtres pour remercier celles et ceux qui sauvent, aident, nourrissent, livrent les autres ; avant que le confinement devienne notre quotidien, notre ligne d’horizon, révélant plus que jamais nos inégalités, faisant de ceux qui ont le moindre petit espace de verdure des reines et des rois. Depuis, nous sommes comme vous, comme la planète entière, comme 7 milliards d’êtres humains, perdus dans ce temps suspendu. Des membres de l’équipe, malades, fiévreux, à bout de souffle, croquent dans des oignons crus pour voir s’ils ont enfin retrouvé le goût et l’odorat, d’autres ont encore des proches dans l’un des hôpitaux où tout manque, les lits, les masques, mais pas la solidarité. Certains ont de l’espace, d’autres étouffent dans de petits appartements parisiens, découvrent le télétravail avec les enfants sur les genoux, jouent maladroitement les professeurs à la maison. Chaque jour, nous reprenons les tâches de la veille, comme nous pouvons, à distance, loin les uns des autres, mais avec passion, revigorés par des petits mots de voisins, d’amis, d’auteurs figés dans d’autres confins, à Bangkok ou Johannesburg,  par des câlins de ces enfants bruyants, des témoignages de confiance, d’empathie, des preuves d’amour. Chacun confiné chez soi, nous pensons à vous et en pensant à vous, nous nous faisons aussi du bien, parce que préparer d’arrache-pied le numéro suivant, celui de l’été, cela veut déjà dire penser à l’après, cela signifie continuer à raconter le monde, servir à quelque chose, s’accrocher à des rêves. 



Lisez, réinventez-vous, prenez soin de vous, on est ensemble.


Partager